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Jolmèsmania, Bondy Plage, Téléshopping, Tour de France… Ovale Masqué décape Japon-France

Quoi ?! Ovale Masqué n'est pas encore en vacances et va encore nous allumer ?
Quoi ?! Ovale Masqué n’est pas encore en vacances et va encore nous allumer ? (©Icon Sport)

Dans un monde idéal, je devrais être sur une plage paradisiaque à l’autre bout de la planète, en train de profiter d’un repos bien mérité. Mais comme vous le savez, le monde n’est pas idéal. Avec mes pauvres émoluments d’écrivaillon, Bondy Plage est toujours une destination beaucoup plus réaliste que Bondi Beach. Surtout, alors que je pensais avoir tourné la page de cette saison interminable, Actu Rugby est venu me signaler qu’il y avait des heure sup’ à effectuer, car le XV de France était apparemment en tournée au Japon.

Ma première réponse a bien sûr été « mais qu’est-ce qu’on en a à foutre ? ». Après une saison à 42 matchs, qui a envie de voir les seconds couteaux du Top 14 aller faire une exhibition à 13h d’avion de Paris, qui plus est dans des conditions de jeu qui tiennent plus du sauna à ciel ouvert que de l’enceinte sportive ? À part le gars qui tient le blog Asie Rugby, dont la vie tourne autour de questions cruciales comme « en l’absence de Tanahashi, est-ce que Nakamura saura prendre sa chance et bousculer la hiérarchie des N°10 ? », clairement, personne ne s’intéresse à cette tournée.

Et pourtant, les gens d’Actu Rugby ont trouvé les mots pour me convaincre. Mieux, ils ont trouvé un nom. Ils m’ont dit: « tu dois chroniquer cette tournée, car Thomas Jolmès va jouer avec les Bleus ».

THOMAS JOLMES !

Ce moment a existé. On ne pourra plus l'effacer. Rendez-vous compte.
Ce moment a existé. On ne pourra plus l’effacer. Rendez-vous compte. (©TF1)

Ceux qui me lisent régulièrement (il paraît qu’il en reste, d’ailleurs, salut à toi Maubec) savent que Thomas Jolmès est mon joueur de rugby préféré depuis la retraite de Yionel Beauxis. Dans ce sport de droitards, et à une époque où il est désormais impossible de discuter rugby sur Twitter sans tomber sur un commentaire de gros facho, Thomas Jolmès est la preuve qu’il y encore une place pour les gauchistes en ce monde. Jolmès, c’est un zadiste piégé dans un corps de troll des cavernes. Un authentique fainéant de 2,05m, qui, quand il trottine mollement ne dégage pas de transpiration, mais l’odeur d’un amphi rempli d’étudiants en sociologie et de vieille clope roulée.

Regardez-moi cette dégaine d'islamo-gauchiste de la NUPES, un salaud qui veut nous empêcher de frauder le Fisc et de prendre notre voiture pour aller chercher les croissants.
Regardez-moi cette dégaine d’islamo-gauchiste de la NUPES, un salaud qui veut nous empêcher de frauder le Fisc et de prendre notre voiture pour aller chercher les croissants. (©TF1)

Jusque-là, notre héros des temps modernes avait réussi à gâcher une carrière prometteuse pour une seule et unique raison : la flemme. Il y a encore quelques mois, il fallait le voir se traîner péniblement sur le terrain, en surpoids manifeste, l’air complètement perdu, tentant de faire illusion en posant une main sur un cul pour faire mine de déblayer un ruck. On aurait dit un spectateur qui avait gagné le droit de jouer le match en participant à un concours. Au plus près de la guerre, mais sans jamais y prendre part, comme une sorte de grand BHL mal coiffé ayant troqué la chemise blanche à 400 boules contre un maillot Kipsta.

