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« Pas envie que les accusés se repaissent de ma souffrance »

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Ex-otage du Bataclan, David Fritz Goeppinger se prépare à témoigner le 19 octobre devant la cour d’assises spéciale de Paris. Il entend restituer ses souvenirs et sa vision de l’attaque terroriste « à la manière d’un enquêteur » – mais sans « affect » – lors de ce procès qu’il chronique pour un média, avec ses mots et ses photos.

Les propos de David Fritz Goeppinger trahissent un certain soulagement. Interrogé sur son ressenti depuis le début du procès, il y a six semaines, des attentats du 13-Novembre, il confie à France 24 se sentir mieux que ce qu’il avait pu envisager. « Je pensais que ce serait pire en fait », révèle au téléphone ce jeune homme de 29 ans. Venu assister au concert du groupe Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015 au Bataclan, il été pris en otage par deux terroristes, avec une dizaine de personnes. Il sera libéré grâce à l’intervention de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI).  

Chaque nouvelle semaine d’audience tourne au rituel. Quand il s’y rend physiquement, il retrouve au Palais de justice de Paris ou dans ses environs un « noyau dur » de connaissances : des victimes des attentats, des proches, des responsables d’associations…. « Une sorte de fraternité s’est développée. On est tous là les uns pour les autres », explique-t-il, en insistant sur l’importance de ce soutien pour celles et ceux qui vivent très difficilement cette longue période ou qui craquent ponctuellement. 

Lui-même a eu besoin « une ou deux fois » de se mettre à l’écart pour réussir à faire face à ce procès organisé près de six ans après les faits. « Je me laisse toute liberté pour suivre les audiences à ma manière », précise-t-il. Et il peut compter sur la webradio mise à disposition des parties civiles pour suivre les débats.

>> À voir : Pour David Fritz Goeppinger, « le traumatisme se greffe à l’existence »

David avait 23 ans lorsqu’il a vécu l’attaque du Bataclan. Dans le livre « Un jour dans notre vie » publié en 2020, il a décrit l’horreur vécue cette nuit-là, les interminables heures passées sous la menace des terroristes, l’assaut des hommes de la BRI… Il a aussi raconté les semaines et mois difficiles qui ont suivi, le besoin de voyager dans son pays natal, le Chili, son combat contre le syndrome de stress post-traumatique, ses liens avec les autres rescapés, sa naturalisation française en juillet 2017…

Laisser « un socle mémoriel »

Il s’est remis à l’écriture au début du mois de septembre pour, cette fois, relater le procès dans des billets diffusés sur le site de FranceInfo. La fréquence de publication dépend des événements du jour, des personnes qu’ils croisent, de son envie de raconter ou de montrer.  

Ce passionné de photographie propose notamment des portraits de victimes ou des moments saisis dans les couloirs du Palais de justice. « Je tente d’être un peu la petite souris qui montre les choses en donnant un point de vue complètement différent de celui d’un journaliste ou d’une victime », explique-t-il.  

« Il y a un an, quand mon livre a été publié, j’ai compris qu’il y avait une force à travers les mots qui n’est pas la même que celle de la photographie que je maîtrise plus », analyse David. « Le topo de base était de raconter le quotidien, avec les trois chapeaux d’écrivain, de photographe et de victime. » Il a pour objectif de suivre ainsi les audiences jusqu’au bout, de manière à laisser un « socle mémoriel » essentiel pour lui et les personnes qui suivent le procès. Et cette matière pourrait bien sûr nourrir ensuite un nouvel ouvrage auquel il pense déjà.

Dans ce « Journal de bord », il ne mentionne jamais les noms des accusés, laissant ce travail aux journalistes. Il livre notamment son ressenti sur les audiences qui s’enchaînent. « Je reste admiratif des personnes qui déploient tout leur courage pour s’adresser aux accusés. Parties civiles après partie civiles, les champs lexicaux de la souffrance, du traumatisme, du courage, de l’amour et de la force sont poussés au maximum. Le prétoire devient le réceptacle mémoriel des mots des victimes de l’attentat”, écrit-il dans un billet le 9 octobre, alors qu’il suit le procès via la webradio.

L’envie de maîtriser son audition  

David vient de déserter Paris le temps d’un long week-end pour préparer sa propre audition prévue le 19 octobre. Il l’a travaillée avec son épouse Doris. « Je ne veux pas raconter l’après, je veux me concentrer sur cet événement comme je l’ai vécu, avec mes souvenirs, ma vision photographique de l’événement. Je veux un truc maîtrisé. Je n’ai pas envie que les accusés se repaissent de ma souffrance ou de celle de mon épouse”, ajoute-t-il. 

>> À voir : Les rescapés du Bataclan racontent ces trois heures d’enfer 

Après cette rude épreuve, le procès durera encore de longs mois et David a conscience qu’il faudra être endurant jusqu’au verdict final prévu en mai 2022. Après avoir vécu le temps de la reconstruction et celui du récit, il entend se consacrer pleinement à son rôle de « passeur mémoriel”.  

Et après ? Il se laisse encore le temps de la réflexion, tout en sachant qu’il faudra un jour « qu’il décroche », en prenant notamment un peu de retrait recul par rapport à la scène médiatique. Cet ancien gérant de bar décidera alors dans quelle direction il souhaite poursuivre sa vie, brutalement « déformée”, pour reprendre ses propos, par les terroristes le 13 novembre 2015. Une date désormais tatouée sur son avant-bras gauche, en chiffres romains (XIIIXIXV). Avec l’ajout V/V qui rappelle à ce fan de métal que, comme ses quatre amis présents ce soir-là au Bataclan, il a eu la chance de réchapper au massacre qui a coûté la vie à 90 personnes.   



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