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Dans la monarchie absolue d’Eswatini, les étudiants quittent les cours pour réclamer la démocratie

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Trois mois après que la police a violemment réprimé les manifestations pro-démocratie en Eswatini, dernière monarchie absolue d’Afrique anciennement appelé Swaziland, le mouvement se poursuit dans le calme. Parmi les dernières actions, plusieurs écoles du pays ont été boycottées pendant le mois de septembre.

L’Eswatini est un petit pays enclavé d’Afrique australe. Son dirigeant, le roi Mswati III, règne depuis 35 ans par décret. Mais depuis fin juin, le pays connaît un vaste mouvement pro-démocratie. Au moins 27 personnes ont été tuées lors de ces manifestations récurrentes. Toutefois, les groupes de défense des droits affirment que ce nombre pourrait en réalité être beaucoup plus élevé, plus proche de 100. 

Après plusieurs semaines de pillages, d’incendies de pneus et de bâtiments, accompagnés de violentes représailles policières, les manifestations se sont apaisées, mais les lycéens et les étudiants ont continué à se mobiliser pacifiquement, en organisant des marches et en remettant des pétitions aux représentants parlementaires.


Des photos publiées sur Twitter le 22 septembre montrent une foule d’étudiants dans le sud de l’Eswatini quittant leurs cours en signe de contestation.


Des photos publiées sur Twitter le 21 septembre montrent des étudiants d’une université de Mbabane manifestant pour la démocratie.

Le mouvement pro-démocratie de 2021 est né de la colère et des allégations de violences policières après la mort d’un jeune étudiant en droit dans des circonstances mystérieuses, attribuée à la police, en mai dernier.

Les manifestants réclament des élections et le droit d’élire le Premier ministre du pays, ainsi que la responsabilisation des représentants parlementaires qui, selon eux, restent silencieux sur des questions telles que les brutalités policières et la corruption.

Actuellement, le roi nomme le Premier ministre, ainsi que les ministres, les chefs d’agences et les juges. L’Eswatini est une monarchie absolue depuis les années 1970, soit peu après son indépendance du Royaume-Uni.

« Ce mouvement détermine notre avenir »

Thabo (pseudonyme) est engagé dans une association nationale de syndicats étudiants. L’équipe des Observateurs de France 24 a choisi de préserver son anonymat pour des raisons de sécurité. 

Toutes les universités et tous les étudiants ont fait partie du mouvement pro-démocratique. La devise du syndicat étudiant est claire : elle dit que nous sommes membres de la communauté avant d’être étudiants. Nous avons décidé d’aller adresser des pétitions à nos représentants dans les différentes circonscriptions.

Pour Thabo, la lutte pour la démocratie est plus importante que d’aller à l’université et passer des examens au cours d’une année scolaire déjà interrompue :

Les manifestations vont de pair avec la question du Covid-19 et les différents calendriers scolaires universitaires ont changé. Certaines universités sont encore en train de faire leur premier semestre, d’autres essaient de terminer le second semestre. Certaines personnes qui devaient obtenir leur diplôme cette année l’obtiendront l’année prochaine car, après des troubles [en juin et juillet], le Premier ministre a décidé de tout fermer, y compris les universités – tout était paralysé. 

Ce qui s’est passé tout au long de ce processus et de ce mouvement est particulièrement important pour les jeunes et les étudiants. C’est parce qu’il en va de notre avenir. Même si nous pouvons essayer de poursuivre nos études dans les différentes universités du pays, sans un Swaziland libre et démocratique qui créera des opportunités pour nous, les jeunes, nous serons dans une situation grave à l’avenir. Ce processus et ces manifestations vont contribuer à changer la scène politique du pays.

Ces manifestations ont été organisées avec des jeunes et des personnes âgées et l’influence de différentes communautés, car ce dont nous avons besoin, c’est la liberté pour tous. Le roi du pays est la loi elle-même. Tout est décidé par lui. Le système de ce pays n’est plus supportable. 

S’exprimer peut être dangereux pour les étudiants en Eswatini : le 19 septembre, des soldats ont attaqué des étudiants du William Pitcher College, dans le centre du pays, qui étaient en grève car il n’avaient pas reçu leurs allocations et remboursements après la fermeture des universités Covid-19. Les soldats auraient tiré des gaz lacrymogènes dans les résidences universitaires et frappé les étudiants avec des matraques.

Les lycéens en grève

Tout au long du mois de septembre, les lycéens de plusieurs régions d’Eswatini ont aussi manifesté en organisant des boycotts. Le 23 septembre, les élèves de dix lycées ont tous quitté les cours, principalement dans la région de Shiselweni, dans le sud du pays, soulevant la crainte que les étudiants ne soient en retard pour la saison des examens en octobre. 


Une vidéo publiée sur Twitter le 16 septembre montre des élèves du lycée de Lulakeni, dans la région de Shiselweni, quittant leurs cours.

Certains élèves ont répondu qu’ils ne passeraient pas leurs examens tant que deux députés arrêtés en juillet ne seraient pas libérés, selon les médias locaux.

Personnalités incontournables du mouvement démocratique, les députés Bacede Mabuza et Mthandeni Dube ont été arrêtés le 26 juillet pour terrorisme. Le 20 septembre, le procès des deux députés a été reporté de la mi-octobre à la fin novembre, plusieurs jours après le rejet de leurs demandes de libération sous caution, ce qui a ravivé la colère du mouvement pro-démocratie. 

Des vidéos montrent des lycéens de l’école secondaire de Nkanini boycottant leurs cours le 22 septembre.  Certains élèves tiennent une pancarte disant « Libérez nos députés arrêtés ».


Une vidéo de Swaziland News partagée sur Facebook le 22 septembre montre des élèves d’une école secondaire rurale quittant la classe pour manifester.

Le Premier ministre a réagi à cette vague de contestations dans les écoles le 23 septembre, déclarant que les enfants étaient « utilisés pour pousser inconsciemment les programmes d’autres personnes ».

En place sur le trône depuis 1986, le roi Mswati III a 15 épouses et plus de 25 enfants. Il a été accusé d’utiliser les fonds publics pour financer un style de vie luxueux pour lui-même et sa famille. Après plusieurs mois de manifestations et d’appels au changement, le roi n’a pas cédé aux demandes des manifestants.

Selon la Banque mondiale, plus de 58 % de la population d’Eswatini vivait sous le seuil de pauvreté en 2016, et le taux de chômage en 2020 était d’environ 23 %. Le chômage des jeunes est estimé encore plus élevé, à plus de 50 %.





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