Avec nos Observateurs à Dakar (3/3) : la radio mobile des jeunes

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À Dakar, trois de nos Observateurs se mobilisent au quotidien pour la jeunesse, à travers leur activisme dans l’éducation, l’écologie ou pour l’emploi. Dans ce « Ligne directe » spécialement consacré à la capitale sénégalaise, ils nous racontent comment ils agissent pour leur ville. Leurs initiatives, en plus de sensibiliser à des enjeux fondamentaux, ouvrent des possibilités d’emploi pour les jeunes. Dernier volet : Mandiaye Pety Badji, animateur de l’émission de radio « Parole aux jeunes ».

C’est une émission bien connue des jeunes Sénégalais : depuis 2011, le talk-show « Parole aux jeunes » passe en revue tous les sujets qui concernent ceux qui feront le Sénégal de demain. Le but : utiliser un média accessible à tous pour libérer la parole et sensibiliser le plus grand nombre. Mandiaye Pety Badji explique :

On utilise beaucoup le digital pour mesurer l’envie de parler d’un sujet. En fonction des remontées, on peut partir sur une campagne sur un thème dédié. Là, on va commencer un marathon d’émissions sur la santé mentale des jeunes, parce qu’au Sénégal, on a une recrudescence des violences des jeunes.

À l’origine, c’est une « radio-mobile » : notre Observateur et son équipe se rendent auprès de jeunes quelque part au Sénégal, sortent les micros et le studio d’enregistrement mobile, et le débat est lancé. Les échanges sont filmés et diffusés en direct sur les réseaux sociaux. Ce qui est enregistré est ensuite repris dans des dizaines de radios communautaires partout dans le pays. Le succès de l’émission lui a valu d’avoir également son créneau sur Vibe Radio, une des principales radios privées sénégalaises. Un déploiement multisupports qui maximise la diffusion et le succès du programme.

« C’est avec les enfants qu’il faut agir »

Dans notre reportage, coïncidence, notre Observateur réalise une émission… sur un autre de nos Observateurs dakarois, Abdou Touré, instigateur du Quartier vert challenge, et devenu le référent environnement des jeunes de son quartier. Mandiaye Pety Badji explique :

C’est aussi une émission qui fait la promotion de tout ce que les jeunes du Sénégal font, et Abdou est quelqu’un qui a réussi à faire prendre conscience à beaucoup de l’importance de l’environnement. Il le fait avec des enfants, il a compris que pour planter quelque chose de durable, c’est avec les enfants qu’il faut agir.

New deal

Parmi les faits d’armes marquants de « Parole aux jeunes », il y a l’accompagnement de l’émergence de clubs de jeunes filles leaders dans la région de Kolda. Sur le modèle de ce qui se fait dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest, notamment en Guinée, ces associations sont constituées d’adolescentes qui sensibilisent au mariage forcé et se battent contre l’excision. Elles proposent notamment aux familles dans des zones rurales de signer un contrat moral, baptisé « New Deal » : les filles s’engagent à ne pas tomber enceintes avant le mariage, les parents s’engagent à ne pas les marier de façon précoce. Une façon de laisser la possibilité à ces filles d’aller à l’université et de prendre l’ascenseur social.

Notre reportage complet :

Avec nos Observateurs à Dakar, mobilisés pour les jeunes


 

Ces filles ont bénéficié de plusieurs émissions de suivi, notamment pour parler de l’excision : « On veut que les filles soient devant, que ça soit des filles qui ont été excisées qui parlent, avec un argumentaire médical et religieux à la fois. Si elles portent le combat à leur âge, elles n’exciseront pas plus tard », détaille Mandiaye Pety Badji. Une des filles de Kolda, aujourd’hui étudiante à Dakar, ajoute : « On continue à faire des émissions avec ‘Parole aux jeunes’, pour passer l’information à nos pairs, parce qu’à travers les radios, on peut atteindre un maximum de population. »

« Ça donne de la visibilité à ces jeunes qui n’ont pas demandé de fonds, n’ont appelé personne, mais s’investissent »

La sexualité, au sens large, occupe une place prépondérante à « Parole aux jeunes », qui veut briser les tabous et fait fi des accusations de perversion d’associations religieuses. Le programme suit aussi l’essor économique d’un pays en plein boom, mais où le chômage reste important chez les jeunes. Cet été, « Parole aux jeunes » lance une campagne « La terre ne ment pas » :

On veut montrer les jeunes qui s’investissent dans l’agriculture, parce que pour nous, c’est un levier fondamental pour le développement d’un pays, et un moyen d’avoir un emploi. On va lancer un appel à candidatures dans nos émissions pour dire : « Vous connaissez un jeune qui s’investit dans l’agriculture, votez pour lui, on va le suivre, faire des émissions sur lui avec la radio-mobile, faire une émission avec sa communauté qui va raconter ce qu’il fait. » Ça donne de la visibilité à ces jeunes qui n’ont pas demandé de fonds, n’ont appelé personne, mais s’investissent.

Bocar Sene, ingénieur agricole, fait partie de ceux mis en avant. Il a redressé une exploitation près de Thiès, et y fait travailler des jeunes du coin quand ils n’ont pas classe. Pour « Parole aux jeunes », l’espoir est aussi de susciter des vocations en montrant le possible.



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