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Interview. Athlétisme. Rénelle Lamote : « Le sport de haut niveau représente un facteur de risque de troubles psychologiques »

Rénelle Lamote espère passer la ligne d'arrivée du 800m en tête aux championnats de France Elite à Caen du 24 au 26 juin 2022.
Rénelle Lamote espère passer la ligne d’arrivée du 800m en tête aux championnats de France Elite à Caen du 24 au 26 juin 2022. (©KMSP / FFA)

À l’occasion de sa venue à Caen pour les championnats de France d’athlétisme du 24 au 26 juin 2022, Rénelle Lamote, spécialiste du 800m nous parle de ses performances et de l’équilibre qu’elle a construit depuis plusieurs années, équilibre qui l’a amenée aujourd’hui à courir avec les meilleures athlètes mondiales. Elle souligne l’importance de la santé mentale chez les sportifs de haut niveau, dont le rythme de vie et les pressions peuvent entraîner une certaine fragilité psychologique.

Au meeting de Rome le 9 juin 2022, vous avez déjà réalisé les minimas pour participer aux championnats du monde à Eugene aux États-Unis du 15 au 24 juillet 2022. Dans quelle optique abordez-vous les championnats de France à Caen ?

Mon objectif est d’abord de passer en finale et de gagner pour m’assurer ma sélection en équipe de France sur ces championnats du monde. Je souhaite aussi me servir de ces courses pour préparer les championnats du monde et d’Europe qui suivront (du 15 au 21 août 2022 à Munich, Ndlr).

Participerez-vous à d’autres meetings de la Ligue de Diamant au cours de l’été ?

Certainement, mais je ne sais pas encore ce qui est prévu pour la suite. Pour l’instant, je ne pense qu’aux championnats du monde et d’Europe. Pour ce qui est du repos, tant que je n’ai pas fait mes championnats, je ne pense jamais aux vacances avant l’heure (rires).

Pensez-vous courir jusqu’à Paris 2024 et essayer de décrocher une qualification ?

Bien sûr. L’objectif de ma carrière, ce sont ces Jeux olympiques-là. C’est mon métier de se préparer à ce genre de compétition. Je suis dans les meilleures conditions et ça devrait bien se passer.

« Je n’ai jamais été aussi forte que maintenant »

En 2019, vous avez changé d’entraîneur après 11 ans sous la houlette de Thierry Choffin à Fontainebleau. Qu’avez-vous trouvé avec Bruno Gajer à Montpellier ?

Cela fait deux ans et demi que je m’entraîne avec Bruno. Ce sont des méthodes d’entraînement qui sont très différentes de ce que j’ai connu auparavant. J’avais besoin de changement et celui-ci s’est avéré être positif, car je sens que je n’ai jamais été aussi forte que maintenant.

Vous courez depuis que vous avez 12 ans. Vous en avez aujourd’hui 28. Pourquoi retournez-vous à l’entraînement tous les jours ?

Ce qui me motive à courir tous les jours, ce sont mes objectifs et les rêves que j’ai dans la tête. Même quand je n’ai pas envie d’aller à l’entraînement, il y a toujours quelque chose qui va me ramener à ces objectifs. C’est mon fil conducteur. L’athlétisme m’a permis de faire des rencontres, qui m’ont permis d’être là où j’en suis aujourd’hui.

« Vivre de l’athlétisme, c’est un métier de passion »

Vous avez récemment repris les études. Comment conciliez-vous cela avec la vie de sportive de haut niveau ?

Je suis actuellement en L2 de psychologie. Je gère assez mal l’équilibre entre le sport et les études car je n’ai pas demandé d’aménagement. Cela faisait 6 ans que j’avais arrêté les études. J’ai fait une licence en management du sport en Staps. Je vais redoubler mais je le prends avec du recul en me disant que c’est génial de pouvoir faire une activité en dehors de l’athlétisme et de s’aérer un peu l’esprit.

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Pensez-vous à votre après-carrière sportive ?

