Sud

FAIT DU SOIR Des noces d’étain pour raviver la flamme, le 503e se plaît ici

Le colonel Pierre Pillebout (Photo Anthony Maurin).

Après dix ans de mariage, on fête les noces d’étain. En poste à la tête du 503e Régiment du train depuis juin 2020, le colonel Pierre Pillebout évoque les dix ans de l’implantation du régiment sur la base de Nîmes-Garons, les enjeux et l’avenir de son millier d’hommes. Interview.

Objectif Gard : On est bien au 503 RT, qu’il soit ici ou ailleurs ?

Pierre Pillebout : Bien sûr ! Je n’ai pas servi au 503e RT quand il était encore à Souge (33) mais tout le monde était d’accord pour dire qu’il y était bien. Tout le monde est toujours d’accord pour dire que le 503 est très bien ici. Une phase d’installation n’est jamais une chose facile, cela peut durer cinq ans, c’est variable selon l’environnement. Il y a toujours des ajustements à faire, perfectionner et adapter son infrastructure, être reconnu sur son territoire…

Le quartier El Parras, le lieu d’implantation du 503 RT (Photo Anthony Maurin).

Comment se porte le 503 RT, ici, dans la région nîmoise ?

Il se porte très bien et fête cette année les dix ans de son implantation ici en continuant son activité. Le régiment est composé de 980 personnes sans compter les plus de 300 réservistes et la petite vingtaine de civils. Notre année 2020 a été marquée par un engagement sur les opérations extérieures au Mali, au Liban et à d’autres endroits où l’armée était déployée. En 2021 nous nous sommes déployés sur le territoire national métropolitain pour 400 personnes et en Polynésie française pour une centaine d’autres entre mars et juillet. En cette fin d’année, nous effectuons notre préparation opérationnelle car notre métier c’est l’engagement opérationnel, c’est être prêt à être engagés.

Comment se composent les forces vives du 503 RT ?

Au régiment, on a autant de métiers que d’escadrons. Contrairement à un régiment d’infanterie où l’on va retrouver majoritairement un type d’escadron qui va être structuré de la même façon, ici c’est plus complexe. On a donc un escadron de commandement et de logistique qui assure le soutien interne du régiment. On a un escadron de ravitaillement dont le métier est tourné vers l’organisation des zones logistiques (manutention, suivi des ressources…). On a ensuite un escadron de transport de fret majoritairement équipé du PPLog, le porteur polyvalent logistique qui est un matériel récent arrivé en 2013, dont le métier est de transporter du fret, pas de personne ni d’engin blindé, c’est la spécialité de l’escadron qui suit. C’est le rôle de l’escadron de transport de blindé qui est équipé de porte-char et porte-engin capable de transporter des véhicules de 50 tonnes (VBCI du 2e REI par exemple) ou des chars Leclerc. Enfin, nous avons un escadron de circulation et d’escorte qui a pour mission d’escorter les convois mais aussi de veiller à leur fluidité. Il peut donc aussi appuyer les mouvements d’une force inter-armes. Tout cela se fait dans le cadre de ce qu’ont analysé les armées, c’est à dire la préparation à un combat à haute intensité face à un ennemi symétrique. Les deux escadrons de réserve sont eux aussi spécialisés, c’est ce qui nous distingue des autres régiments. L’un d’eux l’est dans le transport, l’autre dans la circulation et l’escorte.

(Photo Anthony Maurin).

Que fait le 503 RT actuellement ?

Nous avons un certain nombre d’activités de préparations opérationnelles, notamment dès ce mois d’octobre car dès la semaine prochaine le régiment va partir pour un exercice d’évaluation de son format de zone logistique. Il sera évalué sur son métier principal qui est d’organiser et de commander une zone logistique dans un conflit dit de « haute intensité ». Le régiment participera à cet exercice inter-armes pour que nous puissions nous approprier les nouveaux matériels d’une part mais aussi les nouveaux systèmes d’information et nouvelles procédures liés au programme Scorpion, programme majeur de l’Armée de terre qui est en cours de mise en place.

