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Affaissement de terrain : un couple ne peut plus vivre dans sa maison depuis plus d’un an

Liliane Demare dans l'entrée de sa propriété à Bosrobert, jeudi 12 janvier.
Liliane Demare dans l’entrée de sa propriété à Bosrobert, jeudi 12 janvier. ©Eveil Normand / AB

Liliane Demare n’avait plus ouvert le portail de sa maison depuis le mois d’août dernier. Jeudi 12 janvier, le cœur serré, la retraitée est revenue à Bosrobert, près de Brionne (Eure) sur les lieux de ce qui a longtemps été son « petit paradis », rempli de souvenirs heureux. Les fleurs, qu’elle prenait plaisir à faire pousser, ont depuis longtemps fané. Et la bâtisse continue à se lézarder et s’affaisser. « C’est dur de voir ça », souffle-t-elle, en préférant ne pas entrer à l’intérieur, le danger étant trop grand.

En novembre 2021, Liliane, ancienne éducatrice spécialisée auprès de personnes en situation de handicap, et son mari Dominique, qui a longtemps travaillé comme agent de sécurité et de prévention chez Renault, ont dû quitter précipitamment cette demeure de 110 m², construite en 2005. Une interdiction d’y habiter a été prononcée par le maire de Bosrobert, via un arrêté, la situation de péril exposant clairement les vies humaines. « Notre monde a volé en éclats, se souvient Liliane Demare. On ne sortait pas beaucoup, on ne partait pas en vacances, notre argent passait dans notre maison. » 

Fissures et craquements

En septembre 2020, une première fissure apparaît sur un pignon, sans susciter à l’époque d’inquiétude particulière. « On a badigeonné et puis c’est resté comme cela ». Mais au mois d’avril suivant, alors que le couple est tranquillement installé devant la télévision, un bruit impressionnant retentit. Puis un second craquement quelques minutes après. « On s’est regardé avec mon mari en se demandant ce qui était en train de se passer, se rappelle Liliane Demare. Au cours de la nuit, je me suis réveillée vers 3 h du matin et j’ai eu l’impression de marcher sur du sable. Le carrelage s’était soulevé et la terrasse se désolidarisait de la maison. » 

D’autres désordres apparaissent.

« Les crochets pour attacher les gouttières se sont cassés, les canalisations n’étaient plus droites dans la dalle de la maison. Le faîtage s’est également déplacé, nous avons dû solliciter un couvreur pour remettre des tuiles et protéger notre bien. » 

Dominique Demare

Après ces premiers craquements, le couple fait venir un expert à ses frais et prévient la mairie, des réparations sont réalisées en urgence et les démarches administratives débutent. « Les bruits ont continué et je peux vous dire qu’on ne dort pas facilement », confie Liliane Demare, les yeux embués. La vie se poursuit, en dépit des risques encourus, dont le couple n’avait pas encore conscience.

Jusqu’à la fin du mois d’octobre 2021, lorsque le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) se déplace et émet deux hypothèses. Le sinistre pourrait être lié au phénomène de retrait gonflement des argiles : les sols argileux bougent, ils se rétractent avec la sécheresse et, gorgés d’eau, se gonflent avec l’humidité, sachant que 95 % du département de l’Eure est exposé à cette situation. Autre possibilité : l’origine des dégâts est profonde avec la présence éventuelle d’une cavité souterraine, ces vides qui affectent le sous-sol et provoquent des désordres en surface, de type marnière par exemple. Auquel cas, celle-ci est inconnue, car aucune n’est recensée dans ce secteur de Bosrobert. « La spécialiste du BRGM nous a dit : votre maison s’affaisse, il faut partir. » 

« Le moindre bruit m’angoisse »

En attendant les études plus poussées, le constat est suffisamment alarmant pour entraîner la prise d’un arrêté de péril et le départ du couple, qui a eu deux semaines pour déménager en novembre 2021.

« Nous n’avions pas de solutions sur le plan familial et les propriétaires que nous contactions étaient réticents, car ils ne savaient pas combien de temps nous allions rester. Il nous fallait aussi une habitation qui soit adaptée, de plain-pied, car mon mari est handicapé »

Liliane Demare

Après avoir vainement cherché un gîte, une solution est trouvée in extremis à Thierville, dans un logement communal, qui allait être attribué à une jeune famille. « J’ai dit au maire : si vous ne nous choisissez pas, nous sommes à la rue, relate-t-elle. Et le conseil municipal de Thierville nous a vraiment aidés en acceptant de nous accueillir. Ils ont fait des petits travaux, nous ont distribué un colis des anciens, ça fait plaisir. Nous avons aussi rencontré des voisins bienveillants. Toutes les amitiés possibles, nous les avons prises. Il y en a tellement eu peu… » 

Avec le soutien de leurs six enfants, les deux retraités ont pu recréer un petit cocon dans leur nouveau foyer, dont le loyer est pris en charge par la commune de Bosrobert. Mais les nuits ne sont pas redevenues sereines. « Le moindre bruit m’angoisse, je n’arrive plus à dormir dans mon lit », soupire l’ancienne éducatrice, inquiète aussi du devenir de sa maison. 

