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Olivier Delacroix : « Ce que je préfère le plus au monde, c’est la radio »

Olivier Delacroix vient d'entamer sa troisième saison à la tête de la Libre antenne d'Europe 1.
Olivier Delacroix vient d’entamer sa troisième saison à la tête de la Libre antenne d’Europe 1. (©Pierre Olivier – Capa Pictures)

Le journaliste et animateur d’Evreux (Eure) Olivier Delacroix est toujours aux commandes de la Libre antenne d’Europe 1 (du lundi au jeudi de 22 h 30 à 1 h), pour la troisième année. À l’aise dans ce créneau qui le place en tête des audiences, il continue d’animer sur France 2 Dans les yeux d’Olivier, devenu un podcast.

Actu : Vous entamez votre 3e saison à la Libre antenne d’Europe 1, un format souvent occupé par des femmes. En tant qu’homme, pensez-vous y apporter quelque chose de différent ?

Olivier Delacroix : Le fait que je sois un homme modifie l’approche de celles et ceux qui nous appellent. Je pense que ça déclenche plus facilement le témoignage d’hommes. On a noté que plus d’hommes appellent depuis que je suis à la Libre antenne. Les hommes ont traditionnellement du mal à témoigner, c’est une question de personnalité. Les femmes ont plus tendance à le faire, elles sont plus courageuses. Est-ce un besoin, une capacité à se livrer plus facilement ? Je ne saurais dire. En tout cas, elles sont plus à l’aise pour évoquer des choses plus intimes. Le fait que je sois un homme a facilité l’accès à cette libre antenne à des hommes.

Ils appellent plus facilement mais se livrent-ils plus facilement ?

OD : Ils se livrent de la même manière. Une fois qu’une personne a décidé de témoigner, un grand pas est fait. J’ai ce « truc » un peu inexplicable d’établir un contact assez facilement, un lien de confiance assez instantané. Je n’ai jamais senti les hommes moins à l’aise que les femmes pour se livrer.

Cette écoute, cette empathie qu’on vous connaît, c’est quelque chose qui a toujours fait partie de vous ?

OD : Je pense que c’est ma nature. J’ai toujours été un enfant, un adolescent puis un adulte qui considérait qu’on se construisait en se confrontant à l’autre. Dans les accords toltèques, on dit « Que ta parole soit impeccable ». C’est sûrement le point le plus important des accords toltèques. La parole, c’est le premier lien qui permet d’établir le contact avec l’autre. La parole est chez moi essentielle, centrale, c’est quelque chose que j’ai perçu très jeune. Je tiens peut-être ça de mon père, qui était quelqu’un de sympathique, de porté sur les autres. Je prône souvent le regard de l’autre, la perception de l’autre, ne pas oublier qu’on n’est pas seul au monde. Dès qu’on sort de chez soi, on est tout de suite confronté à l’autre, il ne faut pas l’ignorer. Dès qu’on porte un intérêt à l’autre, le contact s’établit. J’ai cultivé ce lien, cette parole, au fil des années. Ça m’a permis d’établir ce lien de confiance avec mes témoins, pour aller plus loin dans la confession, dans l’intime et d’avoir un rapport de qualité avec eux.

« On peut parler absolument de tout sur la libre antenne »

On entend ici et là que nos libertés sont menacées, ou qu’on ne peut plus rien dire. Est-ce que la parole est vraiment libre sur une libre antenne, et peut-on parler de tout sur l’antenne d’Europe 1 ?

OD : On peut parler absolument de tout. Hier soir [mardi 21 septembre, N.D.L.R.], j’évoquais les manifestations liées à la situation sanitaire, j’ai eu la mère d’une infirmière qui ne touche plus son salaire depuis une semaine car elle ne peut pas se faire vacciner. On a abordé la position des uns et des autres sur le vaccin. On a aussi eu l’appel d’un policier, qui parlait de son métier. C’est une parole assez rare qui permet d’aborder des faits de société et des thématiques qui, dans les sept mois qui viennent, vont être au cœur du débat politique et sociétal. La parole est libre et libérée sur cette libre antenne, elle est revendiquée et professée. Le premier qui affiche cette liberté, c’est moi. J’évoque tous les soirs, selon le thème que l’on traite, ce que j’en pense.

Est-ce que vous aimez la radio ?

OD : Aujourd’hui, ce que je préfère le plus au monde, c’est la radio. C’est un média très vivant, on est en direct, on parle dans un micro et on est entendu aux quatre coins du pays et même dans le monde. Il y a un sentiment de parler des choses importantes pour notre société et d’être entendu loin, et par beaucoup de monde. Il y avait 253 000 auditeurs à l’écoute chaque soir la saison passée, et entre 600 000 et 700 000 passages [chiffres Médiamétrie], des gens qui écoutent quelques minutes. C’est la seule émission qui met Europe 1 1re radio de France à cette heure-là. Je suis fier de ce que j’ai amené à la libre antenne. On a radicalement changé les choses. La libre antenne a toujours été occupée par des femmes psy. En arrivant, on a fait le pari avec Constance Benqué [présidente du pôle news de Lagardère, qui détient Europe 1] d’élargir le spectre de cette libre antenne à des thématiques sociétales importantes et de ne pas la limiter aux interventions autour de la psychologie. C’était un pari car la radio est un média d’habitudes, et je suis très content qu’on ait réussi.

