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Pour protéger la ressource en eau du pays d’Argentan, les agriculteurs au rang des solutions

Argentan, boues Ysco, été 2020
À l’été 2020, un incident dans la station d’épuration de l’entreprise d’Argentan Ysco polluait l’Orne. Les eaux de surface doivent également être protégées des pollutions plus diffuses, à l’instar des intrants utilisés pour l’agriculture. ©Archive Le Journal de l’Orne

L’agriculture telle qu’elle est traditionnellement pratiquée peut être source de pollution des eaux de surface, de l’érosion de leurs lits et de la dégradation des captages d’alimentation en eau potable. Dans le pays d’Argentan (Orne), elle fait aussi partie des solutions.

Nicolas Tison, élu de la Chambre d’agriculture de l’Orne, le concède : 

Les activités agricoles ont inévitablement un impact sur les eaux de surface.

À travers, notamment, le phénomène de lessivage : lors de forts épisodes pluvieux, les intrants présents dans les cultures et l’azote en excès ruissellent jusque dans les cours d’eau. 

Aujourd’hui, la quasi totalement du département est classée zone vulnérable aux pollutions par les nitrates, qui sont le fruit de la transformation de l’azote, d’origine agricole.

Azote en équilibre

Pour autant, des solutions existent. Notamment des « outils de pilotage de l’azote », indique l’éleveur percheron. Des outils qui servent à « apporter le nombre d’unité d’azote qu’il faut, pour coller au plus près de la réalité agronomique, pour l’utiliser à bon escient ».

Autrement dit, l’économiser, tout en respectant les besoins des cultures. Équilibrer. Aussi les plans prévisionnels de fertilisation des sols sont légalement encadrés. Par exemple, l’épandage des boues issues du traitement des eaux usées doit faire partie d’un plan déclaré en préfecture, afin d’en suivre la traçabilité.

Autre piste pour limiter la fuite d’azote vers les cours d’eau, l’installation de « couverts végétaux ». Nicolas Tison en explique le fonctionnement :

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On implante une culture à l’automne qui va couvrir le sol. Cela va lui permettre de se regénérer tout en pompant l’azote, qui sera libéré au moment des besoins, c’est-à-dire lors de la plantation d’une autre culture au printemps. 

Hydraulique douce

Enfin, les syndicats d’eau, qui travaillent à l’échelle du bassin versant, peuvent également agir, avec « la mise en place de bassins tampon, le déplacement des entrées de champs », liste Pierre Loridon, technicien rivières au SyMOA (Syndicat mixte de l’Orne et de ses affluents). « Et plantant des haies bocagères perpendiculairement à la pente » ; ce que l’on appelle des aménagements en hydraulique douce.

C’est d’ailleurs une expérience menée depuis décembre 2020, dans le pays de Trun, par le Syndicat mixte du bassin versant de la Dive (SMBD), en partenariat avec la Fédération des chasseurs de l’Orne. Une opération parfois complexe à négocier avec les agriculteurs. Le technicien poursuit :

On va leur demander, par exemple, de couper en deux un champ de maïs, en termes d’exploitation, c’est moins simple. 

Pour parvenir à préserver la ressource en eau, les exploitants, comme les propriétaires, sont de plus en plus sollicités. 

Station d'épuration Argentan, 2020
Des analyses sont effectuées sur les eaux usées qui entrent dans la station d’épuration, et sur celles qui en sortent après traitement. ©Archive Le Journal de l’Orne

Les polluants traqués dans les stations d’épuration

Autre source de pollution pour les eaux de surface : les eaux usées, c’est-à-dire polluées par l’usage humain, qui passent par nos toilettes et nos cuisines. Mais avant d’être rejetées dans l’Orne, celles-ci sont traitées en station d’épuration.

Julien Anfry, responsable du service assainissement et Gemapi à la CDC, explique :

À partir du moment où l’on traite bien les eaux usées, on préserve la ressource en eau et la biodiversité des cours d’eau.

À la station de Beaulieu, l’eau est analysée à l’entrée et à la sortie. Il pose :

Quand on construit une station, on impose des normes de rejets, en fonction de la sensibilité du cours d’eau. On sait traiter les nitrates ; il n’y en a plus aucun à la sortie. 

Un certain nombre de molécules sont analysées, dont la liste grossit régulièrement. Pour ce qui concerne les résidus de médicaments, véritable enjeu des années à venir pour la qualité de l’eau :

C’est un peu nouveau. On n’a pas encore de contrainte, de seuil à respecter ; mais il faudra peut-être un jour adapter nos stations pour traiter telle ou telle molécule.

Quant aux pesticides, « on en retrouve dans les boues », qui sont les déchets du processus d’épuration.

Restaurer le réseau

Destinées à être épandues pour fertiliser les cultures, elles sont également très surveillées. Des éléments comme le cuivre ou le sélénium sont aussi étudiés. « Avec l’épandage, cela risque de se retrouver ensuite dans l’alimentaire », démontre Julien Anfry. Ici aussi, des seuils s’appliquent.

S’ils sont dépassés, alors il y a alerte et on les envoie sur des traitements plus poussés.

Boues station d'épuration, Argentan, 2020
Les boues sont qu’il reste du traitement des eaux usées en station d’épuration ; elles peuvent être épandues sur les cultures.  ©Archive Le Journal de l’Orne

La surveillance de tous ces paramètres permet, en outre, d’identifier de potentielles sources de pollution. Un tuyau fêlé, fuyant sur le réseau, un incident industriel… 

Engagée dans un Schéma directeur des eaux pluviales depuis juillet 2020, la collectivité s’est donné 10 ans pour faire l’état des lieux de son réseau sur les 49 communes concernées et organiser des travaux hiérarchisés en fonction.

Le processus d’assainissement rend, assure le responsable, « l’eau claire comme une rivière », où elle est justement rejetée. Une eau parfois plus claire que l’Orne !

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