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Manny « Pac Man » Pacquiao veut enfiler les gants de président

À 42 ans, le boxeur Manny Pacquiao a annoncé la fin de sa carrière, mercredi. Le Philippin quitte les rings sur lesquels il a régné pendant 26 années. Seul homme devenu champion du monde dans huit catégories, « Pac Man », véritable héros national, restera dans les annales comme l’un des plus grands combattants de l’histoire.

« J’ai entendu le gong final. La boxe, c’est terminé » : dans un message vidéo posté sur les réseaux sociaux, mercredi 29 septembre, Manny Pacquiao a confirmé sa retraite. Le boxeur raccroche les gants, non sans émotion, en remerciant longuement ses fans et tous ceux qui l’ont accompagné. « C’est la décision la plus difficile que j’ai jamais pris, mais je suis en paix avec », assure le néo-retraité.

Aux Philippines, Manny Pacquiao est bien plus qu’un boxeur. C’est une superstar, officier de la Légion d’honneur, sénateur, mais aussi acteur, chanteur, prêcheur évangélique… et peut-être futur président. Celui qui quitta l’école à 14 ans pour soutenir sa famille en vendant des donuts a annoncé sa candidature à la présidentielle de mai 2022. Ancien allié de Rodrigo Duterte, il a rompu avec l’actuel chef de l’État et veut désormais lui succéder.


Un premier combat pour deux dollars

À l’image d’un George Weah au Liberia, Emmanuel Dapidran Pacquiao – son nom complet – vise la présidence, comme une nouvelle étape d’un parcours hors du commun. Aujourd’hui, Manny Pacquiao est une célébrité richissime. Mais pour lui, tout a commencé dans l’extrême pauvreté, condition commune pour beaucoup de familles philippines.

Né le 17 décembre 1978 sur l’île de Mindanao, sous la dictature Ferdinand Marcos, Manny Pacquiao est le quatrième enfant d’une fratrie de six. À 12 ans, le petit adolescent – 1,66m à l’âge adulte – découvre la boxe dans les rues de General Santos, une ville du sud de l’archipel. En 2015, il a raconté ce moment au média américain ESPN :

« J’avais entendu que lorsqu’on se bat, même si on perd, on reçoit de l’argent. Et quand on gagne, on reçoit 100 pesos, ce qui équivaut à deux dollars. Si on perd, c’est un dollar. Il suffisait de mettre les gants. Je ne savais pas boxer. Mais après ce combat, j’avais 100 pesos. 100 pesos ! Je pouvais acheter un kilo de riz pour seulement quatre pesos. 100 pesos, c’était énorme. »

De La Hoya envoyé à la retraite

En 1995, à 16 ans, Manny Pacquiao quitte les amateurs et passe à la boxe professionnelle. Et très vite, le jeune homme enchaîne les combats – 10, rien qu’en 1995 – et se fait un nom chez les poids mouches. Après le titre Asie-Pacifique mi-1997, le Philippin s’empare, fin 1998, du titre de champion du monde WBC. À l’extérieur, son travail de sape envoie le Thaïlandais Chatchai Sasakul au tapis à la 8e reprise. Exténué, le champion roule au sol et abandonne son trône. La machine Pacquiao est lancée.

Les années passent et le style de celui qui hérite du surnom « Pac Man » fait merveille. Il monte plusieurs fois de catégories et collectionne ceintures et KO. En 2008, alors chez les poids plumes, Manny Pacquiao ravit la ceinture WBC au Mexicain Juan Manuel Marquez et s’affirme plus que jamais comme le boxeur le plus dangereux sur le ring. Il confirme à la fin de la même année face à un monument : Oscar De La Hoya.

À Las Vegas, « Pac Man », bientôt 30 ans et désormais en poids mi-moyens, inflige une défaite cuisante au Golden Boy. De La Hoya, 35 ans, ne peut pas suivre Pacquiao, trop rapide et trop brutal. Largement dominé, le visage tuméfié, l’Américain jette l’éponge avant le 8e round et arrête sa carrière sur cette démonstration du Philippin.

