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la Française Manon Fiorot, une « bête » lancée à la conquête du top 10 de l’UFC

La plus illustre représentante française en MMA sera dans la cage samedi pour son quatrième combat à l’UFC. Une nouvelle étape dans l’ascension de cette combattante hors pair, qui a roulé sa bosse en Afrique du Sud et aux Émirats arabes unis avant d’avoir sa chance dans la plus prestigieuse ligue d’arts martiaux mixtes.

Manon Fiorot n’est pas du genre à user son adversaire pour gagner aux points. Elle aime plutôt gagner aux poings, en mettant son concurrent K.-O. Samedi 26 mars, elle affronte Jennifer Maia à l’occasion de son quatrième combat à l’UFC, la plus prestigieuse ligue d’arts martiaux mixtes (MMA) au monde. Une victoire lui permettrait d’entrer dans le top 10 et de faire un pas supplémentaire vers la ceinture de championne du monde poids mouches.

La Française de 31 ans est une touche-à-tout du sport. Ses premières amours ont été le karaté, qu’elle a commencé à l’âge de 7 ans, puis le snowboard, qu’elle pratique dans une filière sport-études. Une discipline dont elle devient même championne de France avant de revenir sur le tatami. Là encore, elle enchaîne les performances et rejoint l’équipe de France. Mais une grave blessure aux ligaments croisés la fait encore changer de voie.

Karaté, kick-boxing, muay-thaï, MMA…

« J’en avais marre du karaté. Dans ma salle, il y avait aussi des cours de kick-boxing. J’ai débuté et j’ai commencé les compétitions. Résultat : 15 combats et 15 victoires », se souvient-elle, interrogée par France 24. Elle se tourne aussi vers le muay-thaï. Dans cette discipline, elle décroche à deux reprises le titre de championne de France, avec douze victoires en autant de combats.

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Elle s’intéresse alors au MMA et entre dans la cage. L’apprentissage de l’octogone est difficile lors de son premier combat au championnat amateur de Las Vegas de 2016. « Ma toute première compétition se passe mal car je perds au premier tour. La fille m’emmène au sol et à la lutte. Je n’étais pas prête à cet aspect », relate-t-elle six ans après.

Mais la jeune femme n’est pas du genre à abandonner. Alors que jusqu’ici, elle s’entraînait de manière désordonnée – individuellement dans chaque discipline –, elle rejoint un club de MMA, la Boxing Squad de Nice. Les entraîneurs l’aident à hausser son niveau. Un an après, elle prend sa revanche et devient championne du monde amateur.

La téléréalité pour devenir pro

Elle envisage alors de passer pro. Son entraîneur lui présente une opportunité pour le moins originale : participer à une émission de téléréalité sud-africaine dont la gagnante remporte un contrat pro dans l’Extreme Fighting Championship, la principale ligue de MMA d’Afrique.

« On savait qu’il y avait une passerelle vers l’UFC. Tous les champions de ce circuit ont eu leur chance. L’expérience était cependant assez difficile. Mon manager avait un peu menti sur mon aisance en anglais et mon poids », confie Manon Fiorot.

Son entraîneur s’attèle à calmer les producteurs en les enjoignant d’attendre le premier combat. À raison, car la magie opère. « Je gagne mon combat par K.-O. C’était le premier de l’émission et les autres combats avaient été assez ennuyeux », raconte Manon Fiorot. Ensuite, elle trace son chemin, remporte aisément l’émission et se voit offrir l’opportunité de se battre pour la ceinture face à Amanda Lino, la championne, en décembre 2019.

« Elle était chez elle. Il y avait une grosse pression. C’était un énorme stade rempli, acquis à sa cause. Elle était invaincue et c’était mon premier combat en format 5×5 minutes », se souvient Manon Fiorot. « Pourtant, j’ai l’impression de survoler le combat. Je prends énormément de plaisir. Je ne perds aucun échange. À la fin, il n’y a pas de K.-O. mais la décision est unanime en ma faveur. »


Alors que Manon Fiorot doit défendre sa ceinture, le Covid-19 frappe la planète et met à l’arrêt le sport à l’arrêt. Tout le sport ? Non. L’UAE Warriors, la ligue des Émirats arabes unis, continue. L’entraîneur de la Française l’encourage à changer de crèmerie pour continuer son ascension. Elle y remporte trois combats, dont la ceinture des poids mouches en novembre 2020. Elle devient la première détentrice de la ceinture féminine – qui n’existait pas auparavant.

« J’avais donc deux ceintures. On savait que l’UFC allait m’inviter. Mon entraîneur m’a alors dit ‘tiens-toi prête’, car souvent ça marche ainsi. On remplace au pied levé un absent sur un combat », explique la combattante.

