En bref

Ilkka Salmi : « La lutte antiterroriste de l’UE est aussi technologique »

Ilkka Salmi est l’homme fort de l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme. Il a récemment endossé son rôle de coordination de la réponse des États membres face aux menaces actuelles pour leur sécurité. Sa nomination intervient à l’heure où les extrêmes droites sont en plein essor et où la propagande en ligne inquiète de plus en plus. Ce sont quelques-uns des sujets que nous avons abordés avec lui, au Conseil européen à Bruxelles, le 13 janvier 2022.

Pedro Sacadura, euronews :

« Comment définiriez-vous le terrorisme en 2022 ? »

Ilkka Salmi, coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme :

« Je dirais que nous devons garder à l’esprit que le terrorisme existe. Quand on regarde, par exemple, les opinions islamistes radicales ou le djihadisme, l’idéologie est toujours là même si le « califat » de Daesh a été vaincu en Syrie et nous devons être préparés à cela. »

« La menace n’a pas totalement disparu »

Pedro Sacadura :

« Vous prenez vos fonctions à un moment où le terrorisme semble avoir disparu ou en tout cas, être un peu moins à l’ordre du jour. La menace a-t-elle simplement quitté la scène politique ? »

Ilkka Salmi :

« Malheureusement, le terrorisme est une menace qui est toujours présente. On pourrait dire qu’elle est moins visible, mais on ne peut pas vraiment dire qu’elle ait totalement disparu. Bien sûr, des questions comme la pandémie – surtout au niveau européen – ont pu avoir un impact : les gens ne se déplacent plus aussi librement qu’avant. Mais il y a une chose que je voudrais aussi souligner – et c’est évidemment une bonne chose -, c’est la résilience. Nous avons été confrontés dans l’Union européenne, à des attaques terroristes à petite échelle qui ont été très regrettables et où des vies ont été perdues. Pour autant, nos sociétés sont parvenues à se relever. »

Pedro Sacadura :

« Quelle est selon vous, la situation actuelle concernant les menaces terroristes visant les pays européens, mais aussi d’autres questions urgentes ? »

Ilkka Salmi :

« Je voudrais évoquer trois points : le premier, c’est que le djihadisme ou la menace islamiste radicale est toujours présente. Deuxième point : on constate que l’extrémisme de droite, en particulier l’extrémisme de droite blanc et violent, est plus important en Europe. Le troisième point, c’est bien sûr, l’évolution technologique. Les nouvelles technologies jouent aussi un rôle dans la diffusion en ligne de discours haineux ou de contenus terroristes. »

« On a vu l’évolution de la situation en Afghanistan »

Pedro Sacadura :

« Par le passé, des ressortissants européens ont rejoint des organisations liées au terrorisme. Selon vous, s’intéressent-elles toujours à l’Europe pour attirer de nouveaux membres ? Et quelles pourraient être les causes profondes de ces recrutements ? »

Ilkka Salmi :

« Ce que l’on a vu entre 2012 et 2015 en lien avec la crise en Syrie, c’est qu’avec la constitution de Daesh, certains Européens ont été tentés de rejoindre les rangs de ces organisations terroristes. En théorie, ce phénomène existe toujours d’une certaine manière. On a vu l’évolution de la situation en Afghanistan. Il est certain que c’est une question que nous suivrons de près. »

« Pas de lien direct entre migration et terrorisme »

Pedro Sacadura :

« Au dernier trimestre 2021, la migration a été de nouveau à l’ordre du jour. Pensez-vous qu’il existe un lien, comme certains l’affirment, entre migration et terrorisme ou au contraire, pas du tout ? »

Ilkka Salmi :

« Dire qu’il y a un lien direct entre migration et terrorisme, c’est loin de correspondre à la réalité. Cela dit, dans le même temps, il faut avoir en tête que si un grand nombre d’individus se déplacent de pays en pays, les organisations terroristes peuvent essayer d’exploiter ces mouvements de populations à leur avantage et tenter d’y intégrer leurs membres. »

Pedro Sacadura :

« Nous sommes à Bruxelles, une ville qui a été frappée par le terrorisme dans le passé. Selon vous, quelles sont les priorités pour renforcer la sécurité de l’Union européenne ? »

