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comment Elon Musk utilise Starlink satellite pour faire sa pub

Elon Musk a affirmé qu’il allait entreprendre des démarches pour proposer Starlink, son offre d’Internet par satellite aux Iraniens. Il avait déjà mis ce service à disposition des Ukrainiens après le début de la guerre contre la Russie. Une utilisation de plus en plus politique de ce petit poucet de l’empire d’Elon Musk.

L’Ukraine, l’Antarctique et bientôt l’Iran ? Elon Musk, l’homme le plus riche au monde, a annoncé, lundi 19 septembre, qu’il comptait demander une exemption à l’embargo commercial américain contre l’Iran pour y déployer son réseau Internet par satellite, Starlink.

Tout a commencé, comme souvent avec le fantasque patron de SpaceX et de Tesla, par un tweet, le même jour, annonçant que Starlink était désormais disponible sur tous les continents, y compris en Antarctique.

Elon Musk, « ami » de l’Ukraine et des Iraniens

Connecter le pôle Sud c’est bien, mais pour le journaliste iranien Erfan Kasraie, qui interpelle Elon Musk sur le site de microblogging, proposer le service aux Iraniens serait encore mieux. « Est-ce que c’est techniquement possible ? Cela pourrait changer la donne à long terme », écrit-il sur Twitter.

« Starlink va demander une exemption aux sanctions internationales à cet égard », a répondu Elon Musk. L’Internet par satellite permettrait « d’avoir un accès sans entrave au réseau pour tous les Iraniens où qu’ils se trouvent sur le territoire », explique Hamza Mudassir, cofondateur du cabinet britannique de conseils pour start-up Platypodes.eu et professeur de stratégie entrepreneurial à l’université de Cambridge.

L’Internet en Iran n’est pas seulement très contrôlé par les autorités. Il est aussi difficile d’y accéder dans les zones rurales par manque d’infrastructures adéquates. Pour se connecter au réseau de plus de 2 500 satellites mis en orbite par Starlink, il suffit d’un modem et d’une antenne. De quoi, potentiellement, « changer la donne », comme le souligne Erfan Kasraie.

Elon Musk n’a pas non plus mis les pieds dans le plat persan à un moment anodin. Le pays est secoué par des manifestations anti-régime depuis deux jours, en réponse au décès d’une jeune iranienne à la suite de son arrestation par la police des mœurs à Téhéran.

Ce n’est pas la première fois que le patron de SpaceX brandit son service Starlink dans des situations de crise ou des contextes géopolitiques tendus. Il a fait pareil en Ukraine où son service d’Internet par satellite a été mis à disposition de l’armée ukrainienne dès le mois de février 2022 pour pallier les défaillances du réseau Internet traditionnel, pris pour cible par les cyber-attaques russes.

Cette irruption de Starlink dans la guerre russo-ukrainienne avait été un énorme coup de publicité pour les efforts d’Elon Musk de promouvoir la fiabilité de son service. « Starlink a joué un rôle crucial pour assurer la coordination militaire qui a permis à l’artillerie ukrainienne d’avoir un avantage [sur l’armée russe] dans les premiers mois du conflit », souligne le Smithsonian Magazine, la publication du célèbre institut américain de recherche pluridisciplinaire.  

En quelques mois, Elon Musk a ainsi utilisé Starlink pour se présenter comme un allié fiable de l’Ukraine contre l’agression russe et en soutien aux Iraniens contre les dérives autoritaires du régime des Mollahs.

Des Indiens d’Amérique aux îles Tonga

C’est, en fait, une sorte de fil rouge de toute la communication du multimilliardaire autour de Starlink. « Il s’en sert en partie comme d’un outil pour façonner son image de marque d’homme d’affaires engagé », note Hamza Mudassir.

Dès ses débuts commerciaux, fin 2020, Starlink a permis à Elon Musk de jouer au chevalier blanc de l’accès à Internet. Les premiers à pouvoir bénéficier de l’Internet par satellite ont été une petite communauté d’Indiens d’Amérique – la tribu Hoh – dans l’État de Washington. Les titres n’ont pas tardé à se multiplier dans la presse américaine pour vanter un service qui a permis « à une communauté isolée d’être propulsé dans les XXIe siècle« . 

