L’INTERVIEW Grève chez Carrefour : « Que les clients soient solidaires en ne se déplaçant pas ce samedi », invite FO

Le syndicat FO de Carrefour Nîmes Sud sera mobilisé ce samedi 24 septembre. (Photo DR)

Force Ouvrière (FO), syndicat majoritaire chez Carrefour, dénonce l’échec des négociations salariales au sein du géant de la distribution sur fond de crise du pouvoir d’achat et appelle à deux jours de mobilisation dans le réseau les 23 et 24 septembre. Délégué FO du Carrefour Nîmes Sud, Laurent Rech explique les motivations du syndicat et invite les clients habituels à reporter leurs achats. Interview. 

Objectif Gard : L’élément déclencheur de ce mouvement de grève faite suite à ce que vous qualifiez d’ »échec » lors des négociations avec la direction le 15 septembre dernier. En quoi ces dernières ont-elles été insatisfaisantes ? 

Laurent Rech : Le point de départ, c’est les négociations annuelles obligatoires (NAO) qui ont eu lieu en début d’année, au cours desquelles le syndicat FO, qui est majoritaire chez Carrefour France, a négocié une clause de revoyure en fonction de l’augmentation de l’inflation. Le 6 septembre, il y a eu une première réunion qui n’a strictement rien donné. On a eu cette nouvelle réunion le 15 septembre où la direction nous a proposé une augmentation des salaires de l’ordre de 2 % au 1er novembre 2022 (assortie d’un certain nombre de mesures, dont l’engagement de la négociation sur les grilles de salaires lors des prochaines NAO, NDLR). On ne demandait pas un chiffre précis, mais on s’attendait à ce que ça suive l’inflation. Elle était de l’ordre de 5,8 % au moment des négociations, mais elle peut finir à 10 % dans quelques mois. Il faut qu’on arrive à s’entendre sur une proposition honnête. 2 % c’est au-dessous de tout. On a le sentiment d’être devant le fait accompli, d’être poussé à faire grève car on ne nous propose pas quelque chose de décent.

Vous décrivez également la sensation de devoir « faire toujours plus avec moins ». Comment se traduit concrètement cette formule ? 

On a connu un plan social en 2018 et depuis, les effectifs sont en constante diminution alors que la charge de travail n’a pas été réduite. On manque de bras, et c’est valable dans tous les Carrefour de France. À cela s’ajoute une perte de reconnaissance alors que nous étions encensés pendant la période Covid. Notre PDG, Alexandre Bompard, évoque souvent dans les médias le fait que Carrefour s’inscrit dans une démarche qui consiste à toujours favoriser le pouvoir d’achat de ses clients. Il ne faut pas qu’il oublie que ses premiers clients ce sont ses employés. S’il ne nous augmente pas, comment veut-il qu’on fasse nos courses dans ses magasins ? Aucun chef d’entreprise ne pénaliserait ses clients et ses employés lorsque ces derniers sont la même entité.

Faut-il s’attendre à une forte mobilisation des salariés ce vendredi 23 et ce samedi 24 septembre ?

Il faut savoir que les entrepôts n’ont pas attendu ce vendredi pour se mettre en grève. Certains sont déjà en grève depuis ce jeudi 15 septembre. C’est le cas de l’entrepôt le plus proche de chez nous, à savoir celui de Saint-Gilles où les ouvriers travaillent en « trois-huit ». Le premier jour, l’équipe de nuit dénombrait 85 % de grévistes, celle du matin 75 %, et celle de l’après-midi 91 %. Ils ont commencé fort, ce qui laisse augurer une belle mobilisation, même si lors de nos tractages, certains salariés nous disent qu’ils n’ont pas d’argent pour faire grève. On leur explique qu’ils peuvent perdre une journée de salaire en faisant grève si ça leur permet de gagner 150 euros de plus par mois derrière. Le but c’est au moins de parvenir à rouvrir les négociations avec la direction.

Qu’en sera-t-il de l’accueil des clients du Carrefour Nîmes Sud ce samedi ? 

On sera positionnés à l’entrée du magasin et on ne bloquera par leur passage. Mais on aimerait qu’ils soient solidaires envers nous en ne se déplaçant pas ce samedi et en reportant leurs achats. Ça serait un juste retour des choses vis-à-vis des salariés de Carrefour qui ont répondu présents pendant la crise sanitaire. C’est notre outil de travail et on l’aime. Si on se bat c’est autant pour notre salaire que pour sauver notre entreprise.

Les clients éprouveront-ils des difficultés à s’approvisionner dans les rayons en raison de la grève des entrepôts ?

Si les entrepôts ne nous livrent pas, par la force des choses on n’aura pas de marchandises. Mais nous n’en sommes pas encore là. On a déjà quelques difficultés d’approvisionnement mais on vit sur nos réserves. Les gens qui viennent faire leurs courses ne se rendent compte de rien pour l’instant. Certains entrepôts se sont mis en grève illimitée, mais il y a une part d’incertitude, on ne sait pas combien de temps ils vont tenir.

Avez-vous la sensation de jouer gros lors de cette grève en tant qu’entité syndicale ?

Plus que jamais. Selon moi, c’est une grève historique dans le sens où si on ne parvient pas à mobiliser suffisamment de personnes, on ne sera plus considérés comme représentatifs et on va perdre en légitimité. On peut même se demander si le plus gros employeur privé de France, par cette provocation, n’a pas la volonté de tuer les syndicats. Historiquement, il y a toujours eu un dialogue et un respect mutuel entre les organisations syndicales et la direction. J’ai souvenir d’une forte mobilisation lors d’une grève en mars 1998 à l’issue de laquelle les syndicats étaient sortis victorieux. À cette époque, le rapport de force était sain. On pouvait discuter. Mais ce rapport est en train de s’effriter au point de disparaitre peut-être un jour.

Propos recueillis par Corentin Migoule

 

 



Source link

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.