Home Sud Pascal Picq, invité au festival de la biographie à Nîmes : « Cela fait 500 000 qu’on est dans la cosmétique »
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Pascal Picq, invité au festival de la biographie à Nîmes : « Cela fait 500 000 qu’on est dans la cosmétique »

Le paléoanthropologue Pascal Picq participe au festival de la biographie avec son livre « Manifeste intemporel pour les arts de la préhistoire ». 

Comment est née l’idée de ce manifeste ? 

Il faut sortir de ces schémas ridicules que nous avons depuis le XIXe siècle, de croire que les autres sont des archaïques et que les hommes et les femmes de la préhistoire sont des semi-animaux. La culture occidentale progressiste a toujours considéré de manière péjorative les productions des autres cultures, d’ailleurs ou du passé, ce qui n’a aucun sens. Mais quand on raconte aux gens qu’ils sont supérieurs, ils y croient…

La confrontation avec les œuvres du XXe siècle est frappante…

Il a fallu beaucoup de temps pour admettre que c’est un art total, même si on n’est pas tout à fait capable de comprendre ce qu’ils exprimaient. Mais quand vous allez dans des expositions d’art contemporain, si vous n’avez pas l’explication de l’artiste, vous pouvez ne pas comprendre toute la signification.

Comment expliquer autant de clichés sur la préhistoire ?

On ne sort pas du XIXe siècle. On est sur des clichés de l’idéologie de progrès, on évalue les autres à l’aune de ce que nous croyons être notre supériorité. On a du mal à comprendre aussi, que toutes les expressions artistiques ont été inventées à cette époque. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’arrive le septième art. 

Dans l’évolution, on ne considère pas qu’une espèce est supérieure à une autre, on regarde en quoi elles sont différentes. C’est peut-être la première fois qu’on adopte ce regard sur les arts.

Pourtant on voit avec Chauvet ou Cosquer, qu’il y a une curiosité du public pour la préhistoire…

C’est le paradoxe. Il y a une formidable appétence pour la préhistoire. On le voit depuis quelques années, le monde des musées a beaucoup bougé sur ces questions. Nous sommes dans une période d’interrogations légitimes sur l’avenir de l’humanité. Cette fascination a toujours été là, un peu biaisée par les interrogations de notre temps. C’est une banalité, mais une constante.

Cela a commencé à bouger à travers le regard des artistes. Ils ont une sensibilité qui leur permet d’exprimer par leur créativité, un changement sur le plan politique, philosophique, même scientifique. Picasso comme toujours est incontournable.

Vous rappelez que c’étaient des hommes comme nous…

Bien sûr et j’insiste. Cela fait 500 000 ans qu’on est dans la cosmétique. Et l’étymologie de cosmétique est la même que cosmos et cosmogonie. Nous sommes la seule espèce qui transforme l’apparence des corps. Cela relève du sens que nous donnons à nos vies par rapport à ce qui nous entoure, la société, la nature, l’espace, le cosmos. Ces hommes et ces femmes ont plus faim de beauté et de symboles que de gibier.

Ce qu’on découvre aussi, c’est le temps qui est consacré à cet art mobilier, cet art rupestre ou funéraire. Ce sont des dizaines de milliers d’heures de travail.

Des statuettes ont circulé sur des milliers de kilomètres. La conque de Marsoulas venait du nord de l’Atlantique, on la retrouve en Ardèche. Les grottes ornées se sont conservées, tout ce qui était à l’extérieur a disparu. Il ne s’agit pas d’en faire un paradis. C’étaient des vies radicalement différentes où un temps considérable était consacré à la créativité artistique et à l’investissement sur les parures. Ce n’étaient pas des loqueteux.

Au festival, vous allez parler de la place des femmes. Qu’en sait-on ?

Pas grand-chose. Ce qui est clair, en ce qui concerne les tombes où se trouvent les données les plus précises, il n’y a pas de différences de traitement entre les hommes, les femmes, les enfants, les handicapés. Quant à dire que c’était une société égalitaire, on n’en sait rien du tout !

Mais attention, la préhistoire, l’anthropologie sont nées à la fin du XIXe siècle, une période hypermachiste. On était sur l’idée que la femme restait dans la grotte et l’homme faisait tout. Aujourd’hui, on commence à regarder les choses différemment. On s’aperçoit que les femmes allaient à la chasse, peut-être qu’elles faisaient la guerre. Il y avait une très grande diversité de cultures.

On peut penser aussi qu’elles ont joué un rôle dans la décoration des grottes… 

Bien sûr, il n’y a aucune raison de penser que les femmes n’ont pas peint ces grottes. Les clichés sont tellement marqués que j’avais demandé pour un bouquin illustré, une scène avec un homme et une femme qui peignaient Lascaux. J’ai obtenu un homme et une femme, mais l’homme peint et la femme broie les pigments. C’est du délire !

Vendredi 27 janvier, 16h : « Les femmes et les arts aux fondements de l’humanité », conférence-projection de Pascal Picq, auteur du « Manifeste intemporel des arts de la préhistoire » (Flammarion). Grand auditorium, Carré d’art, place de la Maison Carrée, Nîmes. 

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