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ASSISES Meurtre du petit Ethan, 3 ans : suivez la première journée en Live

La cour d’assises – tribunal de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Martin Barison entre dans la salle d’audience de la cour d’assises du Gard, ce mercredi 15 juin. Il s’assied dans le box des détenus, vêtu d’un t-shirt noir, d’un jogging foncé, cheveux châtain bouclés et mains croisées sur ses genoux, en compagnie de son interprète. Le légionnaire italien de 30 ans sera jugé pendant trois jours pour le meurtre du petit Ethan, un soir de novembre 2019 dans un petit appartement de la rue des Lombards, dans l’Écusson nîmois, alors que sa maman était sortie en discothèque. Son compagnon depuis plusieurs mois était resté seul avec les deux enfants. Ce n’est que le lendemain vers midi, que la mère s’était rendu compte du décès de son fils de 3 ans, dont le corps sera marqué de nombreuses traces de coups.

11h20 : Un second enquêteur de la brigade de protection des familles de Nîmes s’avance à son tour. Il revient sur le parcours de Martin Barison, à la légion étrangère depuis environ deux ans, en couple avec Sirad Farrah depuis quelques mois. « Depuis qu’il la fréquente, il sort moins avec ses collègues de la Légion, plus d’alcool, il semble s’être recentré sur son couple. Mais auparavant, il a été condamné pour des dégradations et une rébellion à la suite d’une conduite en état d’ivresse, en Italie », indique le policier.

« Ça a duré bien 40 minutes, cela cessait avant de recommencer… »

L’enquêteur décrit ensuite les cris entendus par la voisine du dessus de Sirad Farrah, la nuit de la mort d’Ethan. « C’étaient des cris insistants qui m’ont interpellée au point que j’ai ouvert ma porte pour écouter. Ça a duré bien 40 minutes, à des moments cela cessait avant de recommencer… », précise la voisine aux enquêteurs. Le président précise le contexte du drame. « Il y a une tension dans le couple car deux jours plus tôt le couple était au bord de la séparation. Une amie, qui les avait hébergés avait constaté un soir des tuméfactions sur le visage du petit frère d’Ethan, alors que les enfants étaient restés seuls avec Martin Barison et expliqué que ce dernier était jaloux des fréquentations de sa compagne, qui connaissait beaucoup de légionnaires. », rappelle Eric Emmanuelidis.

11h00 : La directrice d’enquête s’avance à la barre. Elle pointe notamment la température inhabituellement élevée dans la chambre des enfants le lendemain, lors de l’arrivée des enquêteurs, puis le fait que c’est Martin Barison qui porte son biberon à son petit frère, cette nuit-là, vers 4 heures du matin. Sur son téléphone, les policiers trouvent rapidement des messages de menaces du légionnaire à l’encontre de l’enfant, datant de la veille, si sa mère ne rentre pas immédiatement. Elle rappelle les explications changeantes de l’accusé. 

Sur les accusations de maltraitance de la maman, un temps évoquées par l’accusé, la directrice d’enquête est catégorique. « Oui c’est une fêtarde, un peu négligente, voire laxiste, mais aucun témoin ni rapport ne fait pas de la moindre violence de Sirad Farrah », répond la policière. « C’est vrai que rien ne montre de violences, mais ils auraient tout de même pu être placés, il y a eu plusieurs signalements indiquant qu’elle les confiait à de jeunes Ivoiriens du quartier pour sortir toute la nuit, ou qu’elle reste injoignable pour donner son traitement à l’un de ses enfants asthmatique », rappelle Eric Emmanuelidis.

« Il bougeait, il respirait encore, je l’ai posé doucement… »

Interrogée par l’un des avocats du légionnaire, Pierry Fumanal, elle revient sur son arrivée sur les lieux. « Il paraissait trop froid, serein, pas concerné. Son comportement m’a fait penser qu’il n’était pas pour rien dans ce qui s’était passé », décrit encore l’enquêtrice. Au contraire, un peu plus tôt, alors qu’elle appelle les secours, on entend la mère d’Ethan, en panique demander en même temps à son compagnon « Est-ce qu’il respire ? Il faut souffler dans sa bouche, chéri ! », puis hurler « Je vais prendre un couteau et me tuer  ! »

