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Le travail des détenus américains rapporte des milliards de dollars mais eux touchent des « centimes » (rapport)

Le travail des détenus américains rapporte des milliards de dollars mais eux touchent des "centimes" (rapport)

Les prisons américaines, ici à Los Angeles en 2019, sont les plus peuplées au monde et leurs détenus génèrent plus de 11 milliards de biens et services par anMark RALSTON

Chargé de vendre des voyages au Mexique, Montrell Carmouche vante au téléphone ses « plages de sable blond et récifs de corail » en se gardant de révéler qu’il n’y a jamais mis les pieds. Et pour cause: il est détenu dans une prison aux Etats-Unis.

Son histoire et son salaire de misère — une commission de six dollars par vente — figurent dans un rapport publié mercredi par la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU et l’Université de Chicago, consacré au travail de la population carcérale américaine.

Les détenus « reçoivent des centimes pour leur travail, souvent menés dans des conditions dangereuses, alors qu’ils rapportent des milliards de dollars aux Etats et au gouvernement fédéral », selon la chercheuse de l’ACLU Jennifer Turner, auteure principale du document.

Le taux d’incarcération aux Etats-Unis figure parmi les plus élevés au monde, avec plus de 1,2 million de personnes détenues dans les prisons fédérales ou des Etats.

Deux tiers d’entre eux ont un travail derrière les barreaux et produisent des biens et des services d’une valeur supérieure à 11 milliards de dollars chaque année, selon ce rapport intitulé « Travail captif: l’expoitation des travailleurs incarcérés », qui compile d’autres enquêtes, des documents officiels et des entretiens avec des détenus.

L’immense majorité (plus de 80%) sont employés à la bonne marche de leur prison en tant que personnel de ménage, cuisiniers, ou encore électricien ou plombier pour des salaires compris entre 0 et 1,24 dollar de l’heure.

En 2004, une estimation basse des gains réalisés grâce à leur travail avait avancé le chiffre de neuf milliards de dollars, rappellent les auteurs du rapport.

« Ces emplois ne nous rapportent rien mais sont bénéfiques pour le système carcéral », commente Latashia Millender, détenue dans l’Illinois, citée dans ce document. « Je gagne 450 dollars par an, ce qui serait le salaire d’un civil pour une seule semaine! »

– Plaques d’immatriculation –

Environ 50.000 prisonniers fournissent des biens et des services qui sont vendus à d’autres agences du gouvernement et dont la valeur s’est élevée à 2,09 milliards de dollars en 2021, selon l’association nationale des industries pénitentiaires. Ils peuvent laver des draps pour des hôpitaux, fabriquer des uniformes pour des fonctionnaires, etc.

Là encore, les salaires sont symboliques: dans l’Oregon, par exemple, l’agence chargée de l’enregistrement des véhicules paie 4 à 6 dollars la journée les détenus qui fabriquent des plaques d’immatriculation, contre 80 dollars pour les salariés libres.

Enfin, moins de 5.000 détenus, dont Montrell Carmouche, travaillent pour des entreprises privées, dont les clients ignorent souvent l’origine des produits. Ces emplois, un peu plus rémunérateurs, sont très recherchés. Mais la plupart des gains sont saisis par les pouvoirs publics, notamment pour rembourser leurs frais de justice.

Quel que soit l’emploi, les auteurs du rapport soulignent que les détenus sont peu ou pas formés pour les taches qui leur sont assignées, qu’ils ne peuvent généralement pas les refuser et ne disposent pas des équipements nécessaires à leur sécurité.

« Les prisons américains violent les droits fondamentaux à la vie et à la dignité », en conclut Claudia Flores de l’Université de Chicago, co-auteure de l’étude, en recommandant toute une série de réformes, dont l’imposition d’un salaire minimum.

Contacté par l’AFP, le bureau fédéral des prisons n’avait pas réagi mercredi soir.



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