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Poissy : traînée au tribunal par son employeur, Korian, pour un t-shirt porté en manifestation

Nadia Boutmar travaille depuis dix-sept ans dans cet Ehpad de Poissy, racheté en 2014 par le groupe Korian.
Nadia Boutmar travaille depuis dix-sept ans dans cet Ehpad de Poissy, racheté en 2014 par le groupe Korian. (©Renaud Vilafranca)

Après dix-sept ans de bons et loyaux services à l’Ehpad L’Île de Migneaux de Poissy, Nadia Boutmar aurait aimé terminer sa carrière autrement. Assignée par Korian pour « injure publique », cette syndicaliste de la CGT comparaîtra le 5 septembre 2022 devant le tribunal correctionnel de Paris.

« Le fric à cœur »

Son employeur la traîne en justice… pour le graphisme d’un vêtement qu’elle portait lors d’un rassemblement devant l’établissement le 8 mars dernier.

En cette journée nationale de lutte dans les Ehpad, cette soignante de 64 ans arborait un t-shirt, conçu par ses soins sur un site de vente en ligne, où le logo et le slogan de l’entreprise étaient détournés. Un doigt d’honneur remplaçait les cœurs entrelacés, la phrase « le soin à cœur » devenait « le fric à cœur ».

Le jour de la manifestation, Nadia Boutmar (à droite de la banderole) portait le t-shirt incriminé, comme le montre cette photo prise par une journaliste de 78 Actu.
Le jour de la manifestation, Nadia Boutmar (juste à droite de la banderole) portait le t-shirt incriminé, comme le montre cette photo prise par une journaliste de 78 Actu. (©Juliette Vignaud / Archives)

Cette satire n’a pas provoqué de remous localement. En revanche, les photos de la manifestation, publiées dans la presse, ont fait grincer des dents au siège de Korian.

Des photos de presse pour documenter l’assignation

Celles diffusées par La Gazette en Yvelines, où l’on voit distinctement le t-shirt, viennent même documenter l’assignation : « Le fait que ce geste outrageant et vulgaire soit matérialisé par un détournement du logo Korian donne à cette injure une portée symbolique visant la société et l’ensemble des professionnels qui s’y investissent au quotidien », écrit l’avocat de l’entreprise dans la citation directe : une voie juridique qui permet à une victime présumée de saisir un tribunal sans enquête de police.

La sexagénaire et ses soutiens estiment qu’il s’agit d’une « procédure bâillon ». D’autant que ces dernières années, au moins deux autres syndicalistes de Korian ont été poursuivis pour « diffamation » par leur employeur, et relaxée pour l’une : « Le but n’était pas de provoquer ou de chercher les ennuis. C’était une manière humoristique de faire passer un message », explique la sexagénaire.

Elle risque jusqu’à 12 000 euros d’amende : « Ça me fait de la peine. Je suis bientôt à la retraite. Je me suis investi pour cette entreprise, pour le bien-être des résidents, pour défendre les conditions de travail. Et je n’ai jamais reçu ne serait-ce qu’un avertissement. »

Vidéos : en ce moment sur Actu

Korian, premier groupe français de maison de retraite, visé par plusieurs plaintes pour maltraitance sur des résidents, n’a pas répondu à nos sollicitations. Une manifestation de soutien à Nadia Boutmar est prévue avant l’audience devant le siège de Korian, à Paris.

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