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Les livreurs à vélo, dangers de la route à Rouen ? « Les torts sont partagés »

Dangereuse, la conduite des livreurs à vélo ? Une étude réalisée à Rouen relativise cette idée.
Dangereuse, la conduite des livreurs à vélo ? Une étude réalisée à Rouen relativise cette idée. (©JB/76actu/Archives)

Jérémy*, 22 ans, est livreur à vélo à Rouen (Seine-Maritime). Une activité qu’il pratique en parallèle de ses études. Inscrit en 3e année de licence Administration Économique et Sociale (AES), à la fac Pasteur, le jeune homme possède « depuis novembre 2018 » un compte sur la plateforme Uber Eats.

En bientôt cinq ans et quelque 11 000 livraisons de repas assurées, Jérémy regrette un climat qui, selon lui, « s’est dégradé » avec les autres usagers de la route. « Tout le monde pense qu’on roule mal » alors que « les torts sont partagés », lance-t-il.

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Son avis semble en tout cas corroboré par une étude de la Dreal Normandie, publiée en janvier 2023 (PDF en fin d’article). Intitulée « Usage et sécurité routières des travailleurs à vélo à Rouen », cette enquête tord le cou à un certain nombre d’idées reçues.

Une étude à Rouen sur la conduite des livreurs à vélo

Si la publication de la Dreal s’intéresse aux comportements des travailleurs à vélo au sens large (coursiers salariés, artisans, postiers, policiers, etc.), « le recensement des professionnels met en exergue la part largement majoritaire des livreurs de plateformes numériques » qui sont « environ 250 » dans la métropole rouennaise.

Dans « l’immense majorité », souligne l’étude en citant d’autres enquêtes, ces autoentrepreneurs exercent leur activité « en situation de précarité financière, sociale et/ou administrative ». En effet, la plupart ne dispose pas de la nationalité française. « Une partie sont des étrangers en situation irrégulière, qui travaillent via un système de location de compte ou grâce à des papiers qui ne sont pas les leurs. »

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Les auteurs ont analysé 44 heures d’images de vidéosurveillance enregistrées au printemps 2022 par huit caméras situées à des carrefours du centre-ville, lors des pointes de livraisons de repas (11h30-14 heures et 19 heures-21 heures). Ces images totalisent « près de 900 observations » de travailleurs à vélo, précise Rémi Corget, responsable de la division multimodalités à la Dreal Normandie.

Les livreurs à vélo, « pas plus dangereux que les autres »

Partant de là, une analyse spécifique a porté sur les « conflits » entre usagers de la route, « par exemple des trajectoires antagonistes, des freinages tardifs ou des réactions nécessaires d’un usager pour éviter un accident », détaille l’étude.

En découle un constat allant à rebours des préjugés souvent véhiculés :

Les conflits observés ne permettent pas d’affirmer que les livreurs à vélo auraient des pratiques de mise en danger plus importantes que les autres cyclistes. […] La responsabilité des conflits observés est globalement équitablement répartie entre les différents usagers de la route.

Dreal Normandiedans « Usage et sécurité routières des travailleurs à vélo à Rouen »

« Le fait que les livreurs à vélo n’adoptent pas de comportements plus dangereux que les autres n’est pas forcément si surprenant, commente Rémi Corget. Si ces travailleurs sont soumis à des contraintes fortes, la pratique quotidienne d’une activité tend naturellement à limiter les situations de forte prise de risque. Comme tout professionnel, ils ne peuvent pas se permettre de prendre des risques tout le temps. »

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L’étude note ainsi que « dans l’écrasante majorité des cas, les livreurs utilisent les aménagements cyclables lorsqu’ils existent. Les utilisations illicites [voies de bus non autorisées, aménagements piétons, NDLR] ne sont globalement pas plus courantes au sein de la population de livreurs qu’au sein de celle des cyclistes classiques ».

