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Plus de deux ans après le début de la pandémie, la Corée du Nord rattrapée par le Covid-19

Après deux ans sans infection (officielle), la Corée du Nord a annoncé vendredi son premier mort du Covid-19, précisant que le virus s’est déjà répandu à travers tout le pays. Un pays où la vaccination contre le coronavirus est inexistante.

Elle aura tenu près de deux ans et demi. Pourtant recluse, la Corée du Nord a annoncé, vendredi 13 mai, son premier mort du Covid-19, précisant que le virus s’était déjà répandu à travers tout le pays et que des dizaines de milliers de personnes étaient « isolées et soignées ».

La veille, le pays avait fait état de ses premiers cas de coronavirus, déclarant passer en régime de « prévention d’urgence maximale des épidémies », après que des personnes avaient été testées positives au sous-variant BA.2 d’Omicron.

L’agence de presse officielle KCNA a indiqué que le leader, Kim Jong Un, s’était rendu au siège national de la prévention des épidémies où il avait « pris connaissance de la propagation du Covid-19 dans tout le pays ».

Que s’est-il passé en Corée du Nord durant les longs mois où l’ensemble de la planète était confronté à la pandémie ? France 24 fait le point sur la situation dans ce pays où l’information, verrouillée, permet difficilement d’en connaître la réalité.

  • Fermeture des frontières

Les premières vagues de Covid-19 ont pu être évitées par Pyongyang – pourtant voisine de la Chine, foyer de la pandémie – grâce à la décision rapide de fermer les frontières.

Dès le 1er janvier 2020, la Corée du Nord se renferme plus que jamais sur elle-même, expulse les ressortissants étrangers et interdit toute arrivée sur son sol.

Première frayeur le 26 juillet, six mois après le début de la pandémie. La Corée du Nord fait état d’un premier cas « suspecté » de Covid-19. Le pays ordonne alors le confinement de la ville de Kaesong où ce cas a été détecté. Située à seulement sept kilomètres de la frontière avec la Corée du Sud, la ville est placée en état « d’urgence maximale » pour enrayer le fléau.

Le cas concernait une personne « rentrée le 19 juillet après avoir franchi illégalement la ligne de démarcation » qui fait office de frontière avec la Corée du Sud, avait alors annoncé l’agence officielle KCNA.

Il s’agissait à ce jour de l’unique cas suspecté en Corée du Nord dont le reste du monde ait eu connaissance. Le pays n’avait jusqu’à présent confirmé aucun cas de Covid-19 à l’OMS – Pyongyang ayant toujours soutenu que la pandémie de Covid-19 n’était pas arrivée sur son sol, information mise en doute par de nombreux experts.

Sûr de ses capacités à maintenir le virus hors de son territoire, le pays n’a pas fait vacciner ses 25 millions d’habitants. En septembre dernier, la Corée du Nord a refusé quelque trois millions de doses de vaccin chinois contre le Covid-19, et deux millions de doses d’AstraZeneca distribuées par l’Unicef dans le cadre du programme Covax pour l’accès au vaccin dans les pays pauvres. Le régime nord-coréen, dont le système de santé est notoirement défaillant, avait alors proposé que ces doses soient offertes à des pays davantage dans le besoin.

En juillet, un groupe de réflexion sud-coréen affilié à l’agence d’espionnage du pays avait affirmé que Pyongyang a rejeté des vaccins AstraZeneca proposés via Covax, invoquant notamment des inquiétudes relatives à de potentiels effets secondaires. Auprès de 20 Minutes, l’historienne Juliette Morillot, autrice de « La Corée du Nord en 100 questions » et « La Corée du Sud en 100 questions » (éditions Tallandier), évoque quant à elle « la peur qu’accepter de l’aide étrangère soit vu comme une faiblesse » par la population.

Une faiblesse vient pourtant d’être admise par la Corée du Nord qui, jeudi, rapportait la mort de plusieurs personnes victimes de « fièvre », dont une testée positive au sous-variant BA.2 d’Omicron.

« Plus de 350 000 personnes ont présenté de la fièvre en peu de temps et au moins 162 200 d’entre elles sont complètement guéries », a détaillé la même source. « Rien que le 12 mai », quelque 18 000 personnes ont présenté des symptômes à travers le pays et « 187 800 personnes sont isolées et soignées », selon la même source.

Kim Jong Un, qui est apparu pour la première fois à la télévision portant un masque, a présidé une réunion d’urgence du bureau politique sur la situation épidémique. Il a ordonné des mesures de confinement pour tenter d’enrayer la propagation du virus.

« C’est le défi le plus important et la tâche la plus importante auxquels notre parti doit faire face pour inverser rapidement cette situation de crise sanitaire », a souligné KCNA.

Un représentant de l’organisation mondiale de la santé pour la Corée du Nord a déclaré vendredi que l’OMS avait assisté Pyongyang dans l’élaboration d’un plan de vaccination au début de l’année.

En Corée du Sud, la nouvelle administration du président Yoon Suk-yeol a proposé d’envoyer des vaccins au Nord, précisant cependant n’en avoir pas encore discuté avec son voisin.

  • Vers une crise sanitaire majeure ?

Selon plusieurs analystes, le virus pourrait s’être déjà propagé à travers le pays, notamment à l’occasion d’importants événements en avril dans la capitale nord-coréenne. Le 25 avril, lors du défilé organisé à l’occasion du « Jour du soleil », ni les participants ni les spectateurs ne portaient de masque.

« L’organisation d’une parade militaire à laquelle a assisté une grande foule, alors qu’Omicron faisait rage en Chine voisine, montre que Pyongyang était trop confiant dans ses capacités à combattre et à prévenir le virus », affirme à l’AFP Cheong Seong-chang, spécialiste de la Corée du Nord à l’Institut Sejong.

Selon cet expert, le pays pourrait faire face à une crise sanitaire majeure en raison du caractère hautement transmissible d’Omicron, rappelant que Pyongyang avait fait état de près de 20 000 cas en une seule journée. 

« Si le nombre de décès dus à Omicron monte en flèche, Pyongyang pourrait être amené à demander le soutien de la Chine », a-t-il ajouté.

Vendredi, Kim Jong Un « a déclaré que la priorité absolue était d’empêcher la propagation du virus en verrouillant activement les zones et en isolant et traitant les personnes atteintes de fièvre de manière responsable », a rapporté KCNA.

Avec AFP



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