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En bref

Goldorak : La nouvelle BD d’une génération

C’est l’une des BD les plus attendues de l’année et sans doute celle d’une génération. Goldorak fait sont grand retour dans une œuvre hommage particulièrement réussie. CNEWS a rencontré ses cinq auteurs, passionnés par le robot géant qui avait fait entrer avec fracas l’animation japonaise en France en 1978.

Cinq auteurs bercés durant leur enfance par cette machine cornue devenue une icône pop. Cinq auteurs et non des moindres : Xavier Dorisson, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo. Tous aguerris dans leur spécialité mais aussi tous fans du célèbre robot. Comme elle l’avait fait avec Albator et bientôt pour Saint Seiya, la maison d’édition Kana y croit et annonce un premier tirage à 165.000 exemplaires, qui témoigne d’un succès annoncé et surtout de l’attente de toute une génération née dans les années 1970 et 1980 autour du robot géant.

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© n.cailleaud/CNEWS

Sur plus de 110 pages, le quintet a imaginé et réalisé six années durant ce que pourrait être la suite de la série de Go Nagai, diffusée pour la première fois en France à partir du 3 juillet 1978. Et c’est un véritable hommage à l’anime que les superbes planches révèlent, en abordant ce récit sous l’angle des années qui ont passé et de l’absence de Goldorak et d’Actarus, le prince d’Euphor. Rappelé pour sauver à nouveau l’humanité de la menace de Véga, le tandem va reformer la fameuse Patrouille des Aigles.

CNEWS : Votre BD démontre beaucoup de tendresse pour le robot qu’est Goldorak, mais le récit est aussi très centré sur les personnages. On reste souvent à hauteur d’hommes. Un élément qui transparaît dès la couverture où Actarus est mis en avant. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Xavier : L’enjeu était de montrer Goldorak en puissance. C’est un personnage qui domine. Une couverture doit céder à une curiosité et une forme d’ironie. La couverture nous dit : «on va revisiter ce mythe et le faire revivre». Et la position d’Actarus ajoute en même temps qu’on va apporter quelque chose. C’est pour ça qu’Actarus a une tenue un peu différente. Au départ, nous avions fait une version où il était dans son fameux costume. Mais il n’y avait pas cet appel au mystère selon nous. Nous avons ensuite travaillé sur la dose d’ombre à mettre sur Actarus, pour qu’il ait une part de mystère et qu’on ajoute quelque chose de neuf.

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Brice Cossu : C’est une couverture qui en impose. Mais nous voulions montrer qu’Actarus avait pris de la bouteille.

Denis Bajram : Il y a eu un grand débat barbe ou pas barbe. On sait qu’avec la barbe on choquait une partie des fans d’Actarus. Mais le fait qu’il ait une barbe dans l’album, cela signifiait que le temps a passé, que le personnage a muri et a souffert.

Alexis Sentenac : Ce n’était pas du tout dans une optique hipster. Nous n’avons pas cédé à la mode. Dans nos recherches préliminaires, nous mettions Goldorak en mauvaise posture ou blessé. Mais finalement ce n’est pas l’image que véhicule Goldorak. C’est un peut comme Superman, on ne le met pas dans une ruelle sombre.

Yoann Guillo : Le personnage Goldorak est devenu tellement iconique dans la culture geek que l’idée du poing du robot de la première couverture que nous avions réalisée n’aurait pas été un appel suffisant pour les gens qui connaissaient la série.

Denis Bajram : L’autre apport de cette couverture, c’est de comprendre l’échelle du robot qui fait 35 mètres de haut. Mettre Actarus dans sa main c’était montrer sa taille démesurée.

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CNEWS : Comment Go Nagai a-t-il reçu votre projet et finalement son droit de regard vous a-t-il contraint à revoir certains aspects ?

Denis : On ne nous a pas dit qu’on avait carte blanche. Mais dans les faits, ils ont dit « oui » à tout.

Alexis : Go Nagai et sa société Dynamic ont suivi toutes les étapes de la création. Avec un séquencier, le scénario, le storyboard, les planches noir et blanc, les planches couleurs, la couverture, etc. Et il n’a pas changé une virgule, pas un trait, rien. Et pourtant les Japonais sont très tatillons. Pour l’anecdote, nous avons obtenu l’accord de principe pour faire ce projet en moins de 15 jours, mais après il y a quand même eu deux ans de négociations de contrat. Mais c’est un contrat qui envisageait toutes les situations et c’était très pratique. Le projet artistique les a emballés rapidement.

