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François Hollande fait le plein d’ondes positives à Evreux

François Hollande à la librairie Gibert d'Evreux, samedi 21 janvier 2023.
François Hollande à la librairie Gibert d’Evreux, samedi 21 janvier 2023. ©D.CH.

En scrutant la file interminable qui serpentait dans la librairie Gibert, à Évreux, samedi après-midi, une procession constituée de sympathisants ou de curieux venus chercher une dédicace, prendre un selfie ou, comme ces trois jeunes filles, réaliser leur BeReal en compagnie de l’ancien chef de l’État (15 mai 2012 au 14 mai 2017), Jean-Philippe Deflorenne, vieux routier des salons du livre qui en a vu d’autres, montrait quelques signes d’inquiétude. Auront-ils tous le temps d’approcher le président ?, se demandait-il. D’autant plus que François Hollande prenait son temps avec chacun d’entre eux. À son côté, Thierry Fayolle, le libraire à l’origine de la venue de l’ancien locataire de l’Élysée, demeurait serein. D’abord parce qu’il l’a déjà reçu dans l’autre librairie dont il a la charge, à Saint-Germain-en-Laye, et que ça s’est si bien passé que François Hollande n’a pas hésité une seconde lorsqu’il l’a invité à venir en terres normandes. Et aussi parce que le libraire n’avait d’autre option que de rester confiant. Tout comme les quatre gardes du corps du président à qui Deflorenne demandait s’il n’y aurait pas trop de grains dans le sablier. « C’est le patron de la librairie qui décide », souriait un des hommes de l’ombre, grosso modo : quand Thierry Fayolle voudra tirer le rideau, leur boss s’en ira. « Pas avant que François Hollande ne le décide », jugeait de son côté le libraire, à la patience de moine zen. On était parti pour la nuit. D’ailleurs, elle commençait à pointer le bout de son nez. Il était 18 heures passées. Des lecteurs de dernière minute se pressaient encore avant la fermeture des dédicaces, que l’auteur ne range son stylo plume dans sa poche revolver. 

Une journée marathon

François Hollande
L’ancien président s’est intéressé au travail des élèves du lycée Senghor sur la Seconde Guerre mondiale, la déportation.  ©D.CH.

François Hollande est un marathonien. Venu de Paris le matin même, il avait débuté sa journée en prenant un café sur le pouce en centre-ville, près du Beffroi, avec le Secrétaire de la fédération de l’Eure du Parti socialiste, Timour Veyri, et le dernier quarteron des rescapés du PS local. Il ne se sera pas trop attardé, car il devait être à 10 h 30, plus sûrement à 10 h 45, au lycée Senghor où l’attendaient sagement des élèves spécialisés en histoire, de section internationale, allemande et européenne, et leur prof Lucien Grillet. Dix-sept d’entre eux, des élèves d’Emilie Peckre, descendaient à peine de l’avion qui les avait conduits à Auschwitz, la semaine passée. Beaucoup d’autres s’éternisaient dans les coursives pour apercevoir l’invité prestigieux, essayer de l’immortaliser avec leur smartphone. Le proviseur Michel Lesage leur avait concédé de pouvoir rester contre la promesse d’une qualité de silence irréprochable – qu’ils tiendront. D’autant qu’à son arrivée, François Hollande dut vite troquer sa bonhomie pour un air grave. Il s’agissait d’évoquer la Seconde Guerre mondiale, la déportation, les travaux des élèves affichés sur de grands panneaux. Quelques-uns d’entre eux auront assuré la promotion dudit travail sans trembler devant le président. Personne ne devait évoquer l’actualité, le nouveau pataquès au PS après l’élection contestée du Premier secrétaire du parti. Les élèves s’en tiendront au programme, interrogeront l’ancien président sur la difficulté de redevenir ami avec son ennemi, avec qui on s’est fait la guerre. François Hollande parlera de la nécessité de dépasser la rancœur pour retrouver la paix, de l’amitié franco-allemande restaurée, celle espérée un jour ou l’autre entre Israël et la Palestine. Il parlera des médias, du nouvel environnement de l’information, d’Elon Musk, génial entrepreneur et inquiétant libertarien, des réseaux sociaux et ses torrents de boue que l’on peut se prendre dans la figure simplement en ouvrant son téléphone.

François Hollande au lycée Senghor, à Evreux.
François Hollande au lycée Senghor, à Evreux. ©D.CH.

« Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai eu votre âge »

« Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai eu votre âge », leur confiera-t-il, au détour d’une phrase, mettant l’assemblée dans sa poche. Il dira son inquiétude quant au conflit ukrainien – le sujet de son dernier ouvrage Bouleversements. Il assurera qu’il était du rôle des anciens présidents de fouler les terres de l’éducation, d’aller à la rencontre des lycéens et des collégiens, pour promouvoir la démocratie et les institutions. À la fin, certains élèves se risqueront à lui demander une dédicace, un selfie. Il ne se fera pas prier. Leurs profs se laisseront prendre à leur tour dans le tourbillon. François Hollande ne se défera jamais de son sourire, ne montrera aucun signe de lassitude ou de volonté d’abréger ce qui ressemblait beaucoup à un bain de jouvence. Seuls la cloche et les horaires fixes des transports scolaires auront eu raison de l’échange. L’ancien président se rendra à la résidence préfectorale pour déjeuner avec le préfet. Le ministre des Armées et ancien voisin du conseil départemental dont il assurait la présidence, il y a peu encore, Sébastien Lecornu, devait les rejoindre. Un déjeuner probablement léger pour ne pas lester celui qui devait être alerte et souple durant l’après-midi. Son arrivée était programmée à 14 h 30 à la librairie Gibert, place Clemenceau. Il s’y présentera – sous les applaudissements – avec quelques minutes de retard. Il saluera chacune des plus de 750 personnes venues le voir avec la même chaleur. Et, à chaque fois, un mot, une question, un intérêt, « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Vous êtes de La Madeleine ? Je connais bien. Vous êtes de Conches ? Je connais aussi. Alfred Recours. » 

« Vous avez vu le soleil ? Profitez-en, c’est une fois par an. »

les passants qui l'aperçoivent dans la vitrine s'étonnent de sa présence, dégainent leur portable pour immortaliser la scène, certains se risquent à un geste de la main, un sourire
Les passants qui l’aperçoivent dans la vitrine s’étonnent de sa présence, dégainent leur portable pour immortaliser la scène, certains se risquent à un geste de la main, un sourire. François Hollande se prête au jeu, leur renvoie un signe complice, leur adresse un sourire, qui leur fera le week-end. ©DR

France Bleu est là. Sa jeune journaliste met les pieds dans le plat, le pataquès du PS. François Hollande lui répond. Il tente d’arrondir les angles, même s’il redit son soutien à Nicolas Mayer-Rossignol, s’il déplore ce spectacle de désunion, l’image déplorable renvoyée, qu’il faudra éclaircir tout ça, revoter si nécessaire, pour avoir un parti qui « relève la tête et se mette à travailler pour donner des propositions aux Français. Il faut un PS fort, si on veut une alternance ». Il reprend son marathon, stylo à la main. Ne montre toujours pas de signe de faiblesse ou de lassitude. Au bout de 2 h 30, il ouvre une bouteille d’eau, plus pour s’humecter les lèvres que pour se désaltérer. Pour ça, le petit lait coule à flots continus. De la bouche des enfants : 10 ans, 13, 15, 12… La relève à peine née lorsqu’il était aux affaires. Certains sont extrêmement polis, donnent du « monsieur », comme plus personne ne le fait, aujourd’hui. Des jeunes filles en Droit, une magistrate en place depuis des lustres, Lucien Grillet en famille, François Hollande en profite pour redire la qualité de l’accueil que lui ont offert ses élèves. Des gamins du quartier qui se sont vraisemblablement défiés d’aller prendre une pose stylée avec celui qu’ils n’ont connu qu’à travers la télé. Le président des bisous. De la pluie. Des Martiniquaises l’entreprennent sur le temps qu’il fait, bizarrement clément. « Vous avez vu le soleil ? Profitez-en, c’est une fois par an », s’amuse le président. On pense à Jean-Louis Debré, dans l’art délicat d’aborder les gens dans ce type d’exercice. Ils ont la même bonhomie, la même proximité dans le contact, cette manière d’aborder des inconnus et de leur donner ce sentiment d’importance comme s’ils étaient des êtres uniques, cette façon de leur prêter ces petites attentions dont chacun tricotera son souvenir. Ils sont tactiles, ils ont la poignée de main chaude de l’école corrézienne. Chirac. On pense aussi à Julie Gayet, sa compagne, qui un soir au cinéma Pathé d’Évreux s’était montrée tout aussi abordable, patiente, souriante et chaleureuse avec ses admirateurs. Même les plus improbables. Le conseiller municipal centriste Emmanuel Roussel est venu saluer François Hollande. Pas le maire LR d’Évreux, trop occupé à se montrer à Dozulé aux côtés de Xavier Bertrand. François Hollande l’avait rappelé le matin aux lycéens : « Il ne vous aura pas échappé que je ne suis plus président de la République ». « Pour nous, vous êtes toujours notre président », trancheront une dame et son mari. Une autre appelle à son retour, « surtout avec celui qu’on a en ce moment », se désespère-t-elle. Elle donne un coup de pied circulaire à l’actuelle direction du PS indigne de l’histoire du parti de Jaurès, juge-t-elle, elle adresse un uppercut à la Nupes et un headshot à Mélenchon qu’elle exècre. Amusé par le spectacle, François Hollande se lève et embrasse sa partisane. « Revenez ! », l’implore un fidèle. « Il faut une élection pour ça », rétorque l’ancien président. S’il avait des doutes sur ce qui lui restait de popularité, cette journée les aura balayés pour la soirée. C’est vraisemblablement là qu’il puise son énergie, alors que dans la rue, les passants qui l’aperçoivent dans la vitrine s’étonnent de sa présence, dégainent leur portable pour immortaliser la scène, certains se risquent à un geste de la main, un sourire. François Hollande se prête au jeu, leur renvoie un signe complice, leur adresse un sourire, qui leur fera le week-end. « On a vu François Hollande ! », comme s’ils avaient vu la Vierge.

