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AU PALAIS « Depuis que suis arrivé en prison, j’ai pris une claque ! »

Le Palais de Justice de Nîmes (Photo Anthony Maurin).

T-shirt noir et cheveux noir en bataille, Yacine, 30 ans, est condamné à dix-huit mois ferme et six mois avec sursis, mardi 17 mai, en comparution immédiate, pour avoir organisé un vaste trafic de drogue depuis son appartement du centre-ville de Nîmes.

Le trentenaire a été interpellé en bas de chez lui, mercredi 11 mai. Dans son appartement, les enquêteurs ont retrouvé une chambre de culture de cannabis aménagée, des balances électroniques, près de 450 grammes d’herbe dans son congélateur, 3 000 euros en liquide et une trentaine de pochons de cocaïne et de MDMA. Mais celui-ci assure à la barre qu’il ne faisait que prêter son appartement à un réseau. « Je leur devait de l’argent à cause de ma propre consommation. Mas je n’avais même pas le droit d’accéder à la pièce où ils faisaient leurs affaires, explique-t-il. Ensuite, je devais garder le produit, mais ils ont compris que j’y avais touché car l’emballage était ouvert.. »

Le juge s’inquiète aussi que les policiers aient également découvert dans le logement du jeune trentenaire une réplique de kalachnikov, et, derrière la porte, une carabine à plomb. « La kalachnikov, c’était artistique, pour des clips musicaux, tente de se justifier Yacine. Et la carabine, je l’avais depuis des années, mais elle était désarmée ! »

« Mon codétenu fume ses médicaments ! »

Le prévenu semble profondément marqué par les derniers jours passés en détention provisoire. « Ça fait mal c’est trop dur ! Depuis que suis arrivé en prison, j’ai pris une claque : ça crie à toute heure, ça tape les murs, mon codétenu fume ses médicaments, décrit-il, sous le choc. Ce n’est pas moi du tout, je dois m’éloigner de tout ça, travailler, partir loin d’ici. Je préfèrerais me faire soigner que de finir en prison… » Le président fait la moue. « Oui, bon, on verra. Pour l’instant vous semblez vivre totalement en marge de la société : vous n’avez pas de travail, vous gardiez chez vous énormément de stupéfiants… », rétorque Jean-Michel Perez.

« J’ai limite arrêté, même le tabac »

Le juge l’interroge sur sa consommation massive : dix à quinze joints par jours depuis près de quinze ans. « Pourquoi ne pas vous être soigné avant ? », tente-t-il de comprendre. Le trentenaire jure qu’il en a pris conscience. « Avec les 5 jours que je viens de passer en détention, j’ai limite arrêté. Même le tabac… », assure-t-il.

Mais le procureur ne semble pas convaincu par toutes ses explications. « Je pense qu’il a participé activement à ce trafic, car outre la drogue et le matériel de culture, de conditionnement et de vente de stupéfiants qu’on a retrouvé chez lui, il y aussi ses deux téléphones, dont l’un montre qu’il y a eu des ventes et des échanges cryptés, ainsi que 3 000 euros, dont l’origine n’est pas claire, résume-t-il. Vous étiez un peu plus qu’une nourrice ! »,

« C’est un consommateur devenu trafiquant malgré lui »

Son avocate intervient. « Il n’entre pas dans le canevas habituel : il est rentré involontairement dans ce trafic car il consomme régulièrement depuis 15 ans, et à un moment donné, il laisse entrer le loup dans la bergerie, comme cela se passe régulièrement dans les quartiers de Marseille. On vous dépanne mais à un moment le couperet tombe et il faut soit rembourser, soit prendre un scooter pour livrer, soit héberger la drogue chez soi, explique Audrey Degoutin. C’est un consommateur devenu trafiquant malgré lui : dès son interpellation, il avoue tout, il a peur. Si c’était son propre trafic, il n’aurait pas donné les codes de son téléphone ! »

Le tribunal le condamne à deux ans d’emprisonnement, dont dix-huit mois ferme, avec maintien en détention. Yacine repart vers la maison d’arrêt de Nîmes.

Pierre Havez

 





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