Par un arrêté en date du 20 décembre 2021, inscrit au journal officiel, le village de Bosrobert a été reconnu officiellement en état de catastrophe naturelle pour le mouvement de terrain survenu en septembre 2020. De quoi accélérer la procédure auprès de l’assurance, qui envoie un expert en février 2022. « Mais ensuite, nous n’avons pas eu de nouvelles jusqu’en août, nos appels sont restés sans réponse et le dossier a traîné », regrette Liliane Demare, qui ne connaît toujours pas aujourd’hui les raisons de l’affaissement. Pendant ce temps-là, un cambriolage est survenu et des objets restés sur place ont été dérobés, de quoi affaiblir encore plus le moral de la famille.

Une éclaircie semble poindre en ce début d’année. Une entreprise a récemment été sélectionnée par l’assureur et un diagnostic géotechnique, réalisé au moyen d’une foreuse, doit normalement se dérouler à la fin du mois de janvier pour déterminer l’origine des désordres et lever les doutes sur la présence d’une cavité souterraine. « Nous allons avancer 30 % de la facture pour que cette inspection démarre, nous voulons savoir ce qu’il y a sous notre maison, car j’ai l’impression d’avoir déjà perdu plus d’un an de ma vie », lance la retraitée, qui estime avoir dépensé près de 6 000 € en frais divers depuis le début de l’histoire.

La commune attend aussi des réponses

Jamais depuis son élection en 2014, le maire de Bosrobert n’avait été confronté à une telle situation. Prendre un arrêté de péril après un mouvement de terrain pour une maison au sol cassé et dont la charpente avait bougé, « c’est une première », souffle Franck Giffard, qui a choisi de confier le dossier à sa deuxième adjointe, Valérie Hebert.
La demande effectuée par la commune en septembre 2021 de reconnaissance de catastrophe naturelle a été déterminante, raconte celle-ci, afin de permettre une prise en charge du sinistre par l’assurance de la famille Demare. En octobre 2021, le rapport du bureau de recherches généalogiques et minières (BRGM), mandaté par la préfecture, a été « assez cinglant », se rappelle-t-elle. « Ils ont dit que les désordres étaient plus graves que ce que l’on pensait, qu’il y avait certainement une cavité souterraine et le couperet est tombé, il fallait évacuer la maison. » 
L’adjointe au maire a apporté son aide à Liliane et Dominique Demare afin d’obtenir des devis auprès des entreprises spécialisées dans les inspections géologiques. « Il y a eu de la lenteur administrative de la part de leur assurance, regrette Valérie Hébert. L’expert est venu en février 2022 et l’étude de sol aurait dû avoir lieu en avril. On a pratiquement perdu un an. C’est dommage, car ce rallongement coûte de l’argent à tout le monde. »  
En attendant l’indemnisation de l’assurance, c’est la commune de Bosrobert qui a pris en charge le loyer du nouveau logement occupé par le couple à Thierville. « Le principal maintenant, c’est d’avoir l’étude, affirme l’élue. Est-ce une cavité d’origine naturelle ou humaine ? Il y a des marnières connues dans la commune, mais ce secteur n’est pas répertorié. » 
Les carottages prévus à la fin du mois devraient permettre d’apporter une réponse. « Ce qui m’inquiète, c’est l’après, ajoute Valérie Hébert. Combien de temps mettra l’assurance à prendre une décision ? Soit la maison sera réhabilitée, soit elle sera cassée et reconstruite après consolidation du terrain, soit le terrain n’est plus fiable, les risques sont trop grands et la maison est détruite sans reconstruction. » 
La mairie de Bosrobert espère être fixée d’ici la fin du mois de février, surtout que deux autres demeures entourent celle de la famille Demare. « Nous avons prévenu les propriétaires, nous leur avons demandé de faire une pré-déclaration à leur assurance en leur donnant le document de catastrophe naturelle, signale l’adjointe au maire. L’une des maisons présente des fissures, mais nous sommes incapables de savoir si elles sont apparues avant ou après. Et rien ne nous permet de dire pour l’instant s’ils sont en danger ou pas. »  

« Cette maison était notre bâton de vieillesse » 

Âgés de 65 et 66 ans, Liliane et Dominique Demare envisageaient d’aller s’installer en ville et de mettre leur propriété en vente, avant que leur vie bascule. « Nous avions fini de rembourser notre emprunt à coups de 1000 € par mois, c’était notre bâton de vieillesse, affirment-ils. On pensait qu’on allait pouvoir enfin profiter et faire des projets… Aujourd’hui, la maison n’est pas vendable. » 

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Et peut-être même ne sera-t-elle plus jamais habitable, en fonction des résultats de l’étude. Se posera alors la question de l’indemnisation en cas de destruction. « Quand mon mari a commencé à devenir invalide à la fin des années 2000, on avait fait estimer la maison et elle était évaluée à 180 000 € », souffle Liliane Demare. Quoi qu’il arrive, le traumatisme ne s’effacera pas et celle-ci ne s’imagine plus y vivre. « Qu’est-ce qu’on a fait pour subir une punition pareille ? », se demande-t-elle, avant de refermer la porte de « ce paradis devenu un enfer ». 

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