Brice : Nous avons eu les validations assez vite. De l’aveu de notre éditrice chez Kana, elle nous a dit qu’il était rare d’avoir des réponses aussi vite de la part du Japon.

Xavier : Grâce à tout cela on peut aussi souligner que c’est bien un Goldorak officiel qu’on propose. En France, pendant des années on a été habitué à des choses pas vraiment officielles. Mais ici c’est un travail effectué par des auteurs et artistes et il était bien sûr impossible pour nous de prendre le travail de quelqu’un, de vivant en plus, et de ne pas avoir son accord. Au-delà du droit, même moralement c’était important pour nous.

CNEWS  : Il y a des planches très intimistes et touchantes. En regardant cette Patrouille des Aigles se reformer, on a un peu l’impression que c’est vous en miroir. Etait-il important pour vous de vous incarner un peu dans les pages ?

Xavier : L’album est une forme de mise en abyme des personnages et des auteurs. Nous sommes évidemment nostalgiques d’une partie de notre enfance et des moments de plaisir qu’on a eu autour de cette série. Les personnages sont pareil. Si les années de guerre sont passées pour eux et même s’ils ont vécu des choses terribles, elles étaient aussi intenses. Ils ont cette idée d’avoir vécu quelque chose ensemble. Ils arrivent tous à un moment charnière où ils se demandent ce qu’ils vont faire de leur vie. Un peu comme nous qui arrivons à des âges clés, 40 ou 50 ans. Nous nous sommes beaucoup amusés à remettre ça dans l’histoire et avec les personnages. Ce qui permet aussi de parler avec toute cette génération, qui comme nous regarde ça avec un peu de nostalgie. Avec un regard vers le passé et un autre vers le futur.

Dans le scénario, il y a quand même une absence de Goldorak qui occupe presque la moitié du livre. C’est assez gonflé.Denis Bajram

Denis : Dans le scénario, il y a quand même une absence de Goldorak qui occupe presque toute la moitié du livre. C’est assez gonflé. Mais au fond, cela traduit l’absence qu’on a tous ressentie autour de ce robot pendant toutes ces années. Il est d’ailleurs étonnant qu’un personnage qui a connu une telle gloire a finalement disparu toutes ces années.

Yoann : Il ne faut pas oublier que la série originale était également centrée sur les personnages. Ce qui fait qu’on a accroché à cette série, c’était cette mise en valeur des protagonistes avec des personnalités fortes. Si la série avait tournée uniquement autour du robot, elle n’aurait sans doute pas fonctionné de la même façon. Il fallait donc qu’on retrouve ça.

Alexis : Dans la série animée, il y a également plein de lieux qu’on ne voit jamais. C’est le cas du ranch du Bouleau Blanc que tout les téléspectateurs connaissaient, mais personne ne sait à quoi ressemble son intérieur. Il a fallu qu’on invente tout ça. Les lieux devaient-ils être décorés à la manière japonaise ou en américain ? Car quand on était enfant on croyait tous que ça se passait aux Etats-Unis mais en réalité l’action se passe au Japon.

Brice : Nous sommes finalement parti sur le souvenir de notre enfance pour faire ce projet.

Denis : Oui, nous avons fait la suite du Goldorak français. Avec ce que la traduction d’époque avait changée par rapport à la version japonaise.

Yoann : Nous ne nous sommes pas référé à Mazinger même s’il y a un petit clin d’œil. Car Mazinger a précédé Goldorak au Japon mais n’est en réalité pas connu du grand public français. La série française a donc primé dans notre projet.

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© n.cailleaud/CNEWS

CNEWS : La colorisation de la BD est particulièrement réussie. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez travaillé sur ce plan ?

Denis : Le choix de la couleur s’est imposé dès la première seconde. Pour deux raisons : l’imaginaire de Goldorak est en couleur et aussi car nous voulions parler au plus grand public en France. Si on avait opté pour du noir et blanc, nous aurions peut-être trop ciblé le public qui lit du manga aujourd’hui.

Yoann : La série est en couleur et il fallait trouver une continuité. En outre, dans la série les couleurs sont très importantes. On y voit du jaune, du rouge… Il y a des codes couleurs très puissants. J’ai revu la série bien sûr et il y a un traitement intéressant, avec parfois des ciels qui sont faits à l’aquarelle. Il y a de magnifiques couchers de soleil et lorsque les méchants arrivaient il y avait un ciel sombre qui plombait les paysages. Il y avait un gros travail d’ambiance à l’époque. Ce qui a participé je pense aux souvenirs de cette série. C’est donc un mix entre ma vision pétante et un peu pop et la reprise de Denis qui a insufflé du réalisme et de l’énergie.

