Home En bref Cybercriminalité en Côtes-d’Armor : ces gendarmes enquêteurs font parler les écrans
En bref

Cybercriminalité en Côtes-d’Armor : ces gendarmes enquêteurs font parler les écrans

gendarmerie cellule cybersécurité saint-Brieuc
Au groupement de gendarmerie des Côtes-d’Armor, trois enquêteurs sont spécialistes des investigations numériques. Dans le cadre d’affaires sensibles, ils auscultent les objets connectés du quotidien, qui en disent souvent long sur leur propriétaire.  ©Nathalie BOT-JAFFRAY

Ce mercredi matin de janvier 2023, 28 scellés s’amoncellent sur le bureau briochin de l’adjudant Romain Pellan, l’un des trois enquêteurs Ntech, spécialisés dans les investigations numériques, du groupement de gendarmerie des Côtes-d’Armor.

Des ordinateurs, téléphones, drones, clés USB, tablettes, disques durs… saisis chez un justiciable et confiés par la gendarmerie de Perros-Guirec. Le spécialiste a pour mission de les ausculter pour détecter la présence, ou non, de données à caractère pédopornographique

On va regarder la partie visible et la partie cachée des appareils. Bien que supprimée, une donnée n’est jamais effacée, on sait retrouver sa trace. 

Adjudant Romain Pellan

« La pédopornographie, un fléau »

Cette cellule spécialisée de la gendarmerie costarmoricaine intervient à 80 % sur réquisition judiciaire afin d’apporter des éléments de preuves numériques, à charge ou à décharge, aux affaires de pédocriminalité, d’escroquerie, d’homicide, de trafics, de cambriolage, d’abus de confiance, de disparition inquiétante, d’apologie du crime, de terrorisme, de viols, de violences conjugales.

Dans les Côtes-d’Armor, 80 % des dossiers judiciaires sur lesquels nous intervenons concernent des affaires de pédopornographie et de violences criminelles faites aux enfants.

Adjudant-chef Jean-Louis Fyne à la tête de l’unité

Un ratio aussi stupéfiant qu’effroyable qui plonge ces enquêteurs, au quotidien, dans ce que les déviances humaines ont de plus atroce. « Et cela dans tous les milieux sociaux, en ville comme à la campagne sur des victimes mineures de tous âges, des nourrissons aux jeunes de 17 ans, ajoute l’adjudant Romain Pellan. Je ne pense pas que les gens se rendent compte de l’ampleur du phénomène en France, comme dans notre département. » 

« En parler avec vos enfants »

Réseaux sociaux, tchat des jeux vidéo en ligne, consultations internet… Les enfants sont malgré eux, de plus en plus, et de plus en plus jeunes, exposés à la cybercriminalité.
Exceptée la quasi impossible interdiction de connexion, dans nos vies de plus en plus digitalisées, l’adjudant Romain Pellan ne voit aujourd’hui qu’une arme efficace : la communication . « Il faut que les parents expliquent dès le plus jeune âge à leurs enfants les dangers d’internet. Qu’ils leur disent qu’au moindre problème (image choquante, conversation étrange, etc.), ils n’hésitent pas à leur en parler. Rester dans le mutisme, dans son coin de peur de se faire gronder, est ce qu’il y a de pire. » 
Parmi les messages les plus importants à leur adresser : « Ne jamais poster d’images personnelles, faire attention aux propos tenus et reçus…  Une manipulation et une emprise psychologiques sont vite arrivées. »

Dans l’urgence d’une garde à vue

L’urgence d’une garde à vue vient souvent faucher l’examen des scellés qui attendent depuis plusieurs semaines dans le couloir de l’unité. « Il nous faut souvent agir rapidement », observe le gendarme Pellan qui évoque l’une des affaires sur laquelle il a enquêté depuis son arrivée à l’unité en 2018.

« Une ado de 14 ans est revenue bouleversée d’une sortie au fast-food avec son parrain. Sa mère l’interroge, la fillette se livre et raconte des éléments troublants. La mère et sa fille sont entendues à la gendarmerie. Le parrain nie. C’est la parole de l’enfant contre celle de l’adulte. L’homme est placé en garde à vue, son matériel informatique est saisi. On dispose de peu de temps pour agir. »

Les gendarmes retrouvent des fichiers effacés

Il s’agissait d’es images pédopornographiques avec une gamine de 7 ans. Il s’agit de la jeune ado qui subissait depuis plusieurs années des viols de son parrain. Notre intervention a permis de qualifier la jeune fille de victime et de confondre l’homme qui aurait probablement continué.

Adjudant Romain Pellan

« On peut tout connaître de la vie d’un individu » 

Si les violences ou atteintes sexuelles sont majoritairement commises dans la sphère familiale ou l’entourage proche, le travail des enquêteurs permet aussi d’interpeller des « prédateurs ».

À l’instar de ce ressortissant belge, placé en garde à vue à Perros-Guirec suite à une suspicion.  « L’analyse de ses équipements numériques, bien que des données soient effacées, a permis de prouver qu’il photographiait les petites filles qui faisaient pipi derrière les rochers ou pistaient des enfants sur les marchés, pourtant accompagnés de leurs parents, pour réaliser des zooms sur leurs parties intimes. Nos investigations et la constitution d’éléments de preuve ont permis qu’il soit confondu et jugé. » 

À l’image de leurs collègues en identification criminelle, qui passent au peigne fin une scène de crime, ces gendarmes Ntech autopsient l’environnement numérique d’un suspect.