Tous laminés par le meilleur combattant des années 2000

Cinq mois après avoir vaincu Oscar De La Hoya, Manny Pacquiao redescend en poids super-légers pour défier Ricky Hatton, champion du monde IBO. Le Britannique subit une défaite très violente. En deux rounds, « Pac Man » lui inflige un KO terrible. Après cette victoire et une autre éclatante contre contre le Portoricain Miguel Cotto, Manny Pacquiao est élu Boxeur de l’année pour la troisième fois.

Fin 2010, le Mexicain Antonio Margarito tient 12 rounds, au courage, face à la tornade philippine. Mais il termine ce combat dans un état terrible. Largement battu, il doit être hospitalisé pour une fracture de l’os orbital droit. Dix ans plus tard, Margarito admettra avoir sous-estimé Pacquiao et dira regretter de n’avoir pas jeter l’éponge. Son œil est resté endommagé par ce combat éprouvant et l’a gêné pour le reste de sa carrière.

Manny Pacquiao, lui, est désigné « Boxeur de la décennie 2000 ». Il y avait pourtant de sérieux prétendants avec Floyd Mayweather, Bernard Hopkins, Lennox Lewis ou encore Shane Mosley. Mais aucun n’a dégagé autant de puissance que le Philippin.

Mayweather-Pacquiao, l’immense déception

Entre 2009 et 2010, le monde de la boxe espère enfin un combat entre Manny Pacquiao et Floyd Mayweather. Le premier est au sommet de son art, le deuxième est toujours invaincu. Le Philippin est un cogneur impossible à arrêter, l’Américain est un technicien époustouflant. Mais les négociations échouent. Les deux camps s’accusent de se trouver des excuses pour éviter le combat, chaque boxeur ayant beaucoup à gagner et à perdre.

Finalement, les deux hommes ne s’affrontent qu’en 2015. C’est « le combat du siècle« , avec une recette record de 500 millions de dollars. Mais il s’avère très décevant. Mayweather se contente de bien défendre et d’éviter les échanges. Pacquiao ne parvient pas à l’attraper et s’incline aux points. Il dira avoir souffert d’une vieille blessure à l’épaule droite. Les amateurs de boxe, eux, déplorent de ce pétard mouillé. L’avis général est que Mayweather et Pacquiao se sont affrontés cinq ans trop tard.

Le boxeur américain Floyd Mayweather (à gauche) et son adversaire philippin Manny Pacquiao (à droite), le 2 mai 2015 à Las Vegas.
Le boxeur américain Floyd Mayweather (à gauche) et son adversaire philippin Manny Pacquiao (à droite), le 2 mai 2015 à Las Vegas. © John Locher, AP

Moins impérial, le Philippin poursuit sa carrière et obtient de nouvelles ceintures. En juillet 2019, à 40 ans et demi, il bat l’Américain Keith Thurman et devient champion du monde WBA des mi-moyens. C’est son dernier coup d’éclat. Le 21 août 2021, Manny Pacquiao monte sur un ring professionnel pour la dernière fois et s’incline face au Cubain Yordenis Ugas.

Un héritage impérissable

« Pac Man » raccroche les gants après 72 combats pros, pour 62 victoires (39 par KO), 2 matches nuls et 8 défaites. Il est le seul homme à avoir été champion du monde dans huit catégories (mouches, super-coq, plumes, super-plumes, légers, super-légers, mi-moyens et super mi-moyens). Il est aussi le seul à avoir été champion du monde sur quatre décennies, entre son premier titre en 1995 et le dernier en 2019.

Quelques heures après l’annonce de sa retraite, la fédération WBA, qui fête ses 100 ans, a désigné Manny Pacquiao « champion du centenaire « . « C’est une façon d’honorer les légendes de notre sport (…). Sans aucun doute, Manny remplit toutes les conditions pour obtenir cette reconnaissance qu’il ne perdra jamais, car il l’a méritée en laissant un grand héritage sur et en dehors du ring. Nous sommes fiers de remettre cette distinction à un homme qui a tant donné à la boxe », assure la fédération.





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