Je serais probablement toujours en études quand j’arrêterai ma carrière sportive. J’ai la chance de vivre de l’athlétisme, c’est un métier de passion. Ce qui me fait peur, c’est de me retrouver ensuite à faire un métier qui ne me plaît pas. J’aimerais travailler dans un domaine qui me passionne, la psychologie en l’occurrence.

« Le manque de confiance en soi se retranscrit sur la piste »

En tant qu’athlète de haut niveau, la santé mentale est-elle quelque chose que vous travaillez ?

Oui, je travaille avec une psychologue depuis 6 ans. Le manque de confiance en soi que l’on peut ressentir dans la vie en général se retranscrit sur la piste donc toute l’année je travaille avec ma psychologue sur des questions de ma vie personnelle. La construction de ce mental, c’est un peu comme élever un enfant. Je travaille pour optimiser mes performances, mais aussi pour devenir meilleure en tant qu’humain et en tant qu’athlète. Je pense qu’on peut travailler sa tête toute sa vie.

« Entre athlètes, c’est assez mal vu d’avoir du gras »

On entend souvent qu’il faut arriver en compétition affûté au niveau de la forme physique, avec un taux de masse grasse le moins élevé possible. Qu’est-ce que ces attentes peuvent provoquer chez les sportifs de haut niveau ?

Il y a en effet certains attendus au niveau physique dans le sport de haut niveau. Pour moi, il est évident que cela représente un facteur de risque important de développement de troubles psychologiques. Mon coach est très moderne par rapport à cela, il n’est pas du tout dans une optique d’encourager à maigrir par exemple. Mais c’est quelque chose qui se fait beaucoup, dans n’importe quelle structure. Entre athlètes, c’est assez mal vu d’avoir du gras alors que l’on a tous des morphologies différentes. Il n’y a pas une morphologie type « athlète de haut niveau ».

Ce sujet est-il abordé entre les athlètes en compétition ?

Je pense que cela reste un tabou, même s’il y a des athlètes qui en parlent. Je vois d’autres athlètes qui selon moi ont des troubles mais ne le savent pas. Je ne peux pas dire à un athlète de faire attention parce que je trouve qu’il a un rapport bizarre à la nourriture. Ce n’est pas mon rôle de le faire et il ne faut pas être trop intrusif. Ce genre de troubles reste un sujet très difficile à aborder.

Vous vous êtes « rendue malade pour ce sport », vous avez traversé une phase dépressive. Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?

Les troubles liés à la relation à son corps et à son alimentation représentent un sujet très compliqué car ils peuvent venir d’une multitude de sources différentes. On est tous différents dans notre approche à la nourriture et à notre physique. J’ai réussi à m’affranchir de tout cela car j’ai été suivie sur le plan psychologique.

Toute seule, je n’aurais peut-être pas su en sortir, car mon entourage m’a beaucoup aidé là-dessus. En tant que sportif de haut niveau, on surveille plus ce que l’on mange. Cela peut évidemment développer des angoisses par rapport à la nourriture. Je pense que dans ce genre de situation, il vaut mieux consulter un psychologue qu’un nutritionniste car le rapport à la nourriture est très lié à la psychologie.

« J’essaie d’être l’athlète que j’aurais aimé voir étant plus jeune »

Vous communiquez avec beaucoup d’humour sur les réseaux sociaux. Qu’essayez-vous de transmettre ?

J’ai moi-même été jeune et j’ai admiré des sportifs. J’essaie d’être l’athlète que j’aurais aimé voir à l’époque où j’étais plus jeune. J’essaie d’apporter le plus possible aux gens qui nous le rendent en nous encourageant. Ce que je partage sur les réseaux sociaux, ce sont des messages simples, de tolérance. Je n’ai pas de combat particulier mais j’aime rappeler aux gens que le bien attire le bien, et qu’il est important de s’aimer les uns les autres.

La finale du 800m aura lieu dimanche 26 juin 2022 à 16h10.

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