Il s’agit de récupérer des photos, des fichiers téléchargés, des données supprimées, un historique de navigation sur internet, etc. 

Chaque enquêteur traite des centaines de scellés par an et visualise des milliers de données. Les gens n’en ont peut-être pas conscience, mais via les téléphones, les réseaux, on peut tout connaître de la vie d’un individu. 

gendarmerie cellule cybersécurité saint-Brieuc
Chaque enquêteur traite des centaines de scellés par an et visualise des milliers de données.  ©Nathalie BOT-JAFFRAY

Lutte contre les cybermenaces

Anciens gendarmes de terrain, en brigade territoriale, les trois gendarmes Ntech de Saint-Brieuc, la quarantaine, ont suivi une formation en interne, une licence professionnelle à l’université de Troyes, avec interventions d’experts parisiens du numérique.

Leur cellule d’appui au profit des quatre compagnies du groupement des Côtes-d’Armor (Saint-Brieuc, Lannion, Dinan et Guingamp) fait partie d’une unité plus large, la Section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces (SOLC).

 Y sont affiliés 12 gendarmes : les enquêteurs Ntech basés à Saint-Brieuc, mais aussi les informaticiens des réseaux internes, les pilotes de drone. Avec en plus les correspondants « cybermenace »  (C-Ntech) dans les brigades territoriales, ils sont au total 95 gendarmes à œuvrer sur ce champ dans les Côtes-d’Armor .

Dans chaque brigade, il y en a au moins un correspondant. Ce sont les premiers intervenants en matière de numérique. Ils sont formés sur les premières investigations à mener. 

Grâce à une URL, un mail..cri

Ces premiers maillons de la chaîne cyber sont à même d’extraire des données téléphoniques, identifier quelqu’un grâce à une URL, son adresse mail ou l’adresse IP de son ordinateur, faire de la veille sur les réseaux ou sites internet.

Pour des investigations plus poussées, ils font appel à l’expertise des Ntech de Saint-Brieuc.  « On apporte une technicité plus pointue pour apporter des preuves sur lesquelles des enquêteurs plus traditionnels pourraient passer », complète Sébastien  Raimbault, maréchal des logis-chef, dernier arrivé dans le service en 2021. 

Dernièrement, un patron de PME s’était plaint auprès d’un brigadier qu’un individu usurpait l’identité de sa société pour de la vente de vélos. Il a sollicité notre aide pour savoir qui se cachait derrière.

complète en exemple Romain Pellan

Un expert dans chaque brigade

La cellule Ntech de Saint-Brieuc anime d’ailleurs des réunions de prévention auprès des entreprises et des collectivités locales, fortement exposées aux cybermenaces (virus, piratages…), pour les mettre en garde sur leurs pratiques ou les failles de leur système informatique.

Ils complètent ainsi la mission de leur collègue Aline Betton, responsable de la Cellule de prévention technique de la malveillance pour la gendarmerie des Côtes-d’Armor. 

Une promeneuse a signalé à la gendarmerie un corps sans vie le 4 janvier 2023. Il s’agirait de la personne disparue le 22 décembre 2022.
La toile opérationnelle COMCyberGEND  part au plus près du terrain, avec les correspondants dans les brigades, jusqu’au sommet du spectre, le département informatique de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRGCN).  ©Actu Morbihan

Une cellule CyberGEND

Depuis une dizaine d’années, la gendarmerie monte en puissance ses effectifs face à la croissance exponentielle de la cybercriminalité, où chacun est une victime potentielle, sinon une cible. Une tendance que la crise sanitaire, avec des temps d’écran accrus, et le développement de la 5 G ont amplifiée.

La gendarmerie nationale a d’ailleurs créé en février 2021 le COMCyberGEND (commandement de la gendarmerie dans le cyberespace), un réseau de plus de 6700 enquêteurs numériques dotés d’outils spécialisés.

Cette toile opérationnelle part au plus près du terrain, avec les correspondants dans les brigades, jusqu’au sommet du spectre, le département informatique de l‘Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRGCN). 

Tous, derrière leurs écrans, comme l’adjudant-chef Jean-Louis Fyne, sont « au service des enquêtes, des magistrats et surtout des victimes ».

Related Articles

En bref

Sécheresse à Perpignan. Ces images du barrage de Vinça inquiètent : « C’est gravissime »

Le barrage de Vinça, ce week-end. (©DR) Mois après mois, la sécheresse...

En bref

Castres. D’importants travaux à prévoir toute la semaine : voici ce qu’il faut savoir

D’importants travaux sont prévus du 20 au 24 février 2023 à Castres...

En bref

Festival Année zéro à Bernay. La soirée de concerts avec MB 14 affiche complet

L’artiste MB14 mélange des rythmes de batterie à des sons d’instruments imaginaires,...

En bref

Avranches : séismes en Turquie et en Syrie : la mairie organise une collecte de dons

Des immeubles détruits par le séisme à Kahramanmaras, en Turquie, le 14...