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« Buzz l’Eclair » et son baiser entre deux femmes interdit dans une douzaine de pays

Le dernier film d’animation des studios Pixar, « Buzz l’Eclair », qui contient une fugace scène de baiser entre deux femmes vivant ensemble, n’a pas obtenu de visa d’exploitation dans quatorze pays et territoires du Moyen-Orient et d’Asie, a-t-on appris mardi de source ayant eu accès au dossier.

Selon cette source, la liste de ces pays, en grande majorité musulmans, est la suivante: Malaisie, Indonésie, Liban, Jordanie, Bahreïn, Egypte, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, les Territoires palestiniens, la Syrie, l’Irak et les Emirats arabes unis.

« Buzz l’éclair » retrace la naissance de l’intrépide astronaute rendu célèbre par la saga « Toy Story ». Dans le film, Buzz et ses camarades rangers de l’espace, dont sa cheffe et meilleure amie Alisha Hawthorne, s’écrasent sur une planète hostile.

A un moment du film, on peut voir le personnage d’Alisha en train d’embrasser brièvement son épouse, une scène qui avait été initialement coupée par les studios Pixar, filiale de Disney.

Mais des employés de Pixar et de Disney s’étaient insurgés, critiquant l’attitude du numéro un mondial du divertissement, accusé de ne pas s’engager pour défendre les droits des personnes LGBTQ+.

La polémique avait été encore ravivée après l’adoption en Floride d’une loi controversée interdisant les enseignements sur l’orientation sexuelle dans les écoles publiques. Bob Chapek, le PDG de l’entreprise qui emploie plus de 75.000 personnes dans son parc d’attractions Disney World à Orlando, dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis, s’était trouvé dans la tourmente après avoir dit hésiter à s’opposer à cette loi.

Sous la pression, Bob Chapek avait finalement publiquement dénoncé cette loi.

Selon des médias spécialisés d’Hollywood, c’est à la suite de cette polémique que la scène du baiser a été réinsérée dans « Buzz l’Eclair ». Elle figure désormais dans toutes les versions du film, quel que soit le pays de destination.

La productrice du film, Galyn Susman, avait abordé le sujet début avril en présentant le film à la presse.

« Pouvoir remettre ce baiser était important pour nous. C’est un moment touchant » ayant une grande signification dans l’intrigue car il permet à Buzz de prendre conscience que, contrairement à son amie, il n’a pas d’être aimé ou d’enfant, avait-elle expliqué.

Mais la productrice avait insisté sur le fait que « nous avons toujours eu le couple lesbien » formé par Alisha et son épouse, qu’elles avaient malgré la coupe initiale « toujours fait partie du film ».

– « Sensible » –

Le Bureau de régulation des médias des Emirats arabes unis avait annoncé lundi l’interdiction du film d’animation « en raison d’une violation des normes liées au contenu médiatique en vigueur dans le pays ».

Les autorités n’ont pas précisé en quoi « Buzz l’éclair » enfreignait ces normes ni si la scène du baiser entre deux femmes était spécifiquement en cause.

Des affiches du film étaient déjà placardées dans les rues de l’émirat de Dubaï, qui appartient aux Emirats.

Le riche Etat du Golfe est doté d’un ministère de la Tolérance. Il est relativement libéral par rapport à ses voisins mais reste régi par de nombreuses restrictions sur les questions politiques et sociales.

La censure est une pratique répandue dans le monde arabe, notamment dans la région très conservatrice du Golfe. Les films qui comportent des scènes considérées comme pouvant porter atteinte aux mœurs sont souvent coupés, voire complètement bannis.

« Buzz l’éclair » ne devrait pas non plus être projeté en Indonésie ni en Malaisie, deux pays d’Asie du sud-est à la population ultra-majoritairement musulmane.

« Nous avons suggéré aux propriétaires du film de penser à leur public en Indonésie, où un baiser entre personnes LGBT est encore considéré comme sensible », a déclaré à l’AFP Rommy Fibri Hardiyanto, responsable de la commission de la censure placée sous la houlette du ministère de l’Education et de la Culture.

Le film n’est pas interdit à proprement parler en Indonésie mais les autorités disent attendre encore la « version définitive » demandée à Disney, notamment avec les sous-titres. « La balle est dans leur camp », a dit Rommy Fibri Hardiyanto.

En Malaisie, l’office de la censure a demandé à Disney de couper deux scènes « qui ne sont pas adaptées pour les enfants », a déclaré à l’AFP un responsable du ministère de l’Intérieur ayant demandé à rester anonyme.

La demande a été faite la semaine dernière et Disney n’a pas encore répondu aux autorités malaisiennes, a ajouté ce responsable, qui n’a pas précisé quelles étaient les deux scènes concernées.



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