A la une

La skippeuse du Team Vendée Charlotte Yven est passée de « l’euphorie au désespoir » sur la Solitaire du Figaro 

Charlotte Yven a bouclé sa toute première Solitaire du Figaro.
Charlotte Yven a bouclé sa toute première Solitaire du Figaro. ©Jean-Baptiste d’Enquin/Team Vendée Formation

La Solitaire du Figaro s’est achevée jeudi 16 septembre dernier et a vu la victoire du skipper Macif Pierre Quiroga, à Saint-Nazaire. Arrivée à la 32e place de l’épreuve (34 participants) pour sa toute première participation, la skippeuse du Team Vendée Formation de Saint-Gilles-Croix-de-Vie Charlotte Yven revient sur sa course, qu’elle a bouclée en 15 jours, 21 heures, 31 minutes et 54 secondes. Elle évoque notamment son échouage près de la ligne d’arrivée à Morlaix lors de la troisième étape, et dresse un bilan. Si elle estime qu’elle aurait pu mieux faire sur le plan sportif, la navigatrice de 24 ans préfère mettre en avant l’expérience humaine inoubliable qu’a été ce mois de compétition. 

Vous êtes-vous remis de vos émotions quelques jours après avoir terminé votre première Solitaire du Figaro ?

« Oui, on a encore des choses à gérer au cours des prochains jours pour tout bien terminer au niveau du bateau. On a un petit dossier qui concerne sa réparation après l’aventure de Roscoff (N.DL.R. elle fait référence à son échouage lors de la troisième étape). Ce n’est pas encore le repos, mais je vais prendre des petites vacances prochainement. » 

Les dégâts sont-ils importants sur le bateau ?

« On a pas mal de boulot à faire. On a dû changer un foil ainsi qu’un safran. On doit également remettre la quille en état. Il y a aussi un peu de dégâts au fond du bateau. C’est dû à mon échouage et au fait d’avoir heurté le caillou. »  

Comment avez-vous vécu ce moment à la fin de la troisième étape ? 

« C’était un peu la grosse descente aux enfers. Je suis passée de l’euphorie d’arriver super bien placée, chez moi, à Morlaix, au désespoir d’atterrir sur le caillou à l’entrée de la baie. Cet endroit, je l’ai pourtant déjà contourné 50 fois ! C’était un moment difficile. J’ai été super soutenue et entourée. J’étais motivée pour repartir pour la quatrième étape. Les préparateurs ont bien réparé le bateau en quelques jours. »

Est-ce la première fois que vous échouez en heurtant un caillou ? 

« Oui, ça ne m’était jamais arrivé auparavant. L’endroit, je le connais bien. Je me suis déjà entraîné dans ce coin, pas seulement sur le Figaro. La baie de Morlaix, c’est là où j’ai commencé à naviguer. C’est un endroit que je connais par cœur. Ça m’a peut-être fait défaut, dans le sens où j’avais l’impression de savoir où j’étais et de bien connaître le secteur. J’ai peut-être moins bien fait attention et je me suis fait embarquer par le courant. » 

Comment s’est déroulée la quatrième et dernière étape ? 

« Au moment de l’escale à Roscoff, je ne me suis pas forcément bien reposé. Il y avait beaucoup de choses à gérer avec les réparations du bateau et il fallait expliquer à tout le monde ce qu’il s’était passé. J’étais contente, car en repartant, j’ai réalisé un super parcours côtier. Je ressors de la baie en troisième position. J’étais heureuse d’offrir ça aux gens qui m’ont soutenue. Après, cela ne s’est pas déroulé comme prévu. J’ai fait de mauvais choix stratégiques. Je me suis retrouvé en arrière du paquet. Il ne fallait pas se retrouver à l’arrière. La situation au niveau de la météo faisait que ceux de derrière se faisaient rattraper par la pétole (N.D.L.R la pétole est une absence totale de vent qui entraîne par conséquent une importante perte de vitesse). Cela a été mon cas, avec quatre ou cinq autres concurrents. On a pris du retard et on est arrivé le vendredi midi alors que les premiers sont arrivés le jeudi soir. On a pris une bonne prune sur le général. »

Quel bilan dressez-vous sur votre résultat et sur le plan sportif ? 

