au procès de l’accident de Millas, des chiens apaisent les victimes qui témoignent

Une adolescente est debout à la barre, pour témoigner. Le récit est douloureux. Elle marque une pause, baisse la tête et regarde un moment Ouchi, un beau golden retriever de trois ans et demi. Elle le caresse, prend une grande inspiration, puis elle reprend son récit. La scène se déroule au tribunal correctionnel de Marseille, pour le procès de l’accident de Millas. Le 14 décembre 2017, la collision entre un car scolaire transportant des collégiens et une rame de TER a fait six morts et 17 blessés, dans les Pyrénées-Orientales.

Cinq ans après un drame qui a ému la France entière, une seule personne se trouve sur le banc des accusés : Nadine Oliveira, la conductrice du car, aujourd’hui âgée de 53 ans, jugée pour homicides involontaires. Et pour ce procès, deux chiens d’assistance judiciaire ont été dépêchés sur place par des associations d’aide aux victimes pour accompagner les acteurs de ce procès : Rancho, un labrador noir, et Ouchi, un golden retriever.

« Ces chiens sont choisis parce qu’ils sont particulièrement empathiques, explique Aurore Bourcereau, la directrice de l’association France Victimes, ils ressentent les émotions, donc ils accrochent plus vite les personnes avec qui ils sentent qu’il y a un besoin. » Importé des États-Unis, le concept existe en France depuis 2018, et on a vu ces chiens d’assistance judiciaire lors de récents procès, à Strasbourg, à Cahors ou encore à Lyon.

Le plus souvent, au procès de la catastrophe de Millas, les chiens sont appelés à la demande du tribunal pour accompagner des jeunes victimes. Mais Nadine Oliveira aussi bénéficie de l’aide du chien : « C’est une première en France, le chien d’assistance judiciaire qui assiste la prévenue, note Aurore Bourcereau. Le chien est à ses pieds, et quand il sent qu’elle monte en émotion, il s’approche, il pose sa tête et il voit si elle a besoin de lui ou pas, elle le caresse… Et quand il sent qu’elle en a un petit peu moins besoin, il retourne s’asseoir devant elle.« 

On sent que les personnes déstressent. Et elles nous le disent après : ça leur fait du bien.

Aurore Bourcereau

France Victimes

Sylvain, le père d’un des jeunes rescapés, abonde : « C’est une très bonne idée parce que cela permet de soutenir les enfants, notamment. Avoir un animal de compagnie comme le chien, ça peut être rassurant. » Son avocate, Stéphanie Keita, était plus sceptique : « Nous, en tant qu’avocats, nous sommes en quelque sorte – et je ne le dis pas de manière péjorative – les ‘chiens’ de nos clients, puisqu’on est à côté, on les assiste. J’étais donc au départ un peu dubitative. » Mais elle est en train de changer d’avis : « Je l’ai vu au travers de ce procès : l’animal met un peu plus de chaleur, d’humanité, la parole est un peu plus libre aussi pour ces enfants.«  Elle cite notamment le cas d’une petite fille qui touchait le chien pour réussir à surmonter ses sanglots. 

Pour le moment, il existe quatre chiens d’assistance judiciaire en France, mais deux animaux supplémentaires devraient les rejoindre d’ici la fin de l’année 2022.





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