Sud

LÉGISLATIVES 4e circonscription : la « gueule de bois » des municipalités de gauche qui ont vu leur commune placer le RN en tête

Serge Bord, maire de Saint-Julien-les-Rosiers, lors du premier tour de la Présidentielle (photo DR)

Dans un 2e tour des Législatives à rebondissements, certaines communes, gérées par des municipalités clairement marquées à gauche, se sont donnés majoritairement au candidat du RN, Pierre Meurin. Si les maires disent comprendre la colère de leurs administrés, ils notent qu’il leur sera très compliqué de composer avec le nouvel élu à l’Assemblée.

Étienne Malachanne en est désabusé. Maire, depuis peu, de Salindres à la suite du décès d’Yves Comte, il s’y attendait. « C’est devenu une habitude, constate laconiquement celui qui est à la tête d’une municipalité communiste qui comprend notamment Jean-Luc Gibelin, 5e vice-président de la Région Occitanie. Ce n’est pas la première élection où le Rassemblement national fait le score le plus haut. » Cette fois-ci, c’est 61,31% pour Pierre Meurin au 2e tour. Presque décevant pour l’extrême droite, alors que Marine Le Pen était montée à 66,07% au deuxième tour de la Présidentielle, engrangean 500 voix de plus que son représentant aux législatives.

« Ce n’est pas très compréhensible »

« Ce n’est pas très compréhensible, réfléchit Étienne Malachanne. Cette ville s’est créée autour de l’immigration industrielle. Elle a oublié d’où elle vient. C’est dommage, parce que l’électorat avait le choix entre une candidature proche du territoire et un autre totalement parachuté. Autant, le ras-le-bol peut se comprendre dans un second tour de la Présidentielle, autant, ici, il y avait une vraie alternative. »

Même s’il ne confond pas « l’idéologie du FN et les électeurs du FN », Serge Bord, le maire de Saint-Julien-les-Rosiers, admet avoir la « gueule de bois. J’essaie de comprendre, reprend le maire de gauche. Ils ont voté pour ce candidat par peur du déclassement, pour le pouvoir d’achat, contre la réforme des retraites – qui a fait beaucoup pour eux parce que le FN a beaucoup occupé le terrain sur le sujet. En face, on aurait pu penser que le report de voix serait allé plus vers Arnaud Bord de la part de la droite, un socialiste qu’on ne peut pas qualifier d’extrême. » Il n’en a rien été. À Saint-Julien-les-Rosiers, Pierre Meurin atteint les 52,18%, malgré les près de 450 voix de moins, au total, que celles qu’avait reçues Marine Le Pen. « Le manque de consigne en faveur du vote républicain m’attriste beaucoup. On a joué à cache-cache, dit les choses sans les dire », regrette l’élu, qui pense notamment à l’exécutif d’Alès Agglo, qui met régulièrement en avant sa bonne entente avec son opposition de gauche.

Jean-Michel Perret, maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard
Jean-Michel Perret, maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas (photo Élodie Boschet / Objectif Gard)

Le maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas, Jean-Michel Perret, fait partie de cette opposition. Pour lui, ce score « n’était pas difficile à prévoir, ça fait 20 ans que je vois le RN monter ». À Saint-Hilaire, Pierre Meurin atteint même 59,44%, quand Marine Le Pen avait réuni 57,4% des électeurs (mais presque 500 voix de plus). « Les électeurs du RN peuvent être des gens extraordinaires, le coeur sur la main et pas racistes, tempère l’édile. Mais ils en ont ras-le-bol que rien ne change, que les élus locaux ne représentent plus grand chose parce que tout se décide à Paris et qu’ils n’en voient pas la traduction sur le terrain. » Jean-Michel Perret y voit aussi les ravages de « toujours plus de libéralisme et du dumping social qu’imposent certains pays » alors qu’on ne « fait rien pour protéger nos salariés ».

« Je ne me vois pas accueillir ce député dans ma mairie »

Reste, pour les municipalités, à devoir collaborer avec le nouvel élu RN, Pierre Meurin. Ou pas. « Du peu que j’ai entendu, ça va être très compliqué, poursuit Jean-Michel Perret. Je lui trouve une violence extrême dans l’expression, peut-être due à sa jeunesse. » « Je ne me vois pas accueillir ce député dans ma mairie. Je n’ai pas envie de faire de compromis avec lui et il n’a jamais frappé à ma porte », tranche Serge Bord. « Je vais d’abord en parler avec mon équipe municipale, tempère Étienne Malachanne. Mais, À titre personnel, je n’ai pas tellement envie de travailler avec lui. » Dans quatre ans, les municipales permettront, sans doute, de constater, une nouvelle fois, que l’implantation locale est, à ce scrutin, bien plus importante que la couleur politique. Tout le contraire de ce qu’a vécu la 4e circonscription lors de ces Législatives.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com





Source link

Quelle est votre réaction ?

Articles Similaires

1 of 12 540

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.