« Ça nous arrive de griller des stops ou des feux »

Toutefois, il est constaté « une impatience notable des livreurs au feu », avec « deux fois plus de non-respects de feu tricolore chez les livreurs de plateforme que chez les cyclistes classiques ». Même si « dans l’ensemble, les feux sont respectés à 80 % par les livreurs », nuance Rémi Corget.

« Ça nous arrive de griller des stops ou des feux », confirme Jérémy. L’étudiant explique ces pratiques illicites par la pression au nombre de courses : « On doit livrer plus pour gagner plus. »

D’autant que selon lui, les tarifs proposés par les plateformes « se sont dégradés ». « Quand j’ai ouvert mon compte chez Uber Eats, une course de 3 km était payée 5 euros. Pour les nouveaux, c’est 4 euros. »

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« Contrairement à des travailleurs salariés, les travailleurs à vélo des plateformes ne sont pas soumis au contrôle interne d’une entreprise, mais la plupart sont notés par les clients et leur revenu est indexé à leur productivité, mais le lien avec le non-respect des feux n’est pas formellement établi », analyse Rémi Corget.

Le casque, laissé sur le bas-côté

Autre point saillant de cette enquête : le sous-équipement des livreurs par rapport aux autres cyclistes. Surtout en casques et en gants qui « sont observés chez moins de 5 % des livreurs sur les vidéos », quand « pour les cyclistes […] la proportion d’équipement du casque est de l’ordre d’un tiers ».

Parmi les pistes d’explication, Rémi Corget pointe « la situation sociale souvent précaire » de ces travailleurs : « Cette activité nécessite un investissement initial (vélo, matériel de livraison, etc.) souvent important par rapport à leur capacité financière, alors qu’ils n’ont pas commencé à gagner leur vie ou font ce travail depuis peu de temps. Cela peut évidemment jouer dans le sous-équipement. »

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Cependant, « d’autres causes (absence d’obligation ou d’incitation par le donneur d’ordre, absence de culture de prévention, vol des équipements…) sont envisageables », ajoute le représentant de la Dreal. De son côté, Jérémy affirme que « la police ne nous contrôle pas pour les casques ».

Avec les automobilistes et les Teor, « ça accroche tous les jours »

Loin devant les piétons, les automobilistes apparaissent comme la principale source de rapports conflictuels, selon les travailleurs à vélo interrogés (une quarantaine) dans le cadre de cette enquête.

Les automobilistes ne nous prennent pas en considération.

Jérémy*Livreur à vélo à Rouen

Le livreur raconte avoir « failli [se] faire percuter rue du Général-Leclerc par une voiture qui n’a pas respecté le stop en bas de la rue de la République ».

D’après lui, « ça accroche aussi avec les chauffeurs des Teor qui ne nous voient pas forcément [50 % des livreurs n’ont pas d’éclairage avant, 75 % pas d’éclairage arrière selon l’étude de la Dreal, NDLR]. Tout de suite, ce sont des reproches violents. Comme on ne se laisse pas faire, parfois, ça part un peu en vrille ».

Au dire de Jérémy, ces altercations avec d’autres usagers de la route se produisent « tous les jours ».

Les livreurs eux-mêmes se sentent en danger

La Dreal relève pour sa part un fort sentiment d’insécurité routière dans ses questionnaires : « 85 % des répondants se sentent globalement ‘plutôt’ ou ‘très en danger’ ». Néanmoins, « seuls 18 % rapportent avoir été exposés à une situation dangereuse ‘plusieurs fois par mois’. »

« Cet écart peut s’expliquer par la faible légitimité donnée aux cyclistes en ville, qui peut générer des tensions entre cyclistes et automobilistes même en l’absence de réel danger », avancent les auteurs.

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Pour améliorer les conditions d’exercice des livreurs, l’étude émet certaines recommandations fondées sur les besoins identifiés de ces professionnels. Rémi Corget mentionne « une expérience intéressante à Tours, qui mêle services aux travailleurs, autoréparation des vélos et distribution de kits de sécurité ». La Ville de Grenoble a aussi mis une salle de repos à disposition des coursiers à vélo.

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.

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