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Sud

NÎMES Connaissez-vous Napoléon Gaillard ?

Napoléon Gaillard, le Nîmois.

Louis Nathaniel est très justement mis en perspective et en lumière dans une fort belle exposition qui se tient à Carrée d’art. Ce Nîmois n’a pas été le seul à se mettre en valeur lors des événements de La Commune de Paris il y a 150 ans. Voici la folle histoire d’un certain Napoléon Gaillard, directeur de la défense intérieure pendant la Commune de Paris.

Quand a bien pu naître Napoléon Gaillard ? Si la dernière bataille de Napoléon se déroulera à Waterloo le 18 juin 1815, le jeune Gaillard, prénommé comme l’empereur, est né à Nîmes le 7 juin de la même année. Son père est cordonnier et s’oppose à la Restauration. C’est ainsi qu’il choisit le nom de son fiston dans une cité royaliste qu’est la Nîmes de l’époque. Ainsi, il ajoute une sorte de profession de foi, qui suivra le jeune Napoléon nîmois, gage de son héritage révolutionnaire.

Cordonnier ne veut pas dire illettré. Napoléon apprend le métier des mains de son père mais il lit, écrit et est reçu chez les compagnons du Devoir en tant que cordonnier-bottier sous le sobriquet de « Nîmois le loyal ». Il fait son tour de France, assiste probablement à l’insurrection lyonnaise de 1834 et celle, plus timide et rapidement avortée, de Paris cinq ans plus tard. Approche-t-il l’idéal rouge qui sera le sien à cette époque ? Plus que probable, mais rien n’est sûr.

Les grandes barricades de La Commune seront construites par le Nîmois Gaillard.

Il est papa le 1er juin 1847 et prénomme son fils, qu’il a avec Maria Cortès avec laquelle il vit librement, Gustave (dit Auguste). Quoi qu’il en soit, Napoléon Gaillard est acteur de son temps. Il accepte l’idée même de la seconde République car c’est un socialiste convaincu et plutôt convaincant. Il accueille d’ailleurs Armand Barbès quand il sort de la prison de Nîmes en 1848, le situant à l’extrême-Gauche de l’échiquier politique. Dès ces années, il est au côté des travailleurs, des humbles, et tente de les organiser vers un mouvement plus ample qui fera leur bonheur ou qui créera leur perte. Pour cela, il passera devant la justice en 1849.

On perd de vue quelques menues années Napoléon Gaillard à la charnière de la moitié du XIXe siècle, mais on sait qu’il participe à l’exposition universelle de 1855 à Paris, et qu’il dépose un brevet pour une chaussure pour laquelle il utilise du latex. Il les veut plus souples et plus imperméables que celles qui sont cousues ou clouées afin d’alléger la tâche de l’ouvrier. D’après des lettres des cordonniers (conservées à la BNF), c’est en 1853, dès le 23 février, du côté de Saint-Geniès-de-Malgoirès, puis dans quelques autres communes du même département (Saint-Gilles, Valleraugue, Le Vigan), qu’il a commencé à vendre des licences de fabrication. Puis, l’invention s’est répandue dans une partie de la France à partir de 1854, mais de façon inégale. C’est alors qu’il s’installe à Paris, quittant définitivement la cité des Antonin. En 1868, il sera bien installé avec femme et enfant à Belleville et participe au mouvement démocrate en portant la contradiction aux orateurs.

Il n’hésite pas à se revendiquer du communisme, de la libre-pensée, de l’anti-bourgeoisie et lance avec son fils un journal nommé Les orateurs des clubs. Lors des élections des 1869 il soutient Barbès et signe la déclaration « Les vaincus de juin ne discutent pas avec les meurtriers ». Activiste, il a l’habitude de passer devant les tribunaux pour y être condamné (lui comme son fils), notamment quand ils partent à la recherche de la tombe d’Alphonse Baudin. Il est régulièrement emprisonné à Paris, voire même à Nice.

Le 4 septembre 1870, Napoléon Gaillard s’attaque à La Défense nationale et l’intègre en prenant part aux actions du comité central des vingt arrondissements avec Jules Vallès. Napoléon Gaillard, après le fameux 18 mars 1871, est candidat du comité central pour les élections de La Commune de Paris dans le 20e arrondissement. Arrivant cinquième, il n’est pas élu mais il poursuit son effort de communard.

Alors qu’un autre Nîmois, qui connaîtra une fin tragique, est à la tête de la guerre menée par La Commune – Louis Nathaniel Rossel, alors ministre de la Guerre – Napoléon Gaillard intègre la commission des barricades présidée par Rossel en personne. L’idée pour ces protagonistes est bel et bien de fortifier Paris qu’ils ne veulent pas laisser aux mains de Versailles. Comment faire sans barricades ? Gaillard est chargé par Rossel de faire construire des barricades dans les 1er, 16e, 17e et 20e arrondissements. Le 17 avril, il signe un appel aux « citoyens de tous âges et de toutes conditions » pour qu’ils viennent participer à la construction de ce ces édifices de défense pour participer à cette « œuvre patriotique et républicaine« , mais des barricadiers salariés sont également embauchés.