Et pourtant, cette saison, il s’est passé un truc. Inexplicablement, Jolmès a décidé de devenir un joueur de rugby. Et inexplicablement, le voilà sur le point d’honorer sa première sélection avec le XV de France.

Admirez la pureté de cette course molle.
Admirez la pureté de cette course molle. (©Canal +)

Un évènement que je ne pouvais décemment pas rater. Si même lui peut faire l’effort de bosser un peu, alors moi aussi, je peux me lever à 7h50 un samedi. Allez, comme dirait Renaud : « un rail de coke, un saké » et on y va !

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La compo des Bleus

La composition du XV de France pour le premier Test Match face au Japon.
La composition du XV de France pour le premier test-match face au Japon. (©Ovale Masqué. Oui pour une fois j’ai fait ma propre compo.)

Le film du match

En 2022, on innove. Plutôt que d’envoyer une troupe de fatigués se faire fusiller en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud, on a opté pour le Japon. Et cette fois, pas de Canal +, puisque pour une raison que tout le monde ignore, cette série de matchs est diffusée sur la première chaîne française. Un choix qui ne me déplaît pas : passer un samedi matin devant TF1 pour assister à un spectacle violent importé du pays du Soleil Levant, cela me rappelle de bon souvenirs d’enfance. Pour la nostalgie à bout, il aurait fallu que Dorothée commente le match. Las, on aura le droit une autre star de la télé oubliée : François Trillo. Trillo pour commenter Thomas Jolmès et sa dégaine de fan de Tryo, il y a quand même une certaine logique.

Allez casse-moi ces putain de Japonais, dans cet horrible pays on ne respecte pas le droit du travail et les trains arrivent à l'heure !
Allez casse-moi ces putains de Japonais, dans cet horrible pays on ne respecte pas le droit du travail et les trains arrivent à l’heure ! (©TF1)

Un adversaire « qu’il faut respecter », mais dont on a bien du mal à évaluer le niveau puisqu’on ne s’intéresse qu’à eux qu’une fois tous les 4 ans, un peu comme le judo ou le handball aux Jeux Olympiques. Et dès le coup d’envoi, on prend peur. Les Brave Blossoms tentent une audacieuse relance du parking, qui aboutit sur un turnover. Les Bleus obtiennent une mêlée dans les 22m, et déclenchent la combinaison « truc basique 001 », celle que même vous, vous arrivez à faire avec votre club de 3e série.. Et ça marche. Jalibert allonge sa passe pour Penaud, qui profite d’une défense suspecte pour aller marquer, 0-7 après seulement quelques secondes de jeu.

Bon j'avoue il y a assez peu de chance que ton 10 de 3e série soit capable de réaliser cette passe.
Bon j’avoue il y a assez peu de chance que ton 10 de 3e série soit capable de réaliser cette passe. (©TF1)

On se dit alors que les samouraïs sont dans la sauce, et qu’on va assister à un pauvre entraînement avec opposition et que c’est quand même dommage d’avoir déprogrammé Téléshopping pour ça, d’autant plus qu’en ce moment il y a des soldes sur les planchas électriques. Heureusement, les Japonais nous rassurent rapidement : si on assiste à un entraînement, au moins ce sera un entraînement à haute intensité. Après ce faux départ, on retrouve en effet le style de jeu nippon qui avait enthousiasmé tout le monde à la dernière Coupe du monde, avec des courses tranchantes, des libérations rapides et énormément de rythme. Visiblement, cela déconcerte des Bleus un peu patauds, peut-être diminués physiquement par cette moiteur à peu près équivalente à celle du slip d’Éric Bayle quand il nous parle d’Antoine Dupont.