François Hollande à Vernon ?

Jean-Philippe Deflorenne a profité de l'occasion pour inviter François Hollande à son salon du livre de Vernon.
Jean-Philippe Deflorenne a profité de l’occasion pour inviter François Hollande à son salon du livre de Vernon. ©D.CH.

Les plus courageux auront patienté trois heures pour atteindre le Graal. D’autres auront rebroussé chemin leur livre à la main. Les derniers à passer auront été les personnels du magasin. Jean-Philippe Deflorenne qui rêve d’inviter François Hollande à son salon du livre de Vernon aura tiré sa femme par le bras pour qu’elle pose avec lui auprès de l’ancien président. On pourrait l’y voir. L’invitation est lancée, en tout cas. En attendant, François Hollande s’apprête à ranger son stylo. « C’est fini ? », s’enquiert-il, alors que le libraire et les gardes du corps ne le montrent pas, mais ils n’auront pas trop de mal à trouver le sommeil cette nuit, c’est sûr. Un journaliste youtubeur débarque de nulle part avec son studio portable, un éclairage, un smartphone et un micro. Il a promis d’attendre en échange d’un entretien sur L’art du Bonheur. François Hollande s’y plie sans rechigner, alors qu’à sa place on aurait plongé la main et le bras dans un bac de glace pour soigner un début de tennis elbow du stylo et de l’accolade. Il sourit. La Normandie ? C’est sa jeunesse, le foot. Quel acteur il aurait aimé être ? Une actrice, répond-il du tac au tac, charmeur et drôle. Dehors, il fait nuit. Il va signer encore trois livres, refait une photo avec une instit charmante dont le téléphone n’a pas fonctionné au moment clé de la dédicace. Le youtubeur lui court encore après, lui aussi veut son selfie. Hollande assure le service après-vente. Il regagne sa voiture, sans doute rincé par sa journée, adresse un geste de la main pour dire au revoir, revient sur ses pas, remercie chaleureusement une dernière fois le libraire. Les deux auront passé une très bonne journée.

Smartphone
Beaucoup d’élèves du lycée Senghor ont immortalisé l’ancien président avec leur smartphone.  ©D.CH.
François Hollande a répondu aux questions de l'équipe de Radio Senghor.
François Hollande a répondu aux questions de l’équipe de Radio Senghor. ©D.CH.
François Hollande et Thierry Fayolle étaient sur la même ligne. La séance de dédicace ne s'arrêtera que lorsqu'il n'y aura plus de lecteurs dans la file d'attente.
François Hollande et Thierry Fayolle étaient sur la même ligne. La séance de dédicace ne s’arrêtera que lorsqu’il n’y aura plus de lecteurs dans la file d’attente. ©D.CH.
François Hollande entouré de
François Hollande entouré du proviseur Michel Lesage (à gauche) et de Thierry Fayolle (à droite).  ©D.CH.
François Hollande était accompagné
François Hollande était accompagné par le Secrétaire de la fédération de l’Eure du Parti socialiste, Timour Veyri. ©D.CH.

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