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Sud

FAIT DU JOUR De la Guyane aux Bleus, le handballeur Luc Tobie avance sans faire de bruit

Avec Luc Tobie, le drapeau de la Guyane n’est jamais très loin (Photo USAM)

Ce soir à 20h, l’USAM Nîmes Gard se déplace à Aix pour le compte de la 6e journée de championnat. Un match particulier pour Luc Tobie qui a passé cinq ans dans le club provençal avant de rejoindre le Gard en 2016. D’habitude discret, le Guyanais a accepté de raconter son parcours agrémenté par les témoignages de Julien Rebichon et Franck Maurice. Une carrière atypique mais réussie pour l’arrière droit qui a franchi les étapes sans faire de bruit.

« N’insiste pas trop sur moi, je préfère mettre en avant ceux qui m’ont aidé. » De nature discret, Luc Tobie n’aime pas trop parler de lui et évite la plupart du temps les médias. Mais à force de le côtoyer, il a accepté de se livrer sur son parcours, sa carrière. À tel point que son coéquipier Michaël Guigou l’a taquiné en lui demandant : « Lucho tu as les clés pour fermer le Parnasse ? » Une salle où l’arrière droit a réussi les plus beaux exploits de sa carrière. Mais tout a commencé à 7 000 km de là, en Amérique du Sud, le 24 juin 1988 où Luc voit le jour dans le petit village de Matoury, situé à proximité de Cayenne, capitale de la Guyane Française.

C’est dans une famille très soudée en compagnie de ses neuf frères et sœurs qu’il vit une jeunesse paisible. Après le judo c’est au football qu’il va jouer jusqu’à 17 ans : « J’étais plutôt bon techniquement. Je jouais ailier gauche mais je n’avais pas le gabarit. » Après s’être cassé le bras au foot, il passe plus de temps à regarder son frère aîné jouer au handball et décide de changer de discipline. Le déclic a lieu sur un match de play-off : « J’aimais bien le style de jeu mais je ne connaissais pas les règles. » C’est le président du club qui lui donne l’envie de jouer et voit en lui un certain potentiel.

Quand Tobie s’envole mieux vaut s’écarter ! (Photo USAM)

Luc progresse et à 20 ans il joue avec l’équipe seniors au plus haut niveau de la Guyane, l’équivalent de la N3 en métropole. Son frère aîné a évolué avec Olivier Alfred avant qu’il devienne professionnel à Istres. « Le centre de formation d’Istres cherchait un arrière droit alors pendant ses vacances, il est venu me voir sur un tournoi. » Le gaucher débarque ensuite dans les Bouches-du-Rhône pour faire un essai de 15 jours qui se révèle concluant. « C’était compliqué car tu passes de deux entraînements par semaine à deux par jour. Le climat est différent. J’ai découvert le mistral mais je me suis adapté. J’avais l’envie et j’étais venu pour un projet de devenir professionnel. »

Lorsqu’il arrive fin août, l’équipe est déjà constituée et il n’y a plus de place au centre de formation mais Luc peut compter sur le soutien et la solidarité de ses aînés guyanais présents à Istres : Olivier mais aussi Grégory Tablotin et Thierry Fleurival. « J’ai dormi chez lui pendant six mois ! » L’enfant de Matoury fait ses preuves et gagne petit à petit sa place sur le terrain. Il a simplement un contrat « convention » et il gagne à peine quelques centaines d’euros mais parvient dès la première année à s’entraîner avec les professionnels. Il s’accroche malgré l’éloignement familial : « C’était très dur car j’étais proche de mes parents mais tu t’habitues et tu fais abstraction de ça. »

« Je ne prenais pas forcément de plaisir à Aix »

L’Istréen goûte à son premier match en pro lors de la saison 2009/2010 mais c’est lors de l’exercice suivant qu’il parvient à s’imposer dans cette équipe. « J’ai marqué cinq buts face à Montpellier et ça a changé mon statut. » Mais les dirigeants ne lui proposent qu’un contrat semi-pro et malgré un retour à la charge, Luc se laisse tenter par le projet d’Aix. « On m’a proposé un contrat pro en D2 avec une équipe construite pour jouer la montée. » Le pari est réussi, les Provençaux remportent le titre, le seul pour l’instant soulevé par le Guyanais.

