Ligue 1

«I Love This Game», l’autobiographie de Patrice Évra sort aujourd’hui


Virginie Phulpin
, modifié à

Patrice Evra sort aujourd’hui son autobiographie, « I love this game ». L’ancien footballeur y parle de sa carrière, mais il aborde aussi des thèmes plus délicats, des agressions sexuelles dont il a été victime adolescent à l’homophobie dans le foot. Et ce qui apparaît en filigrane, c’est que le milieu du football manque cruellement d’humanité. 

EDITO

On peut gagner la Ligue des champions, soulever le trophée en souriant aux caméras, et ne pas nager dans le bonheur. Patrice Evra
raconte qu’en 2008, quand il a remporté ce trophée tant convoité avec Manchester United, il faisait juste semblant d’être heureux. Pas parce qu’il n’avait pas envie d’être sur le toit de l’Europe, mais parce qu’il s’était transformé en machine à gagner avec son club.

A tel point que les notions de plaisir, de bonheur, avaient quasiment disparu. Ca me semble intéressant parce qu’à force de scruter frénétiquement les statistiques des joueurs et des équipes, on perd de vue l’essentiel. Le jeu, l’humain aussi. Patrice Evra décrit l’univers du haut niveau comme un monde de bonhommes où les joueurs ne peuvent montrer aucune faiblesse sous peine d’être raillés par le groupe. Pleurer devant un film triste, tu rigoles ou quoi, ça ne se fait pas. Et lui-même qualifie la vie à l’intérieur des équipes de haut niveau comme empreinte de masculinité toxique. On ne peut pourtant pas soupçonner Patrice Evra d’être un dangereux féministe extrémiste. C’est pour ça que c’est intéressant qu’un ancien joueur, qu’on a vu bravache tout au long de sa carrière, fendre l’armure et nous parle de l’envers du décor. 

Pendant sa carrière il n’a jamais évoqué les agressions sexuelles qu’il a subies adolescent

D’abord, ça peut prendre des années pour réaliser ce qu’on a subi, pour trouver la force d’en parler. Et encore plus dans un milieu comme le sport de haut niveau, où on cherche d’abord à cacher ses faiblesses et ses blessures. On sait qu’il y a eu énormément de cas d’agressions sexuelles sur mineurs dans le sport, avec des personnes ayant autorité comme agresseurs. Et si les mots de Patrice Evra peuvent aider des jeunes sportifs aujourd’hui, on ne peut que le remercier.

L’ancien joueur aborde aussi le sujet de l’homophobie dans le football. On ne va pas se voiler la face, évidemment qu’elle existe. Il y a quelques jours encore, Josh Cavallo, l’Australien qui a fait son coming-out, a été victime de violentes insultes homophobes lors d’un match de son équipe. Des insultes venues des tribunes, oui. Mais ça n’est pas mieux de l’intérieur. Patrice Evra dit que révéler son homosexualité dans le vestiaire, c’est quasiment tirer un trait sur sa carrière.

On en revient toujours à cette histoire de sport de bonhommes. Sorte de caricature du football. Patrice Evra était peut-être celui qui cherchait la taupe à Knysna. Mais aujourd’hui il veut faire bouger les lignes et tant mieux. I love this game, mais il y a encore du boulot. 



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