Une bête en cage

Son passé multisports constitue un de ses atouts pour sa carrière de combattante. Manon Fiorot dit avoir gardé le meilleur de chaque discipline. Du karaté, elle a conservé un jeu de jambes impeccable, tout en vitesse et en puissance, ainsi que l’approche stratégique de cet art martial : savoir toucher sans être touchée. 

« J’ai gardé le timing et la vitesse du karaté. Au début, ça a quand même été assez compliqué. Car avec la lutte, on ne peut pas avoir la même distance qu’au karaté », explique-t-elle. « J’ai beaucoup travaillé sur la boxe anglaise, le fait de combattre de manière plus rapprochée. Mon entraîneur m’a fait progresser là-dessus ainsi que sur la lutte. »

Même son interlude en snowboard lui est utile. Dans Ouest-France, elle explique ainsi que la discipline lui a enseigné une certaine créativité, qui lui permet encore aujourd’hui de surprendre ses adversaires. 

Des éléments qui ont forgé son style de combat : elle est une spécialiste du pieds-poings. Une « striker », pour reprendre le jargon des arts martiaux mixtes, même si elle travaille énormément le « grappling », l’aspect lutte de la discipline, pour ne rien négliger. Son style agressif lui vaut un surnom impressionnant dans le circuit : « The Beast » – « la bête » dans la langue de Molière.

« J’ai fait pas mal de camps à l’étranger. Et souvent, on me disait « She is a beast » [« C’est une bête »] ! C’est resté. J’ai tendance à être très agressive et à finir mes combats, ce qui est assez rare en MMA féminin », souligne-t-elle.

Finalement, quelques mois après sa victoire aux Émirats arabes unis, en janvier 2021, l’UFC l’appelle. Face à Victoria Leonardo, elle gagne par K.-O., devenant la première Française à remporter un combat dans la prestigieuse ligue. Le 6 juin 2021, pour son deuxième combat, Manon Fiorot s’impose facilement à Las Vegas face à la Brésilienne Tabatha, également par K.-O.

Le Covid-19 ne la met pas K.-O.

Le troisième combat est plus difficile. Pas tant à cause de la stature de son adversaire qu’en raison des circonstances : Manon Fiorot contracte le Covid-19 juste avant le combat. L’affrontement est décalé.

« Le Covid a compliqué ma préparation. Après la semaine d’isolement, j’ai eu une semaine très intense alors que normalement, tu es censé simplement t’affûter avant un combat », explique la combattante de MMA. « Avec la fatigue, le match a été très compliqué. »


La victoire est malgré tout au rendez-vous. Manon Fiorot triomphe de la Brésilienne Mayra Bueno Silva sur décision unanime. Pas de K-.O. cette fois, mais elle monte directement à la 14e place de sa catégorie à l’UFC.

La rencontre suivante doit lui ouvrir les portes du top 10. La Française a initialement rendez-vous avec Jessica Eye le 6 mars, mais l’Américaine se blesse à l’œil. L’UFC lui offre alors une chance encore plus belle, un combat contre une adversaire du top 5 : Jennifer Maia. Un défi qui est loin de lui faire peur malgré le changement de dernière minute.

Une chance de perdue, une meilleure de retrouvée

« J’ai eu un camp d’entraînement de trois mois et je suis plus que prête. Trois semaines d’attente, c’est gérable et je suis vraiment contente de ce nouveau défi. Je pense que Jessica Eye et Jennifer Maia ont un style similaire, nous travaillons juste sur quelques détails pour ce nouveau combat », explique la meilleure représentante française de l’UFC. « Je sais qu’elle est dure, tenace et qu’elle a gagné le deuxième round contre Valentina [la championne du monde, NLDR]. Mais c’est moi qui vais remporter ce combat. Cette année, je veux terminer meilleure challenger de la division des poids mouches.

Manon Fiorot espère que cette rencontre accélérera son chemin vers un combat pour le titre. Une victoire, et surtout avec la manière dont la Niçoise est coutumière, la propulserait donc dans le top 5 et lui ouvrirait une voie royale vers la championne, Valentina Shevchenko. Le défi ultime, car la championne du monde actuelle n’a perdu que trois fois dans sa longue carrière, commencée en 2003. Outre la catégorie poids plume, Valentina Shevchenko est également numéro 1 du classement « pound-for-pound » féminin (toutes catégories confondues) féminin de l’UFC. 

Pas de quoi impressionner Manon Fiorot, qui rêve de s’emparer de la ceinture et de la défendre jusqu’à la fin de sa carrière.



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