la médaille Fields remise à quatre mathématiciens, dont un Français

La médaille Fields a été attribuée mardi à quatre mathématiciens, dont un Français et une Ukrainienne, la deuxième femme de l’histoire, lors d’une cérémonie à Helsinki. Considérée comme l’équivalent du « Nobel de mathématiques », cette prestigieuse distinction est remise tous les quatre ans.

Quatre mathématiciens ont reçu mardi 5 juillet à Helsinki la médaille Fields. Parmi les lauréats figurent le Français Hugo Duminil-Copin, spécialiste de physique statistique, et l’Ukrainienne Maryna Viazovska, la deuxième femme à recevoir cette prestigieuse distinction depuis sa création en 1936.

Remise tous les quatre ans, cette récompense est considérée comme l’équivalent d’un « Nobel de mathématiques« . Elle a également couronné le chercheur américano-sud-coréen basé aux États-Unis June Huh et le Britannique James Maynard. 

Le prix, consistant en une médaille d’or et une récompense de 15 000 dollars canadiens, est remis par l’Union mathématique internationale. Il célèbre les « découvertes exceptionnelles » de chercheurs de moins de 40 ans.

L’annonce a été faite lors d’une cérémonie à Helsinki dans le cadre du Congrès international des mathématiciens. Celui-ci devait initialement se tenir à Saint-Pétersbourg en Russie, mais a été relocalisé à Helsinki en raison de la guerre en Ukraine.

« La guerre barbare que la Russie continue à mener contre l’Ukraine n’a pas laissé d’autre alternative », a regretté le président de l’Union mathématique internationale (IMU) Carlos Kenig, en ouvrant la cérémonie.

Hugo Duminil-Copin, 13e lauréat français 

À 36 ans, Hugo Duminil-Copin, est le 13e lauréat français de la médaille Fields. Le dernier en date, Cédric Villani, l’avait été en 2010. « Félicitations ! Cette distinction montre la vitalité et l’excellence de notre École française des mathématiques », a réagi le président Emmanuel Macron dans un tweet.


« J’éprouve beaucoup de fierté. Hugo Duminil-Copin est un personnage un peu hors du commun, du fait de l’excellence de son CV mais aussi de la dynamique de travail collectif » qu’il a insufflée dans la communauté, a déclaré à l’AFP la ministre de la Recherche Sylvie Retailleau, qui avait recruté le mathématicien lorsqu’elle était présidente de l’Université Paris-Saclay. 

Nommé professeur à 29 ans, le mathématicien probabiliste partage son temps entre l’Institut des hautes études scientifiques (IHES), près de Paris, et l’Université de Genève.

« La physique statistique est l’étude des propriétés de systèmes complexes. J’essaie de comprendre comment certaines transitions de phase ont lieu, comme celle avec les aimants », a expliqué l’heureux élu, présent à la cérémonie tout comme les trois autres lauréats.

Ses travaux ont permis d’ouvrir « plusieurs nouvelles directions de recherche », souligne le jury, pour des applications aussi variées que la gestion des flux urbains, l’anticipation de phénomènes climatiques, la propagation des maladies infectieuses, les IRM…

Un problème vieux de plusieurs siècles résolu

Deuxième femme à gagner le prix en 80 ans d’histoire, Maryna Viazovska est née il y a 37 ans en Ukraine, à l’époque en Union soviétique. Elle est depuis 2017 professeure à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse.

Lors de l’invasion de l’Ukraine en février, « ma vie a changé pour toujours », a-t-elle confié.  

La mathématicienne a reçu la récompense – décidée avant la guerre – pour avoir résolu une version d’un problème vieux de plusieurs siècles, celui de l’empilement compact de sphères.

Ce « problème du marchand d’oranges » taraude les mathématiciens depuis le XVIe siècle, lorsque s’est posée la question de l’empilement le plus dense possible des boulets de canon.

Un empilement qui se complique quand on passe à des dimensions mathématiques plus grandes que l’espace en trois dimensions. Dans la dimension 8, il se passait quelque chose de remarquable mais d’insaisissable – une sorte de symétrie parfaite.

« Les mathématiciens se cassaient les dents sur le problème depuis plusieurs décennies, même les plus grands spécialistes avaient renoncé », raconte à l’AFP Renaud Coulangeon, maître de conférences à l’université de Bordeaux. Maryna Viazovska a réussi un « tour de force » en trouvant « la preuve magique » d’un empilement optimal dans cette dimension, se souvient ce mathématicien.

Les empilements de sphères en grandes dimensions sont utiles par exemple pour les codes correcteurs d’erreur des perturbations des signaux de télécommunications.

En 2014, l’Iranienne Maryam Mirzakhani, décédée d’un cancer trois ans plus tard, avait été la première femme à remporter la médaille Fields.

Âgé de 35 ans, le Britannique James Maynard reçoit la médaille pour contributions à la théorie analytique des nombres, « qui ont mené à des avancées majeures dans la compréhension de la structure des nombres », salue le jury.

Ce professeur à l’université d’Oxford étudie les nombres premiers, des nombres entiers encore mal compris qui ne sont divisibles par d’autres nombres entiers que 1 et eux-mêmes. « Je cherche de l’ordre dans des objets compliqués », a résumé le lauréat britannique.

Professeur à l’université de Princeton aux Etats-Unis, June Huh, 39 ans, a lui été sélectionné pour avoir « transformé » le domaine de la géométrie combinatoire, « en utilisant des méthodes de la théorie de Hodge, la géométrie tropicale et la théorie des singularités ».

« J’ai grandi en Corée et je rêvais d’être poète. Avec les mathématiques, je me promène dans le royaume géométrique de mon imagination », a-t-il raconté.

Avec AFP





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