Avec ce style à l’américaine, Luc devient Snoop Dogg pour ses coéquipiers (Photo Instagram)

Il passe ensuite quatre années en première division au Pauc mais en garde un souvenir mitigé. « Même s’il y a de très beaux moments avec notamment l’arrivée des frères Karabatic, je ne prenais pas forcément de plaisir à Aix. Le club manquait de stabilité avec beaucoup de changements d’entraîneurs », regrette-t-il à propos d’un club où il avait du temps de jeu mais où il se battait pour le maintien.

C’est pour avoir des ambitions plus élevées qu’il arrive à l’USAM en 2016. C’est Franck Maurice qui l’avait appelé dès octobre 2015 pour l’enrôler dans le Gard. « J’avais repéré que partout où il passait, on lui mettait dans les pattes un mec qui était censé être numéro 1 au poste et à chaque fois c’était constamment lui sur le terrain. » Une caractéristique qui va se confirmer à Nîmes : Asgeir-orn Hallgrimsson, Micke Brasseleur, Vid Kavticnik (et maintenant Mathieu Salou) sont recrutés au même poste mais à la fin c’est Lucho qui joue et qui marque.

90 buts inscrits pour sa première saison sur 161 tirs, la plus prolifique et c’est en 2020/2021 qu’il a affiché le taux de réussite le plus élevé avec 67% (66 buts en 99 tentatives). Un joueur doté d’une sacrée force mentale pour faire déjouer la concurrence, rarement blessé et conscient de ses capacités. « Discret et indispensable voilà ce qui le caractérise le mieux. C’est un soldat, un mec courageux, bon en attaque et en défense, détaille son coach depuis maintenant cinq ans. Utile à l’équipe dans tous les compartiments du jeu, il est très régulier et il a l’envie sans cesse d’être celui sur qui on compte. Il ne va pas faire de bruit mais on peut s’appuyer dessus. »

« On croit que je fais la gueule et les gens ont peur de venir me parler »

Un homme discret mais qui apprécie cette bonne ambiance dans le groupe usamiste même s’il n’est pas en première ligne pour chambrer ses partenaires. « C’est en trompe-l’œil ! Parfois, il va être le premier à rigoler », assure le capitaine Julien Rebichon. Dans le vestiaire, sa parole est rare mais précieuse : « Quand il parle ce n’est pas pour rien dire, il est écouté. »

Amateur invétéré de tiramisu, celui qui peut ressembler au rappeur américain Snoop Dogg lorsqu’il porte des lunettes de soleil, est qualifié comme le joueur le plus classe du vestiaire. Son image d’homme réservé est trompeuse. « On croit que je fais la gueule et les gens ont peur de venir me parler. C’est juste que je ne suis pas ouvert quand je ne connais pas la personne. »

Luc Tobie (2e en partant de la gauche) est le premier guyanais avoir intégré l’équipe de France (Photo FFH)

En revanche sur le terrain, le numéro 24 – sa date de naissance – est sûr de sa force. Ses performances l’ont amené à être le premier Guyanais de l’histoire à être sélectionné en équipe de France. Une expérience de quelques jours lors d’un stage de préparation fin décembre 2020 pour les championnats du monde en Égypte. « C’était une fierté par rapport à ma famille, à la Guyane et tout le chemin parcouru pour en arriver là. Je souhaite ne pas être le dernier Guyanais appelé. » Si Luc se fait peu d’illusions de fêter un jour sa première sélection – « je ne suis pas l’avenir » -, il espère, pourquoi pas, dans quelques années aider un jeune joueur de sa région à y parvenir.

Celui qui vient d’atteindre les 600 buts marqués en première division et qui a prolongé à Nîmes jusqu’en juin 2023 (il aura 35 ans, NDLR), se voit bien se reconvertir en tant qu’éducateur sportif dans un pôle espoir. Et forcément en Guyane ! « L’idéal ce serait de déceler et former les jeunes pépites du handball et puis les aider à venir en France. »

Offrir une opportunité comme celle dont il a bénéficié de la part des anciens. Mais avant de se pencher sur les diplômes à acquérir, il y a une carrière à finir. Probablement à Nîmes… « Si je me sens bien physiquement et que Nîmes compte toujours sur moi, pourquoi pas ? » L’arrière droit en a encore sous la semelle et il veut surtout gagner un trophée avec la Green team,  « n’importe lequel », 27 ans après le dernier titre majeur remporté par le club nîmois. Sous sa semelle, encore des ambitions.

Corentin Corger





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