Ilkka Salmi :

« Nous devons nous assurer de tenir compte de l’équilibre entre les questions comme la vie privée, d’une part, et la sécurité, d’autre part, pour garantir que notre législation permette à nos agences chargées de faire respecter la loi, de travailler efficacement. Mais en même temps, il faut que ces nouvelles technologies soient bien disponibles pour ces agences. »

« Une nouvelle législation européenne contre les contenus terroristes en ligne »

Pedro Sacadura :

« Passons à un autre sujet. Concernant la pandémie – un problème impérieux également -, selon un rapport récent d’Europol faisant référence à l’année 2020, les organisations liées au terrorisme profitent de ce contexte pour exacerber les discours de haine et la propagande haineuse en ligne. Comment s’attaque-t-on à ce phénomène qui pourrait prendre de l’ampleur à l’avenir ? »

Ilkka Salmi :

« Le moment est effectivement opportun pour relever ces défis. Le règlement contre la diffusion des contenus à caractère terroriste en ligne va entrer en vigueur. Il s’agit d’une législation européenne qui vise à ce que les fournisseurs de services et les plateformes des réseaux sociaux soient obligés de retirer les contenus terroristes qu’ils détectent en ligne sur la base de rapports établis par les États membres, les autorités, mais aussi Europol. Donc, dans l’heure qui suit, ce type d’information ou de message doit être supprimé. Je pense que c’est un très, très bon résultat qui a été obtenu ces dernières années. Nous avons réussi à adopter ce type de législation qui entrera en vigueur l’été prochain. » [ndlr : le règlement sera applicable à partir du 7 juin prochain.]

Pedro Sacadura :

« Ces derniers temps, on voit aussi en ligne, de nombreux propos contre la vaccination dans le contexte de pandémie. Pensez-vous que l’extrémisme de droite puisse s’en servir pour détourner cela et conquérir davantage de soutiens ? »

Ilkka Salmi :

« Je ne vois pas comment nous pourrions qualifier cela de terrorisme pour l’instant. Cela dit, bien sûr, on s’inquiète du fait qu’une partie marginale de ceux qui sont très opposés à la vaccination puissent se radicaliser à travers cela et chercher peut-être à rejoindre différents groupes dont potentiellement, l’extrémisme de droite violent. Mais dans l’immédiat, nous devons garder à l’esprit que la liberté d’expression existe, ainsi que le droit de manifester. »

« Nous devons tenir la cadence des évolutions technologiques »

Pedro Sacadura :

« À mesure que les technologies évoluent, il semble que le terrorisme se transforme lui aussi. Comment s’attaquer à tout cela ? »

Ilkka Salmi :

« Tout d’abord, nous devons bien sûr consacrer de nombreux efforts au travail de prévention pour essayer de faire en sorte que les gens ne se radicalisent pas en Europe et dans le reste du monde. Deuxièmement, nous devons nous assurer que les agences chargées de faire respecter la loi et les autorités en charge de la sécurité disposent de ressources suffisantes et d’un cadre juridique dans lequel elles peuvent opérer. »

Pedro Sacadura :

« Internet est-il le champ de bataille de l’avenir et comment aborderiez-vous, de ce point de vue, la lutte contre le cyberterrorisme ? »

Ilkka Salmi :

« Je suis absolument convaincu que c’est le terrain où il faut être, mais évidemment, cela ne remplacera pas ce qui se passera dans le monde réel car c’est là que, malheureusement, tous les actes terroristes auront un impact psychologique. Les nouvelles technologies nous sont, certes, extrêmement utiles pour vous et moi, mais elles donnent en même temps, de nouveaux outils à ceux qui veulent nuire aux autres et c’est précisément pour cela que nous devons nous assurer de tenir la cadence des évolutions technologiques. »

« La menace terroriste varie d’un pays à l’autre »

Pedro Sacadura :

« Selon vous, y a-t-il une approche unique, paneuropéenne qui puisse être appliquée ? »

Ilkka Salmi :

« Concernant cette menace, il est certain qu’elle varie selon les États membres de l’UE ou selon les pays européens. En ce sens, il n’y a pas véritablement d’approche monolithique de la question. »



Source link

admin
the authoradmin

Laisser un commentaire