Cette BD nous a réuni. Nous avons réalisé un vrai travail d’équipe. C’était magique.Alexis  Sentenac

CNEWS : C’était également une série avec un ton très mûr pour l’époque…

Denis : Quand j’étais enfant, ce qui m’avait frappé c’est qu’on me parlait comme à un adulte. On avait d’un côté la série Barbapapa qui était jolie et Wattoo Wattou, qui traitait de sujets écologiques avec poésie, et de l’autre Goldorak qui était une vraie tragédie grecque.

Brice : Je suis né en 1982 et pour ma part j’ai découvert Goldorak plus tard, à l’époque de Dragon Ball et des Chevaliers du Zodiaque. Et je me demandais pourquoi j’avais envie de pleurer quand je vois ce dessin animé ?

Alexis : Cette BD nous a réuni. Nous avons réalisé un vrai travail d’équipe, car chaque page devait plaire à nous cinq. C’était magique.

Denis : j’ai cru qu’on n’allait pas réussir à avoir ce rendu. Il fallait arriver à marier la maturité du récit, la comédie, la vie apportée à l’image par l’école du manga, la puissance hollywoodienne du comics, et les qualité du courant franco-belge. On atteint qu’à la fin du livre, ce qu’on recherchait depuis le début. C’était un exercice périlleux.

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© 2017 Go Nagai – Dynamic Planning

CNEWS : Que reste -t-il de Goldorak aujourd’hui dans notre culture ?

Alexis : Notre album !

Brice : Quand on a officialisé le projet de Goldorak en 2020 ça a dépassé tout ce que j’imaginais. C’est un personnage qui reste là, très présent.

Alexis : Dans le contexte de l’époque on ne savait même pas que c’était japonais. C’était un programme qui faisait presque 100 % d’audience à l’époque. Il a construit l’imaginaire de plein d’enfants. Ce que je n’avais pas mesuré c’est l’aspect émotionnel que les gens ont avec Goldorak. On reçoit des messages spontanés de gens qui nous remercient d’avoir fait une histoire de Goldorak.

Goldorak, c’est la nostalgie d’états d’ouverture, d’enthousiasme et d’innocence (…) qui apportent beaucoup d’énergie.Xavier Dorisson

Denis : Cela 20-30 ans qu’on parlait de Goldorak entre fans. Mais on n’en parlait pas vraiment dans la sphère médiatique grand public. Et finalement, nous sommes heureux de participer à quelque chose. Certains ont gardé un souvenir pas forcément glorieux de ce dessin-animé qui avait aussi été critiqué pour sa violence à l’époque. Mais ce discours a basculé et on arrive finalement au bon moment pour le remettre à l’honneur.

Yoann  : On s’est rendu compte que des fans arts étaient partagés régulièrement sur les réseaux sociaux.

Xavier : Quand j’ai commencé mes recherches pour le scénarios, je suis tombé de ma chaise en voyant les dizaines de sites qui lui sont consacrés. Il y a même un Wikirak qui lui est consacré à la manière de Wikipédia. Mais pour moi ce qui reste de Goldorak est une «nostalgie précieuse». C’est à dire une nostalgie d’états d’ouverture, d’enthousiasme et d’innocence. Un état de bonheur qui, lorsqu’on le retrouve, apporte beaucoup d’énergie. Ça permet d’aller de l’avant. Pour moi, retrouver Goldorak, c’est retourner à ces émotions et je suis hyper heureux de voir les bons retour des premiers lecteurs. Et après les mois qu’on vient de traverser avec la crise sanitaire, je crois que ça fait du bien de retrouver un peu de cette énergie.

Denis : Goldorak donnait l’impression d’avoir disparu, mais en réalité il est plein de vie. On n’a jamais eu un phénomène comme ça.

Alexis : Ce qui est également intéressant de constater, c’est qu’au moment où nous avons présenté le projet, les gens ne savaient pas ce qu’on allait en faire, mais ils étaient déjà contents.

CNEWS : Y a-t-il d’autres animes que vous aimeriez revisiter dans la collection Kana Classic ?

Alexis : Cobra pour ma part.

Brice : Moi j’étais fan d’Astro Le Petit Robot.

Denis : Goldorak est ma religion donc je trahirai pas mon dieu !

Xavier : Je suis comme Denis.

Goldorak, éd. Kana, 168 pages, 24,90 euros.



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