Le président reprend l’interrogatoire de l’accusé. « Vous saviez que vous alliez plonger une mère dans le désarroi total, quel était votre état d’esprit ? », tente-t-il de comprendre. « J’ai trouvé cette distance pour me protéger. Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai compris que j’avais fait une connerie, je m’en voulais énormément… », assure le légionnaire  d’une voix blanche. Eric Emmanuelidis enchaîne. « Quand vous l’avez mis dans le lit, ce soir-là, il était mort ? » Le légionnaire secoue la tête. « Il bougeait, il respirait encore, mal, je l’ai posé doucement… J’y suis retourné plusieurs fois ensuite, j’ai ouvert la porte et j’ai vu que son ventre montait et descendait et que tout allait bien »

« Fais ton choix, sinon il va souffrir »

10h : Le président rappelle les conclusions du juge d’Instruction. L’autopsie révèlera de nombreuses lésions, ecchymoses au crâne, à un oeil ou à l’abdomen, ainsi que des lacérations aux bras, et une fracture d’une côte. Ces différentes blessures sont à l’origine du décès de l’enfant. « Ces marques peuvent résulter de coups de poing et de coups de pied à l’abdomen, au crâne ou aux avant-bras. L’agonie de l’enfant aurait pu durer une heure », conclut le médecin-légiste. Par ailleurs, le soir-même, une voisine entendra des cris pendant plus de 40 minutes, alors que Martin Barison était resté seul avec Ethan et son petit frère. La veille, le légionnaire avait déjà menacé sa compagne de s’en prendre à Ethan si celle-ci ne rentrait pas immédiatement de soirée. « Fais ton choix, sinon il va souffrir », lui écrivait-il par SMS. Sur son ordinateur, les enquêteurs découvriront également des recherches internet sur l’asphyxie, et dans la chambre des enfants, le thermostat était monté au maximum, comme pour compenser le refroidissement du corps de l’enfant mort…

Aux enquêteurs, la maman d’Ethan, confie que Barison était jaloux de sa relation avec son petit garçon et que celui-ci refusait, depuis quelques jours, de s’approcher du légionnaire. Interrogé à son tour, ce dernier explique d’abord que les enfants se sont couchés sans problème, puis change de version en prétendant que leur mère « alcoolique et droguée » maltraitait ses enfants. Puis il modifie encore ses propos, disant avoir joué avec Ethan, le jetant sur le lit « un peu fort », avant d’avoir « écrasé involontairement en trébuchant sur lui ». Ne sachant que faire, il l’avait alors couché, ne le pensant pas gravement blessé, avant de tenter de le réanimer vigoureusement, le lendemain. Une nouvelle version contredite par les conclusions médico-légales. Face à ces contradictions, il finira par admettre « une centaine » de coups « forts » mais « pour jouer » avec Ethan, mais que les marques retrouvées sur le corps de l’enfants avaient été causées par sa mère.

« La colère m’a empêché d’entendre ses cris »

Le président interroge l’accusé. « Après toutes ces versions, avez-vous oui ou non porté des coups sur cet enfant ? », demande Eric Emmanuelidis. Le légionnaire admet désormais en grande partie les faits. « Oui des coups de poing et de pied pendant environ une heure. J’étais en colère, je souffrais énormément, je m’occupais de ses enfants comme les miens, je faisais tout pour elle. J’ai tout donné. Elle ne m’a jamais remercié, elle m’a trompé, ridiculisé et toutes petites choses m’ont mis hors de moi ce soir-là. », se justifie Martin Barison. Le président le relance. « Il a crié, il a pleuré ? et vous avez continué ? » L’accusé ne se cache pas. « J’étais vraiment hors de moi et la colère m’a empêché d’entendre ses cris. »

9h30 : Les jurés sont tirés au sort : quatre femmes et deux hommes. La journée va débuter avec les auditions des enquêteurs et cet après-midi avec les premiers témoins. Dans ce procès, la défense de l’accusé sera assurée par Me Florence De Prato et Pierry Fumanal, tandis que Me Annélie Deschamps représentera la mère de la petite victime, Sirad Farrah. Le procureur Willy Lubin portera la voix de l’accusation et Eric Emmanuelidis présidera les débats.

 

 





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