Les Français sont certes maladroits à la main, mais au pied on a Diego Bambaradona.
Les Français sont certes maladroits à la main, mais au pied on a Diego Bambaradona. (©TF1)

Lee Seung-Sin (qui est un nom totalement coréen, je le sais car j’ai regardé Parasite et Squid Game, bienvenue sur Télérama) réduit d’abord le score sur pénalité, puis après une belle et longue action à plus de 12 temps de jeu, les Brave Blossoms se retrouvent près des poteaux français. Jamie Joseph, le sélectionneur du Japon, a des joueurs vifs et agiles, et aussi des tanks comme Tevita Tatafu, qui nous rejoue L’attaque des Titans et va marquer sur une action où Matthieu Jalibert fait acte de présence, rien de plus. Le pays hôte prend l’avantage au score, 10-7.

« Je vais quand même pas me faire chier à plaquer contre un pays du tiers 2 ».
« Je vais quand même pas me faire chier à plaquer contre un pays du tiers 2 ». (©TF1)

Le match tombe ensuite dans un faux rythme, bien aidé par les water breaks qui ont lieu environ toutes les 5 minutes, transformant la rencontre en match de NFL. On s’étonne d’ailleurs que TF1 n’ait pas sauté sur l’occasion pour caser des pages de pub, mais personnellement comme je ne suis pas disposé financièrement à m’acheter un SUV d’enculé, je ne m’en plains pas. Jaminet et Lee Seung-Sin s’échangent quelques pénalités, et on a le droit à de nouvelles occasions ratées des deux côtés du terrain.

On connaît la légendaire politesse des Japonais, mais donner la balle à Vakatawa n’était peut-être pas la meilleure solution ici.
On connaît la légendaire politesse des Japonais, mais donner la balle à Vakatawa n’était peut-être pas la meilleure solution ici. (©TF1)

Chez les Bleus, Maxime « Jason Tatane » Lucu s’occupe également de calmer les ardeurs japonaises en nous offrant sa meilleure compilation de box kick, mais les partenaires de Charles Ollivon passent près de marquer sur une belle accélération. Hélas, Jaminet balance un parpaing en touche alors que l’essai semblait tout fait. Quelque part à Toulouse, un certain Thomas R. saute sur son canapé et entame une holà.

L’instant précis où Jaminet est redevenu perpignanais pour les supporters du Stade Toulousain.
L’instant précis où Jaminet est redevenu Perpignanais pour les supporters du Stade Toulousain. (©TF1)

La mi-temps est finalement sifflée sur le score de 13 à 13. Quand on se souvient ce qui est arrivé la dernière fois que le XV de France a fait match nul contre le Japon, Fabien Galthié peut commencer à avoir chaud au cul. Après une page de publicité qui nous a permis d’admirer le dernier délire mégalo du pays qui a « réinventé le rugby », on attaque la seconde période sur les mêmes bases, avec les Nippons qui traversent la défense française. Heureusement, sur un fil, Tanga réussit le contest qui permet aux Bleus de s’en sortir indemnes.

Cette action sera finalement le dernier coup d’éclat des Japonais, qui vont s’éteindre aux alentours de la 45e minute. Débarrassé de son addiction aux coups de pied dans la boîte, Lucu décide de jouer les ballons à la main. Jalibert en profite pour nous offrir une de ces actions qui nous font dire « OK, il a une insupportable tête à claques, mais il est quand même fort ». Le demi d’ouverture bordelais fait la différence et offre un caviar pour Matthis Lebel. Car oui, Matthis Lebel jouait ce match. S’il existe des ailiers comme Gabin Villière qui aiment « chercher du travail », Lebel est clairement plus du côté de ceux qui se manifestent une fois par mois pour le rendez-vous à Pôle Emploi. D’ailleurs, il ne retouchera pas un seul ballon de la partie. J’exagère même pas, j’ai compté.