Elon Musk a, à la même période, mis Starlink à disposition des services d’urgence à Malden, une petite commune de l’État du Washington dans le nord-ouest, qui avait été pratiquement entièrement détruite par des incendies à l’automne 2020.

Le patron de Tesla a ensuite entrepris de construire sa réputation de bienfaiteur de la connectivité sur la scène internationale. C’est ainsi qu’en février 2022, il a offert gratuitement l’accès à son Internet par satellite à l’une des îles de l’archipel de Tonga, coupé du monde par l’éruption du volcan Hunga Tonga un mois plus tard.

Ces multiples offres grâcieuses de service ont été bonnes pour les affaires de Starlink, souligne le Smithsonian Magazine. Des coups de pub qui ne sont pas étranger à la hausse de plus de 245 % du nombre d’abonnés payants de Starlink (110 dollars par mois et 599 dollars pour l’acquisition du matériel pour se connecter) depuis le début de l’année, ajoute le magazine. Il y a plus de 400 000 personnes dans le monde qui ont opté pour l’Internet par satellite made by Elon Musk. 

Starlink a, en fait, servi les intérêts économiques de tout l’empire Elon Musk, veut croire Hamza Mudassir. Le multimilliardaire « ne fait jamais de campagne de publicité traditionnelle pour ses produits, comme les voitures Tesla, et la notoriété de ses marques dépend beaucoup de son image publique », rappelle ce spécialiste des stratégies d’entreprises.  

C’est l’une des raisons qui poussent l’homme d’affaire à multiplier les provocations sur Twitter. Mais il lui arrive d’aller trop loin, et ses sorties intempestives sur Twitter ont pu lui valoir des problèmes avec les autorités, comme la SEC (Security Exchange Commission, le gendarme américain de la Bourse) qui l’a accusé d’utiliser Twitter pour influencer le cours des actions des entreprises. 

Complexe de Dieu ?

Une question d’argent et d’image. Les « bonnes œuvres » réalisées grâce à Starlink offrent un bénéfice d’image plus solide à Elon Musk. Mais tout n’est, pour autant, pas tout rose au royaume de l’Internet par satellite.

D’abord, l’apparente générosité d’Elon Musk – qui propose gratuitement Starlink aux militaires ukrainiens comme aux Indiens d’Amériques – cache une course à l’espace sans pitié qui a poussé la Nasa à dénoncer la stratégie de Starlink. L’agence américaine souligne que SpaceX inonde l’espace de ses satellites. Elon Musk veut, en effet, en envoyer plus de 30 000 en orbite. Ce serait une sorte de privatisation de l’espace au bénéfice d’un seul homme, dénoncent une partie des astrophysiciens

L’appétit d’Elon Musk pour les coups de pub a aussi changé de dimension avec l’aide fournie à l’Ukraine. Il ne s’agit plus seulement de venir en aide à des communautés isolées ou frappées par des catastrophes naturelles. « Est-ce qu’un homme d’affaires devrait se mêler de questions géopolitiques ? Ça fait un peu complexe de Dieu », souligne Hamza Mudassir.

Elon Musk ne semble pas s’inquiéter des conséquences géopolitiques de ses offres de service. Pourtant, la Russie a accusé, lundi 19 septembre, les États-Unis « d’intervention semi-directe dans le conflit à cause de l’utilisation de technologies spatiales civiles [comprendre Starlink] à des fins militaires ». 

« Je ne suis pas sûr que l’Iran verra d’un bon œil qu’une entreprise américaine veuille faciliter l’accès des Iraniens à Internet », ajoute Hamza Mudassir. Même en Chine, des scientifiques liés à l’armée chinoise ont suggéré dans un article publié en mai 2022 de développer des capacités permettant de « détruire les satellites de Starlink », car ils pourraient être utilisés par l’aviation américaine en cas de conflit.

Elon Musk est-il conscient de mettre de l’huile sur les différents feux diplomatiques ? Pas certain. Peu après avoir indiqué qu’il serait prêt à proposer Starlink aux Iraniens, il répondait à un internaute qui lui suggérait de faire pareil pour Cuba par un simple « ok ».





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