On a l’image de Macha Bérenger, grande voix de la libre antenne au micro de France Inter, dans la pénombre, sa lampe de chevet, ses cigarettes. Avez-vous des rituels pour créer une certaine intimité propre à ce format ?

OD : Oui ! Je suis toujours en survêtement le soir. Ça me permet de mettre les survêtements de ma collection de footballeur que ma femme déteste. Quand j’arrive, un peu avant 22 h, et qu’il n’y a plus personne dans les couloirs à part mon équipe, je peux m’habiller ainsi ! Je suis toujours nu pied. J’ai tous les soirs un litre de Yogi tea préparé avec amour par ma femme. Et puis, la libre antenne se fait dans la pénombre. Ça me permet de me concentrer sur l’écoute. Ça crée une intimité, un cocon.

« Je n’ai pas pensé à partir d’Europe 1 cet été »

Vous faites partie des rares journalistes ou animateurs à être encore à l’antenne d’Europe 1 après un été mouvementé*. Avez-vous pensé à partir ?

OD : (Catégorique.) Non. Je n’ai pas pensé à partir car je suis très attaché à cette émission, à cette communauté qui, si j’étais parti, aurait été sanctionnée. Par respect pour eux, je me devais de rester.
On a beaucoup évoqué un jeu de chaises musicales entre journalistes à connotation politique. J’ai travaillé avec Laurence Ferrari. Quand j’ai connu une traversée du désert, c’est elle qui m’a remis le pied à l’étrier en me permettant de faire un documentaire sur Canal +. C’est quelqu’un de bien, que je respecte, comme Sonia Mabrouk. On attribue des connotations politiques à ces journalistes, ça ne veut pas dire que je partage obligatoirement les mêmes idées qu’elles. Europe 1 a certes changé de têtes, mais on ne peut dire, comme ça a été clamé par de nombreux médias, que cette radio s’est transformée en « radio au nom d’un grand industriel français, patron du groupe Canal + » [Vincent Bolloré]. Je n’ai pas vu ce monsieur, ni de changement de direction. Philippe Vandel est toujours là, comme Christophe Hondelatte ou Stéphane Bern. Je ne suis pas témoin d’un changement radical de la couleur politique d’Europe 1, pour l’instant. Europe 1 ressemble à un Europe 1 qui me plaît aujourd’hui. Si un jour, ce n’est plus le cas, je m’en irai. Europe 1 n’est ni la radio-Zemmour, ni la radio-Praud, ni la radio-Bolloré, Europe 1 est une radio généraliste avec des gens qui travaillent depuis longtemps dans ce métier.

Depuis l’an dernier, l’émission que vous présentez sur France 2 Dans les yeux d’Olivier est aussi un podcast. C’est un format qui vous paraît complémentaire à la télévision ?

OD : Le podcast permet de faire vivre la marque, de lui apporter un autre souffle, car le marché se développe à vitesse grand V. Je considérais qu’il était important que Dans les yeux d’Olivier soit présent parce que ça se prête bien au format podcast. On a adapté des épisodes des six premières saisons. C’est un produit radio, j’ai choisi de travailler avec Europe 1 Studio. Le résultat est très efficace, le podcast cartonne [12 000 écoutes par semaine, plus de 150 000 écoutes depuis son lancement, chiffres Médiamétrie]. Ça a permis de s’adresser à un nouveau public, d’étendre cette marque. Par ricochet, j’ai constaté que des gens plus jeunes m’appellent à la libre antenne. J’ai des projets, un où j’incarnerai un nouveau podcast, et d’autres en tant que producteur.

Que deviennent, à la télévision, Dans les yeux d’Olivier et Ils font bouger les lignes ?

OD : La 10e saison de Dans les yeux d’Olivier a été tournée l’an dernier, elle sera diffusée en février prochain. France Télévision vient de me resigner une nouvelle saison. Je suis très heureux qu’on continue ce programme, auquel la chaîne est attachée. J’ai veillé, chaque année, à le faire évoluer pour lui apporter de la nouveauté. En termes de masse de travail, il fallait faire un choix. Ils font bouger les lignes est donc entre parenthèses pour l’instant.

Avec un agenda aussi chargé, avez-vous le temps de revenir à Évreux ?

OD : Bien sûr ! Depuis le mois d’avril, quand je ne tourne pas, dès que je peux, je suis chez moi, à Fumeçon. Je suis très attaché à la campagne. Et j’ai toute ma famille à Évreux, mes amis, des connaissances. Tout vient de là. Je n’ai jamais recréé ça ailleurs. Je suis très attaché à ma région, à Évreux. Je trouve très agréable d’y revenir, croiser des personnes que je connais, mais aussi certaines que je découvre. Je suis Ébroïcien avant tout !

* Via Vivendi, Vincent Bolloré est devenu fin juin l’actionnaire principal du groupe Lagardère, qui détient entre autres Europe 1. Ce rapprochement a entraîné une grève, le départ – volontaire ou forcé – de plusieurs dizaines de salariés de la radio, et a été concrétisé par l’arrivée de nombreux journalistes officiant dans le groupe Canal +, et notamment sur la chaîne CNews.

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