Le 30 avril, Napoléon Gaillard prend le poste (désigné par Rossel) de Directeur général des barricades, commandant le bataillon spécial des barricadiers. Pour lui, « les barricades doivent être étudiées méthodiquement et exécutées révolutionnairement« . Il construit alors un véritable système de barricades qui forme un deuxième rempart au coeur de Paris, mais il démissionne de ce poste une semaine après que Rossel soit lui parti du sien. Nous sommes le 15 mai 1871.

Napoléon Gaillard posant fièrement devant la barricade nommée alors le « Château Gaillard »

N’oublions pas de dire que nous devons à Gaillard la grande barricade baptisée « Château-Gaillard » située entre la rue de Rivoli et la rue Saint-Florentin, élevée sur deux étages avec bastion, redan, courtine et fossé large et profond devant le talus. Le Château-Gaillard en imposait, mais s’avéra inefficace pendant la Semaine sanglante. Les talents militaires de l’autre Napoléon furent diversement appréciés.

Gaillard, qui ne doute pas de ses capacités, n’accepte aucun conseil et refuse la tutelle du Génie militaire. Il est critiqué et ses méthodes sont contestées. « Nombreuses furent les protestations des particuliers constatant que les mesures arrêtées, il n’y avait que peu ou pas du tout de travaux » selon Noël B. dans le Dictionnaire de la Commune. Donc, comme dit plus haut, il démissionna le 15 mai et son bataillon de barricadiers fut dissous. Ses 800 hommes et 40 officiers mis à la disposition du Génie.

Napoléon Gaillard (Photo Paris Butte aux cailles)

Napoléon Gaillard, a dû apprécier cet élan de patriotisme, cet instant figé dans le temps qui le voyait porter fièrement l’uniforme. Maxime Vuillaume dans Mes Cahiers rouges au temps de la Commune, le présente ainsi : « Je revois le colonel, en plein soleil de mai, dans son uniforme élégamment sanglé. Revers rouges à la tunique. Épée au côté. Revolver passé dans le ceinturon verni. Glands d’or de la dragonne battant sur la cuisse. Cinq galons d’or aux manches et au képi. Bottes étincelantes. Tunique à double rangée de boutons dorés. Gaillard, en photographie, est le modèle le plus parfait à consulter pour ceux qui voudront reconstituer le vêtement militaire de la grande insurrection parisienne.« 

Pendant l’horrible Semaine sanglante, il échappe (mais pas sa femme car il sera considéré comme veuf) aux représailles en se cachant, puis s’exile en Suisse avec son fils à la toute fin de l’année 1871. Un an plus tard, il est jugé et condamné par contumace à la déportation en octobre, mais il intègre la section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève.

Il fonde sur place un café nommé « l’Estaminet français » à Carouge en 1876. Le lieu deviendra d’ailleurs un mémorial à La Commune. Sans argent, Napoléon Gaillard reprend ses premières amours, son métier de cordonnier, et s’installe à Genève jusqu’à l’amnistie (1880). Il a un autre enfant et épouse une certaine Françoise Pauline Jacquet en 1883, période à laquelle il publie son testament professionnel : « L’Art de la chaussure ou moyen pratique de chausser le pied humain d’après les règles de l’hygiène et de l’anatomie. » Logiquement, c’est aussi à ce moment qu’il s’oppose avec vigueur à l’industrialisation et à l’aliénation de l’ouvrier.

L’estaminet de Gaillard.

Napoléon Gaillard reprend son rôle politique une fois la fédération des travailleurs socialistes de France créée en 1879. En janvier 1881 il est candidat du parti ouvrier aux municipales dans le 1er arrondissement de Paris (Vendôme) et dans le 2e où il fait des scores trop faiblards pour espérer mieux. Dès 1883, il s’investit dans la fédération socialiste révolutionnaire des cercles des départements. En 1890 et 1893, il se présente aux municipales et aux législatives sans être élu. En 1894, il rejoint les rangs du parti ouvrier socialiste révolutionnaire et fonde, en 1896, un groupe communiste dans le 1er arrondissement. Il renonce au militantisme l’année suivante, l’énergie lui manquant, il a tout de même le bel âge de 82 ans !

Imprimerie Paul Dupont, élections du 16 novembre 1890 aux électeurs de Clignancourt. Typographie. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Il meurt le 16 octobre 1900 alors qu’il était devenu concierge d’une maison communale située au 2 passage des Petits-Pères où il continuait son métier de cordonnier. Pardon, d’artiste chaussurier. Il gagnait 3,25 francs par jour. Il est inhumé au cimetière de Pantin le 18 octobre 1900.





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