Du nouveau matériel ?

Les premières projections pour Scorpion sont déjà faites mais le régiment, lui, est principalement concerné par le système d’information et de commandement. C’est très important car ça change beaucoup de choses dans le régiment. Le matériel qui concerne le régiment sera touché en 2025. Il n’y a pas que les véhicules, c’est tout le système de combat qui est concerné par Scorpion.

La cérémonie des dix ans (Photo 503RT).

Comment vit le régiment à Garons depuis dix ans maintenant ?

Ces dix années sont l’histoire de trois réussites. Une réussite opérationnelle car le régiment a toujours continué à exercer sa mission opérationnelle avec des succès très importants en opérations extérieures. Il y a ensuite une réussite organisationnelle car il a fallu s’adapter à des nouvelles structures et infrastructures. Il a aussi fallu créer un nouveau vivier de réservistes même si quelques uns ont suivi le régiment. C’était un défi ! Enfin, la troisième réussite est la réussite humaine puisque nous avons créé des liens avec les communes qui environnent le régiment, les organismes comme la base de Sécurité civile qui a fait survoler un avion lors de notre cérémonie des 10 ans, les élus, la population… Nous sommes bien installés et bien accueillis, notamment dans le sud du département.

Vous êtes jumelés avec des communes très proches. Comment cela se passe-t-il ?

Il y a sept communes avec lesquelles on a un jumelage. Le régiment est composé de mille hommes répartis en sept escadrons : cinq d’active et deux de réserve. Chaque escadron est jumelé avec une commune de la proche région. Tous nos personnels n’habitent pas dans ces communes mais nous avons développé des liens particuliers en organisant des activités. Pas simplement pour se faire plaisir mais surtout pour que nous soyons connus localement et pour expliquer notre travail. C’est un métier à part et les familles aussi sont intégrées à ce processus. Quand le mari ou le compagnon part pendant quatre mois, la famille, elle, reste ici, donc il faut que les gens de sa commune le sachent et gardent un oeil sur elle autant que faire se peut. C’est très important pour nous et cela ne se limite pas à ces seules sept communes.

L’avion de la Sécurité civile qui survole les troupes du 503e pendant la cérémonie de ses dix ans à Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Des travaux étaient prévus au quartier El Parras. Ou en est-on ?

Les travaux sont toujours prévus. Actuellement, on rénove un bâtiment d’hébergement pour nos soldats et une salle de convivialité qui sera en partie dédiée aux familles. Rien ne sort de terre pour le moment mais nous avons des projets d’infrastructures de préparation opérationnelle. On a besoin de lieux pour se préparer donc nous avons des projets en cours pour un gymnase, un parcours d’obstacles et un parcours naturel… Une sorte de parcours de cross à réaliser avec armement et paquetage. Tout cela devrait voir le jour cette année ou l’année prochaine. Pour la piscine, les gradins et les vestiaires sont interdits mais le bassin est ouvert à toute la garnison comme par exemple le 4e RMat ou le 2e REI qui viennent régulièrement. Nous tenons à cet équipement car c’est aussi un outil de préparation opérationnelle efficace et puissant, par exemple pour l’escadron parti en Polynésie en mars dernier.

Quel est l’enjeu pour les dix prochaines années ?

C’est la montée en puissance vers le combat de haute intensité. Nous devons aussi nous approprier les nouveaux matériels et les nouveaux systèmes d’information et nouvelles procédures liés au programme Scorpion. Il y aura aussi tout ce qui se met en place dans la loi de programmation militaire. À court terme, c’est 2023, l’exercice Orion, majeur pour les armées, pour se préparer à ce combat de haute intensité avec une division engagée. Actuellement, le régiment devrait participer à cet exercice en soutien de la 6e BLB de Nîmes avec laquelle nous essayons de travailler le plus possible. Cet exercice devrait se dérouler sur le sol français, en métropole.

L’emblème très marocain (Photo Anthony Maurin).