« Terminer 32e sur 34, ce n’est pas un résultat à la hauteur de ce que j’espérais. Cette histoire de course au temps est assez ingrate. On réalise une mauvaise étape, on se retrouve loin derrière et on est pénalisé. C’est le jeu, il faut en accepter les règles. Sur le plan sportif, je suis un peu déçu. Mais je suis contente des choses que j’ai accomplies. J’ai repoussé mes limites et j’ai réalisé de belles choses. J’étais en cinquième position à la troisième étape, avant de tomber sur le caillou. Cela prouve que je suis capable de le faire. C’est rassurant et ça donne de la confiance. » 

Charlotte Yven
Charlotte Yven a bouclé sa première Solitaire du Figaro. ©TVF

Cette première course en Solitaire restera à coup sûr un bon souvenir pour vous… 

« C’était tout nouveau, j’en garde un superbe souvenir. C’était une expérience incroyable. On vit des trucs que l’on ne peut pas vivre dans la vie de tous les jours. On passe par beaucoup d’émotions. Je retiens aussi la solidarité géniale entre les skippers. On s’aperçoit que c’est du haut niveau. On navigue sur des parcours qui peuvent durer jusqu’à cinq jours. Je n’avais jamais fait ça auparavant. C’est un investissement total. On donne tout. Des fois, c’est un peu ingrat, car on n’est pas forcément récompensé comme on le voudrait. Humainement, c’est une sacrée aventure. On va au plus profond de nous-mêmes. On apprend des trucs sur nous-mêmes. On se remet aussi beaucoup en question, c’est important. Ce qui est sûr, c’est que j’ai déjà hâte d’y retourner.» 

Une course comme La Figaro est-elle aussi l’occasion de se perfectionner sur la gestion technique de son bateau ?

« Après un mois de vie commune avec le bateau, c’est sûr qu’on apprend à bien se connaitre et à prendre soin, l’un de l’autre (rires). Si on ne fait pas confiance à son bateau, si on ne le maitrise pas, on se fait vite embarquer. » 

Maintenant, quel est votre programme d’ici la fin de l’année ? 

« Je vais effectuer un bon bilan de la saison et de la course. Je vais essayer de comprendre et de mettre tout en œuvre pour repartir sur de bonnes bases l’année prochaine. Je vais me fixer de bons objectifs et établir un plan d’action pour repartir. L’objectif est de progresser encore et de réaliser davantage de performances. Je n’aurai pas d’autres compétitions d’ici la fin de l’année. Je vais reprendre l’entraînement et effectuer mon stage de fin d’études. Ce sera ma dernière étape avant d’obtenir mon diplôme d’ingénieur. Il va falloir articuler tout ça. »

Charlotte Yven es tla nouvelle prodige du Team Vendée Formation.
Charlotte Yven est la nouvelle prodige du Team Vendée Formation. ©TVF – Jean-Baptiste d’Enquin

Avez-vous des courses en vue pour la saison prochaine ? 

« Pour la saison prochaine, on reprendra les mêmes et on recommencera. Il faudra viser de meilleurs résultats. On devra se donner les moyens de performer un peu plus. Dans deux ans, il y aura une mini-transat (1). J’essaierai de penser encore plus gros après. Il faut y aller étape par étape. » 

Votre projet personnel avec le Team Vendée Formation va-t-il se poursuivre ?  

« Le contrat se renouvelle avec le Team Vendée Formation. C’est top de poursuivre une deuxième saison avec eux. Le but pour eux c’est de me guider et de m’aider à aller vers mon indépendance. L’idée ce serait d’avoir mon propre projet dès l’année suivante, en 2023, et que je continue à m’entraîner et progresser au Team Vendée. »

(1) Antichambre de La Solitaire du Figaro, du Vendée Globe ou encore de l’Ultime, la mini-transat 2023 consistera en une traversée de l’Atlantique en solitaire et sans assistance sur un voilier de course de 6 min 50 s. La course devrait débuter en octobre 2023. 4500 milles seront à parcourir pendant 30 jours. La première étape de l’épreuve partira des Sables-d’Olonne et s’achèvera aux Îles Canaries (Espagne). La seconde étape s’élancera des îles espagnoles et rejoindra ensuite Saint-François, en Guadeloupe.

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Le Courrier Vendéen dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.





Source link

Quelle est votre réaction ?

Articles Similaires

1 of 10 832

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.