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après les émeutes au Kazakhstan, les habitants sous le choc

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Des manifestations pacifiques contre l’augmentation du prix du carburant ont dégénéré en violences du 2 au 9 janvier au Kazakhstan, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Des vidéos montrent des magasins saccagés et des bâtiments brûlés. Pendant les violences, la plupart des habitants de l’ancienne capitale Almaty sont restés cloîtrés chez eux, privés d’Internet. Nous avons finalement pu échanger avec une habitante, qui raconte cinq jours de chaos et une ville meurtrie.

Après une semaine de manifestations, d’émeutes et de répression, les habitants d’Almaty ont retrouvé leur ville chamboulée. Voitures incendiées, magasins saccagés : des images amateur montrent des scènes de dévastation dans les rues.

Les forces de l’ordre semblaient dans un premier temps dépassées par les manifestants qui ont pris d’assaut l’hôtel de ville pendant la journée du 4 janvier. Le soir, elles ont commencé à violemment réprimer les manifestations. Le président kazakhstanais Kassym-Jomart Tokaïev a fait appel à l’aide de la Russie et de ses alliés de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) pour rétablir l’ordre. Le 7 janvier, le président a autorisé la police à tirer « pour tuer sans avertissement » sur les manifestants. Près de 8 000 personnes ont été arrêtées.

« Des groupes d’inconnus ont commencé à provoquer la foule et à marauder dans toute la ville »

Après plusieurs jours de coupures quotidiennes, les habitants d’Almaty ont retrouvé un accès stable à Internet. Lyazzat, qui habite à Almaty, en a profité pour répondre au message de la rédaction des Observateurs. Elle raconte l’atmosphère dans la ville après le retour au calme :

Nous sommes toujours sous le choc : comment une telle chose a pu se passer dans notre ville ? Ça fait mal de voir les ruines de mes magasins préférés, les bâtiments d’architecture soviétique détruits – c’était la fierté de notre ville ! – et aussi de voir les pertes infligées aux petites entreprises des habitants. C’était leur gagne-pain, et les maraudeurs ont tout détruit.

Pourtant, lorsque le mouvement de protestation contre la hausse des prix du gaz a commencé de manière pacifique dans la capitale le 4 janvier, il lui était difficile d’imaginer qu’il se terminerait dans une telle violence. Le président a consenti à réduire le prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) le soir du 4 janvier, et Lyazzat a pensé que c’en était fini de la contestation. Mais le mouvement a basculé :

À un moment, tout s’est transformé en chaos, ce qui a choqué tout le monde. Des groupes d’inconnus ont commencé à provoquer la foule et à marauder dans toute la ville. Ils ont attaqué des policiers, détruit des bâtiments administratifs, sans oublier les centres commerciaux. Ce n’étaient pas de simples civils. Les habitants n’ont pas cédé à leurs provocations et se sont dispersés.

 

>>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Kazakhstan : des bâtiments publics pris d’assaut par des manifestants qui « n’ont plus rien à perdre »

 

Les forces de l’ordre ont utilisé des grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, dont certains étaient armés de matraques et de boucliers pris à la police, comme le montrent plusieurs vidéos amateur. Une autre vidéo publiée le 5 janvier montre des manifestants prendre des fusils dans le coffre d’une voiture. Selon Amnesty International, la police a également utilisé des armes à feu.


Cette vidéo publiée le 5 janvier montre des manifestants avec des armes à feu.


Dans cette vidéo publiée sur Telegram le 5 janvier, on voit des civils alors que l’on entend des tirs. Un corps est sur le sol.

Comme de nombreux habitants, du 5 au 9 janvier, Lyazzat n’est pas sortie de chez elle. Des messages par SMS ou haut-parleurs intimaient aux locaux de rester dans un lieu en sécurité pendant la durée de « l’opération anti-terroriste ». Plusieurs sites d’actualité indépendants ont été bloqués. Malgré la coupure d’Internet, Lyazzat essayait de s’informer :

Nous recevions des informations seulement par téléphone via nos proches, ou en regardant la télévision. (…). Près de chez nous, un magasin pour les chasseurs a été cambriolé, nous avons entendu le bruit [depuis chez nous]. Nous habitons dans le centre, et nous entendions des échanges de tirs toute la nuit pendant plusieurs jours de suite. Cela faisait très peur, on avait l’impression que ça n’allait jamais se terminer.

« Certains aident à nettoyer la ville, d’autres préparent à manger et collectent des vêtements chauds pour les soldats »

Le 9 janvier, le ministère de l’Information a publié un bilan faisant état de 164 morts, avant de le retirer le jour-même invoquant une « erreur technique », sans publier de nouveaux chiffres. Une journée de deuil national a été décrétée le 10 janvier pour commémorer les nombreuses victimes, du côté des civils comme des forces de l’ordre.

La vie semble désormais reprendre son cours à Almaty, raconte Lyazzat :

Aujourd’hui, la vie à Almaty revient peu à peu au calme. Internet marche bien depuis deux jours, les transports publics fonctionnent à nouveau, les gens vont au travail. Les marchés et les magasins sont ouverts. Au début, il y avait des problèmes de pénurie de produits comme le pain et les légumes, mais maintenant tout est rentré dans l’ordre et les magasins remplissent peu à peu leurs réserves.

De nombreux bénévoles s’organisent pour venir en aide aux entreprises sinistrées, ainsi qu’aux militaires qui montent la garde dans la ville. Certains aident à nettoyer la ville, d’autres préparent à manger et collectent des vêtements chauds et des chaussettes pour les soldats.

@almaty_kris_p В такое непростое время сплоченность людей и помощь друг другу показывает, что все будет хорошо! Спасибо тем, кто неравнодушен к своим ближним.🙏#алматы #almaty #рекомендации ♬ These Days – Nico

Dans cette vidéo publiée sur TikTok le 12 janvier, l’homme dans le pickup explique à un habitant qu’il distribue des paquets de nourriture gratuitement aux personnes dans le besoin.

Outre l’annulation de la hausse des prix du gaz, les manifestations demandaient le départ de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé le pays pendant 28 ans. Après avoir cédé sa place à Kassym-Jomart Tokaïev en 2019, il est néanmoins resté à la tête du Conseil de sécurité. 

Le président Tokaïev l’a démis de ce poste le 5 janvier, et a accepté la démission du gouvernement. L’ancien chef des renseignements a été arrêté pour soupçons de trahison. Lors d’une visioconférence le 10 janvier, le président kazakhstanais a accusé des « combattants » étrangers d’avoir participé aux émeutes, qu’il a qualifiées « d’attaques terroristes » et de « tentative de coup d’État ».





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