Pour revenir au local, quels sont les liens tissés avec les autres militaires de la région? Nîmes est une ville de garnison…

Depuis un an les régiments du train sont adossés à une brigade. Nous ne sommes pas subordonnés à la brigade, nos chefs sont à Montlhéry et Lille. Comme nous sommes adossés à la 6e BLB, nous avons les mêmes cycles d’activité, comme le 4e Régiment du matériel, ce qui nous permet d’être coordonnés, de nous préparer, de faire des efforts et de nous projeter ensemble. En 2022 et avec le 4e RMat nous allons constituer le coeur du groupement tactique logistique des opérations qui se déroulent au Mali. Nous sommes plus efficaces et les liens sont plus forts, notamment ici à Nîmes où c’est facile car nous sommes dans la même garnison. Ici, les synergies sont nombreuses et faciles à trouver.

Où en est le fameux « Plan famille » ?

Il est toujours en cours de mise en place mais progressivement. Il y a de belles avancées qui sont réalisées même si tout cela peut paraître prosaïque, ça change beaucoup de choses pour les familles. Par exemple, pour les mutations on peut mieux s’organiser. Les accès au régiment et aux organismes de soutien sont facilités pour les familles. Nous développons de nombreuses activités à l’égard des familles. Des petites choses administratives qui améliorent la vie. Des projets plus importants, comme la construction d’une crèche, n’ont pas encore vu le jour mais sont en projet.

(Photo 503 RT).

Revenons dans le temps, quelle est l’histoire du 503 RT ?

Elle commence en 1943, au Maroc. Le régiment est un soutien de la première armée française dans les débarquements en Italie et en Provence ainsi que lors de la libération nationale… Il a même stationné en Allemagne pendant quelques temps. Ensuite, c’est la guerre d’Indochine entre 1947 et 1954, il y aura ses titres de gloire, ses deux citations mais aussi la plupart de ses pertes. Vient ensuite la guerre d’Algérie. Le 503 partira en dernier, au-delà de l’indépendance, en 1964. Après une petite éclipse, il a connu trois garnisons successives, c’est notable dans l’identité d’un régiment car cela n’est pas facile. Il y a eu d’abord La Rochelle, Souge puis Nîmes. Non, Saint-Gilles car n’oublions pas que nous sommes ici sur la commune de Saint-Gilles. Il y a aussi toutes les opérations extérieures que la France a connu depuis les années 1990 comme la Yougoslavie, l’Afghanistan et maintenant le Mali.

À titre purement personnel, comment vous trouvez-vous ici ?

C’est une très belle garnison que je découvre car je n’avais jamais servi plus au Sud qu’Angoulême et je suis moi-même originaire de l’Oise. Le soleil est évidemment très agréable et je découvre une région vraiment magnifique avec une diversité d’activités et de paysages. C’est marquant ! C’est passionnant, j’en profite car, a priori, ça ne dure que deux ans et que je n’ai pas forcément le temps de tout visiter… J’apprécie aussi beaucoup l’accueil dont on peut bénéficier ici.

Avez-vous eu des coups de coeur pour des endroits ou gastronomiques ?

Le sentier de la Baume à Poulx. J’adore y aller ! C’est vraiment magnifique, j’ai été surpris de voir une telle beauté si près de Nîmes. Je suis assez bon marcheur et j’adore l’endroit, des deux côtés. J’aime aussi le Guidon du bouquet et la Camargue dans sa globalité mais je n’aime pas trop la brandade même s’il ne faut pas trop le dire… J’imaginais ça différemment. J’aime le vin des Costières, dont je découvre la qualité avec beaucoup de plaisir, et la gardiane de taureau.

Qu’avez-vous à rajouter ?

Je veux dire simplement le grand plaisir que j’ai à commander ce régiment. C’est un honneur, mais également dire le plaisir que j’ai eu de pouvoir organiser cette cérémonie des dix ans de l’installation du régiment ici. Merci aux élus, aux communes avec lesquelles nous sommes jumelés de leur bonne volonté d’entretenir les liens. J’espère que les dix, vingt ou cinquante prochaines années seront aussi fructueuses et profitables pour tous ici dans le Gard.

Propos recueillis par Anthony Maurin





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