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La cinquième vague menace-t-elle la reprise économique?

La cinquième vague de Covid-19 laisse craindre un ralentissement économique au sein de la zone euro. Plusieurs indicateurs laissent néanmoins espérer que son impact sera limité.

Redevenue l’épicentre de l’épidémie de Covid-19, l’Europe est confrontée à une nouvelle flambée des contaminations depuis plusieurs semaines. Pour enrayer la dynamique, un confinement, strict ou partiel, a été instauré en Autriche, en Slovaquie et aux Pays-Bas. En Allemagne où l’ampleur de la cinquième vague inquiète tout autant, la chancelière Angela Merkel a appelé à des « restrictions supplémentaires« , arguant que « chaque jour compte ».

La France n’en est pas encore là. Mais le gouvernement a tout de même décidé de serrer la vis face à la remontée brutale des cas. Jeudi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que la validité du pass sanitaire sera conditionnée dès le 15 janvier à la dose de rappel du vaccin contre le Covid-19. En espérant que cela suffise à protéger la population et éviter des mesures drastiques telles que la mise en place d’un couvre-feu ou d’un confinement.

Quel impact possible?

Selon certains experts, cette situation qui n’a plus rien d’inédite après 21 mois de crise sanitaire pourrait donner un coup de frein à la reprise économique jusqu’alors bien plus forte que prévu au sein du Vieux continent. Les économistes d’Oxford Economics cités par Les Echos estiment que l’instauration du pass sanitaire en Allemagne qui s’ajoute à certaines restrictions prises par les Länder pourraient affecter la consommation et faire perdre 0,8 point au PIB du pays au quatrième trimestre, dans l’hypothèse où les mesures dureraient un mois.

Cette défaillance de la première économie du continent pourrait se traduire par « un impact négatif sur le PIB de la zone euro de 0,25% », d’après Oxford Economics. Pire, l’instauration d’un confinement strict dans les neuf pays européens les plus exposés à la cinquième vague (Autriche, Allemagne, Belgique, Finlande, Irlande, Grèce, Pays-Bas, Slovaquie et Slovénie) amputerait le PIB de la zone euro de 0,7 à 0,8 point sur les trois derniers mois de l’année.

Enfin, le scénario noir qui suppose également de nouvelles restrictions dans les pays d’Europe du Sud conduirait à un recul du PIB européen au quatrième trimestre, après +2,2% au troisième.

« On est moins démunis »

La réalisation d’un tel scénario pénaliserait sans doute davantage la France et les pays du Sud de l’Europe, très dépendants des services, que les pays du Nord alors que l’expérience récente a montré que les restrictions sanitaires pesaient avant tout sur le tertiaire. Mais mieux vaut ne pas tirer sur l’ambulance trop rapidement. Car la cinquième vague n’est pas comparable aux précédentes et il existe plusieurs raisons d’espérer.

D’abord, la France a brillé par le dynamisme de son activité ces derniers mois. Contrairement aux prévisions initiales qui tablaient sur mi-2022, le PIB tricolore a retrouvé son niveau d’avant-crise dès le troisième trimestre. Si bien que l’acquis de croissance atteint désormais 6,6%. En clair: si le PIB français restait stable au quatrième trimestre, la croissance sur l’année 2021 serait tout de même de 6,6%.

Les autres indicateurs qui permettent de prendre le pouls de l’économie française sont tout aussi rassurants: l’emploi a dépassé ses niveaux de 2019, le moral des ménages est resté stable en novembre et le climat des affaires a poursuivi sa progression sur ce même mois (+2 points par rapport à octobre).

Il faut aussi se souvenir que chaque nouvelle vague épidémique a eu des conséquences économiques moins sévères que la précédente, les confinements ayant été adaptés en tirant les leçons des expériences passées. Et « la grande différence » avec cette cinquième vague, « c’est qu’on a le vaccin, qu’on commence à avoir des traitements (…). On est moins démunis », explique sur BFM Business Benjamin Coriat, professeur de sciences économiques à Paris 13. Directeur principal à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Xavier Timbeau fait preuve d’encore plus d’optimisme. « Je pense qu’on va passer plutôt bien cette cinquième vague. Il y aura des effets mais on sera loin des catastrophes qu’on a observées en 2020 et 2021. Il va falloir commencer à se mettre dans la tête qu’il faut vivre avec les pandémies ».

« Le virus est redevenu le maître des horloges »

Si un léger coup de frein de l’activité n’est donc pas à exclure au quatrième trimestre, un nouvel effondrement économique n’est pas le scénario le plus probable à ce stade: « Pour le moment, on ne peut pas attendre des effets qui soient trop négatifs », estime Benjamin Coriat. Il appelle malgré tout à la prudence face au peu de visibilité dont nous disposons: « Le seul point délicat, c’est que le virus est redevenu le maître des horloges. On ne sait pas vraiment la force, le niveau de diffusion de cette cinquième vague. Il faut garder une indécision parce que cette cinquième vague, personne ne l’attendait ».

Il existe néanmoins un effet négatif direct: « L’effet du retour du virus, c’est la concentration de l’épargne », souligne Benjamin Coriat. L’incertitude qui plane autour de la cinquième vague -qui plus est avec l’apparition d’un nouveau variant en Afrique du Sud- met fin à tout espoir de voir les ménages utiliser à court terme l’épargne qu’ils ont accumulé depuis le début de la pandémie et qui devrait avoisiner les 200 milliards d’euros à la fin de l’année. C’est pourquoi « il faut aider à dégeler cette épargne, ce n’est pas une situation saine », relève encore Benjamin Coriat, suggérant l’idée d’une garantie collective pour inciter les Français à investir.



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