Un bordelais qui fait briller un toulousain... tiens, on dirait une demi-finale de Top 14.
Un Bordelais qui fait briller un Toulousain… tiens, on dirait une demi-finale de Top 14. (©TF1)

13-20. Dans la foulée de cet essai, les hommes de Fabien Galthié continuent leur élan offensif. Lucu est à la conclusion d’un troisième essai après un beau travail de Tanga, mais après examen vidéo, il est invalidé pour un déblayage « prise de l’alligator » de Thomas Lavault, qui était entré en jeu à la place de la future grande star du rugby mondial. Après un carton jaune idiot qui avait failli coûter le titre européen à La Rochelle, on découvre un seconde ligne qui a vraiment le potentiel pour nous faire oublier Pascal Papé. Et honnêtement à l’heure des Thibaud Flament qui savent parler 8 langues et qui collectionnent les diplômes, ça fait du bien d’avoir encore quelques débiles à ce poste.

Une prise impossible à réaliser sur Camille Chat.
Une prise impossible à réaliser sur Camille Chat. (©TF1)

Mais ce n’est que partie remise. Après deux pénalités de Jaminet et Lee, nouvelle accélération française avec Moefana, un jeune homme qui a compris que pour aller vers l’en-but, tout droit c’est plus court. Le centre bordelais renverse Lee comme un camion-benne lancé sur une trottinette électrique. Vakatawa est au relais, puis c’est Penaud qui va conclure pour le doublé, 16-30.

Lee couché.
Lee couché. (©TF1)

Brillant dans son registre de bourrin, Moefana prouve quelques minutes plus tard qu’il peut aussi avoir du flair. Servi en position d’ailier, il tape à suivre pour lui-même, récupère le ballon et va marquer après avoir résisté aux retours de défenseurs japonais, dont l’intervention aura été aussi efficace que celle de moustiques s’écrasant sur un pare-brise. 16-35. Les Japonais commencent à avoir mal à la tête, mais pas autant que Fabien Galthié quand il réfléchit à quelle paire de centres il va devoir choisir sachant qu’il a Fickou, Danty, Vincent, Vakatawa, Moefana ou Barassi sous le coude. Sans oublier Pierre Fouyssac, aux portes de l’équipe de France après son énorme saison.

Damian Penaud doit être vert de s'être fait voler sa spéciale.
Damian Penaud doit être vert de s’être fait voler sa spéciale. (©TF1)

Désormais totalement dominateurs, les Bleus finissent le travail avec un essai sur ballon porté conclu par Bourgarit. 16-42. Saviez-vous d’ailleurs que c’est le 3 juillet 1642 que Marie de Medicis est décédée ? Comme je ne pars pas en vacances cet été je postule pour remplacer ce gros naze de Franck Ferrand sur le Tour de France, si vous connaissez des gens chez France TV n’hésitez pas à faire passer ma candidature.

Tadej Pogacar après sa participation au derby Hyères-Carqueiranne - La Seyne-sur-Mer.
Tadej Pogacar après sa participation au derby Hyères-Carqueiranne/La Seyne-sur-Mer. (©Tour de France / Amaury Sports)

En toute fin de match, les Brave Blossoms iront inscrire un essai « pour l’honneur », et c’est tant mieux comme ça ils n’auront pas à se planter un sabre dans le bide. Score final, 42 à 23 pour le XV de France. Ce match avait-il un quelconque intérêt ? Pourquoi je me suis levé à 7h50 ? Pourquoi François Trillo ? Je n’ai aucune réponse à toutes ces questions, mais j’ai vu Thomas Jolmès jouer en Bleu, alors je suis heureux. L’Histoire se souviendra que ce match aura marqué la genèse de la Jolmèsmania. Car à la Coupe du monde 2023, il sera la star que le rugby français attend depuis Chabal. On ne comptera plus les perruques rousses dans les tribunes et les publicités idiotes le mettant en scène. Puis Jolmès pourra devenir chroniqueur au Canal Rugby Club et accomplir son rêve : être riche sans rien foutre.

En tout cas, on lui souhaite.

À la semaine prochaine, si Jolmès est sur la feuille de match.

Vivement le shooting en peignoir dans l'Huma.
Vivement le shooting en peignoir dans l’Huma. (©TF1)

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