En bref

Pollution de l’air des grandes villes : un scandale français et européen

C’est un chiffre frappant qui a déclenché mes recherches pour ce nouveau numéro d’Euronews Witness : 400 000 personnes sur le continent européen meurent prématurément chaque année en raison de l’air pollué qu’elles respirent dans les villes européennes. J’ai été choqué par leur nombre. Comment est-ce possible ?

La Commission européenne lance des procédures d’infraction

Il s’agit d’une statistique des plus sérieuses établie par l’Agence européenne pour l’environnement qui met aussi en ligne une carte interactive comparant la qualité de l’air dans 323 villes de 41 pays du continent européen. L’est, mais aussi des zones du sud de l’Europe sont couverts de points rouges, les alertes à la pollution atmosphérique concernent de grands pans de territoire. Parmi les pays les moins bien lotis, la Croatie, mais aussi le nord de l’Italie, la Pologne et la Bulgarie. Mais finalement, j’ai choisi de me concentrer sur la France qui n’est pas la pire des nations en matière de qualité de l’air de ses grandes villes, mais bien un pays qui a fait peu de progrès en la matière ces dernières décennies.

La Commission européenne lance depuis des années, des procédures d’infraction contre des États membres dont la France au sujet de la pollution atmosphérique. Les concentrations de polluants sont trop élevées, les niveaux de substances nocives dépassent les seuils autorisés entraînant des problèmes de santé et raccourcissant l’espérance de vie de nombreux habitants des métropoles françaises comme Paris, Grenoble, Strasbourg, Marseille et Lyon.

Muni de l’application Air to Go lancée par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, je parcours à pied les rues de Lyon, ville connue en Europe pour sa circulation encombrée. L’autoroute du Soleil qui rejoint le sud de la France traverse son centre-ville. Sur mon smartphone, je dispose en temps réel, d’informations sur la qualité de l’air à l’emplacement où je me trouve. Les indices passent du orange (mauvais) au rouge foncé (très mauvais). Par chance, ce jour-là, je ne verrai pas de secteur marqué en violet, la pire des catégories.

Pollution excessive dans la cour d’une école de Lyon

J’ai rendez-vous avec un chanteur-compositeur installé à Lyon, Renaud Pierre alors qu’il emmène son fils à l’école. Les classes de l’école primaire Michel Servet se situent à côté de l’une des entrées du tunnel de la Croix-Rousse qui amène un fort trafic routier dans le centre-ville. « Le problème, » indique Renaud, « c’est qu’il y a 47 000 véhicules qui passent chaque jour dans le tunnel sans compter tous ceux qui passent sur les quais du Rhône et qui amènent une pollution énorme. On voudrait que les politiques s’emparent de la question pour faire en sorte que la ville soit respirable, » souligne-t-il.

Avec les associations de parents et d’habitants, Renaud Pierre organise des manifestations, il a même composé une chanson qui met en cause les autorités accusées de ne pas en avoir fait assez pour lutter contre la pollution atmosphérique. Le directeur de l’école Pascal Barbier le soutient. Il a son idée quand on lui demande quelle pourrait être une solution concrète : « Ce serait de réduire le trafic sur les berges avec notamment, la mise en place d’un tramway qui réduirait la place de la voiture au bord du Rhône, » dit-il.

Les deux hommes me montrent la station de mesure dans la cour de l’école à proximité du tunnel. Les concentrations de dioxyde d’azote sur place sont scandaleusement élevées. Pascal Barbier a décidé de fermer la cour, les enfants ne sont plus autorisés à y jouer. Avec d’autres parents et des associations, Renaud Pierre a enclenché une procédure en justice contre la municipalité et l’État.

Quelle corrélation entre pollution atmosphérique et cancer ?

Pour en apprendre plus sur le lien entre pollution de l’air et décès prématurés, je rencontre à Lyon, Thomas Coudon au Centre Léon Bérard, un établissement de référence dans la lutte contre le cancer. Avec une équipe de jeunes chercheurs, il tente de mieux comprendre la corrélation entre pollution atmosphérique et cancer. Et selon lui, la réponse est claire : « Le Centre international de recherche sur le cancer a classifié l’exposition à la pollution de l’air cancérigène pour l’homme et dans la catégorie des polluants classés comme cancérogènes certains, il y a les particules fines et les gaz d’échappement des moteurs diesel, » fait-il remarquer. Le lien entre pollution atmosphérique et cancer du poumon est connu. Mais l’air de Lyon est-il à l’origine d’autres types de cancer comme celui du sein ? C’est ce qu’étudie avec d’autres chercheurs de France et d’Italie, Marie Ramel-Delobel, collègue de Thomas Coudon, dans le cadre de sa thèse. Pour alimenter leurs travaux, ils effectuent des relevés chaque jour matin et soir sur plusieurs semaines « afin d’évaluer la différence d’exposition qui existe entre les modes de déplacement quotidiens, » précise-t-elle.

« Il faut créer des zones à faibles émissions »

Les citoyens sont de plus en plus nombreux à en avoir assez de leur air vicié. C’est ce qu’indiquent les résultats des élections locales. De plus en plus de grandes villes françaises comme Lyon et son agglomération sont gérées par les Verts. Mais on ne peut pas se débarrasser en un jour, d’une pollution aux racines anciennes. « Pourquoi l’air de Lyon est-il si pollué ? » C’est la question que nous posons au président écologiste de la métropole de Lyon, Bruno Bernard.

L’élu pointe du doigt, « un manque d’action des pouvoirs publics, de l’État français qui a été condamné. Il faut créer des zones à faibles émissions pour sortir les véhicules les plus polluants du cœur de l’agglomération avec notamment, la fin des moteurs diesel dès 2026, » souligne-t-il alors que son équipe prévoit que d’ici à 2026, plus de 70 % des véhicules aujourd’hui autorisés soient interdits dans la zone à faibles émissions de Lyon. Des mesures qui ne sont pas au goût de tous notamment parmi les professionnels qui doivent faire des déplacements routiers dans la ville comme les artisans. Certains craignent de devoir débourser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour acheter des véhicules électriques en remplacement de leur modèle diesel et lancent un appel : « Qui paiera la note ? »



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