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La stratégie ferroviaire du gouvernement Johnson largement critiquée

Le gouvernement britannique vient de dévoiler une nouvelle stratégie ferroviaire pour mieux relier le centre et le nord au reste du pays. Stratégie aussitôt fustigée par l’opposition comme une « trahison » des promesses du Premier ministre Boris Johnson.

C’est un effort “sans précédent” selon le ministre des Transports, Grant Shapps. Un « investissement énorme » de 96 milliards de livres qui va notamment « créer trois lignes à grande vitesse » et électrifier plusieurs centaines de kilomètres de rail. Le plan du gouvernement Johnson a été dévoilé ce jeudi. « C’est l’un des plus gros efforts de rééquilibrage » entre le sud et le nord du pays, considéré comme moins bien servi en infrastructures, « dans l’histoire de tous les gouvernements » britanniques, a insisté Grant Shapps.

Ce gigantesque projet au budget dépassant les 100 milliards de livres doit donner naissance à la première ligne au nord de Londres en 150 ans et serait la deuxième ligne à grande vitesse du pays après HS1, empruntée dans le sud-est de l’Angleterre par l’Eurostar.

Boris Johnson « a brisé sa promesse »

Dans de véhémentes critiques, le parlementaire travailliste Jim McMahon, représentant d’Oldman près de Leeds, a accusé « ce gouvernement pourri » de « nous avoir complètement vendus ». Il a notamment déploré la suppression d’un tronçon de la ligne à grande vitesse en construction HS2 qui devait desservir Leeds via Birmingham. Un autre bras de cette ligne, du centre du pays vers Manchester, au nord-ouest, est maintenu. « On nous avait promis une nouvelle ligne, [Boris Johnson, le Premier ministre conservateur] a brisé sa promesse », a-t-il ajouté, parlant de « coup massif pour notre région ».

Gavin Newlands, parlementaire écossais, a ironisé en appelant le gouvernement à demander des conseils à la France ou l’Allemagne sur leurs réseaux développés de lignes à grande vitesse.

Les travaux ont commencé en avril 2020 pour le premier tronçon, Londres-Birmingham, et plusieurs géants français du BTP, comme Vinci et Eiffage, y participent.

Le gouvernement affirme aussi que ce nouveau plan permettra une réalisation des liaisons régionales dans le nord et le centre plus rapide et à moindre coût comparé au pharaonique projet HS2, plombé par les retards, une inflation de coûts et des polémiques sur son impact environnemental. Les milliards économisés, fait-il valoir, seront investis dans la modernisation de lignes existantes pour rendre les dessertes plus rapides et fréquentes.

« Nous doublons les capacités entre Manchester et Leeds, triplons entre Liverpool et Manchester », a argumenté Boris Johnson, tandis que Grant Shapps a rappelé que les leaders travaillistes eux-mêmes avaient largement critiqué HS2.

Rachel Reeves, responsable travailliste sur les questions financières, a cependant qualifié sur la BBC la nouvelle stratégie de « désespérément décevante ». Parallèlement, le maire de Londres Sadiq Khan est monté au créneau pour demander de ne pas oublier les transports publics de Londres, faisant valoir que la reprise du pays dépend de la vitalité de la capitale et que sans nouveaux fonds d’ici le 11 décembre les dessertes seront drastiquement réduites.

Les polémiques s’enchaînent pour le gouvernement britannique

Ces nouvelles polémiques interviennent à une période délicate politiquement pour Boris Johnson, qui fait face à une popularité en chute dans les sondages. Sa victoire électorale massive en 2019 était en grande partie due à des bastions démocrates du nord du pays qui avaient voté pour son programme pro-Brexit et promettant de lutter contre les disparités régionales. Mais son gouvernement fait à présent face à des accusations de corruption et se débat avec le litige avec Bruxelles sur l’application du protocole nord-irlandais dans le cadre du Brexit, après avoir organisé une COP26 aux résultats mitigés.

Un an après l’entrée en vigueur effective du Brexit, l’inflation s’est envolée au Royaume-Uni en partie à cause de pénuries de biens et travailleurs aggravées par la sortie de l’Union européenne. A cela s’ajoute un afflux de migrants qui traversent illégalement et dangereusement la Manche, ajoutant aux tensions avec l’UE et la France pour un gouvernement qui a promis que le Brexit aiderait à « reprendre le contrôle » des frontières britanniques.



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