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Etranger

40 ans après, l’auteure Isabelle Le Nouvel révèle les viols dont elle a été victime étant enfant à travers son premier roman

« La femme qui n’aimait plus les hommes ». Plus qu’une fiction, c’est un récit inspiré du passé douloureux d’Isabelle Le Nouvel. Cette auteure publie son premier livre qui va, sans aucun doute, vous remuez les trippes… Elle a répondu aux questions d’Alix Battard dans le RTL INFO 13h.

Il s’agit de votre premier roman, une histoire qui n’est pas tout à fait imaginaire puisque largement inspirée de votre histoire à vous. Vous avez créé le personnage de Jeanne pour raconter les viols dont vous avez été victime dès l’âges de 6 ans. Vous n’en aviez jamais parlé, ni publiquement ni dans votre entourage proche ?

J’ai été – comme tous les enfants à qui ces agressions arrivent – contrainte à un silence qui est devenu comme une deuxième nature. J’ai continué pendant très longtemps à me taire. Ce roman a mis 40 ans à jaillir et quand la parole s’est libérée, j’étais dans l’incapacité de dire « je » dont il fallait une mise à distance.

Pourquoi le récit intervient maintenant ? Pourquoi vous avez eu la force maintenant d’écrire ce livre ?

Il y a eu cette espèce de chaos émotionnel qui est né du fait que je sois moi-même devenue maman. Et en même temps, j’ai perdu mon père. Ces deux événements ont été très proches chronologiquement et je crois que ça a permis de déverrouiller toutes ces portes fermées. Ce n’est pas de l’ordre du secret, c’est de l’ordre d’un vécu qui est entre le refoulement et le déni. Je reste persuadée que je ne saurais pas l’écrire à la première personne du singulier.

Pourquoi écrire un roman ? Vous auriez pu utiliser le témoignage réel ou le théâtre que vous connaissez très bien ?

Au théâtre, je prête évidemment des dialogues à des personnages. J’essaie de les animer d’émotions dans des situations. Parfois j’emploie la comédie, parfois des situations plus dramatiques. Ce que je voulais – et c’est pour cela que le théâtre n’est pas possible dans ce cas-là – c’était une immersion pudique dans « Qu’est-ce que c’est qu’être agressée si jeune ? D’être atteint dans son intégrité physique ? ». Et comme j’ai coutume de le dire, on n’a pas un corps, on est un corps. Et quand, à ce point-là, on est figé plus dans la peur et dans la douleur, il se produit des choses au niveau du cerveau qui font que 10, 20, 30 ou 40 ans après, cette peur ressurgie parfois sous forme de flashs, de réminiscences… Tout cela est très connu de la littérature des traumas. Mais je voulais donner une voix à la fois à cette enfant qu’on fait taire et à la fois aux gens qui n’ont que cette information extérieure – un enfant violé –, et essayé de leur donner non pas à lire mais à sentir.

Vous dites que vous ne vous souvenez pas de tout. Comment avez-vous alors réussi à extraire autant de sensations et à rendre possible le personnage de Jeanne ?

Je me souviens de ruptures profondes avec moi-même. C’est une mémoire organique, ce n’est pas une mémoire très claire. Je sais que c’est arrivé et il y a un processus dans le cerveau humain où il s’auto-protège. Je pense qu’il y a une espèce de voile qui se met sur les événements et qui, tout d’un coup, est déchiré à la faveur d’autres événements qui arrivent dans la vie d’adulte. Ce que j’ai voulu aussi raconter, c’est le parcours totalement fracassé de cette enfant qui devient adulte. Dans les années 2018, elle est mariée mais elle est tellement abimée à l’intérieur d’elle-même qu’elle choisit et elle est choisie par une espèce de pervers narcissique qui va la mettre sous emprise parce qu’elle recherche sans arrêt un tuteur pour exister.

Ces viols vont déterminer toute la suite de la vie de Jeanne ?

Absolument…

C’est aussi le cas pour vous ? 40 ans après vous dites que vous essayez toujours de retrouver celle que vous auriez pu être si ça n’avait pas eu lieu ?

Ce que je voudrais dire et qui est très important dans le parcours même de l’enfance, c’est qu’il y a une force de vivre qui est très forte chez ce personnage et qu’on retrouve encore décuplé à l’âge adulte. Elle n’est pas une victime mais une survivante. Je n’aime pas ce mot « victime » car il m’auto-définirait comme il définirait ce personnage d’une manière passive. Or elle, elle choisit, quand elle arrive bien au fond de la piscine, de donner un très violent coup de talon en apprenant sa propre grossesse. Donc elle reprend de l’air et peut-être, aura-t-elle des ressources et une force qu’elle n’aurait pas eu si elle n’avait pas eu cette adversité ?

La femme qui n’aimait plus les hommes, ce n’est pas vous mais votre mère qui n’a jamais vraiment voulu croire ces viols. Pourquoi est-elle au cœur de ce titre ? Et comment faut-il comprendre ce titre ?

Il faut bien comprendre que chez un enfant violé – je ne dis pas que tous les adultes autour sont responsables mais il y a forcément du déni – il y a des signes qui ne sont volontairement ou involontairement pas lus par l’entourage. Et le déni de la mère est peut-être une violence aussi forte que l’agression elle-même. On n’est pas une bille de billard qui peut supporter tous les coups. Ce coup-là – des adultes qui sont censés amener une protection, une bienveillance alors que leur regard se détourne -, c’est une violence qui est peut-être supérieure encore. Ma mère est au centre du roman parce que finalement, c’est un roman qui dit quoi ? Parlons à nos enfants, regardons nos enfants, prévenons-les… et maintenant, il serait temps de réaffirmer de manière claire et nette l’interdit. Parce qu’il y a quand même trop d’impunité…



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