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Présidentielle au Honduras en proie à la violence et à la corruption

Les Honduriens votaient dimanche dans le calme pour élire le président d’un pays victime d’une violence généralisée et de puissants gangs de trafiquants de drogue, qui ont étendu leur corruption jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

Les deux favoris des sondages, Xiomara Castro du parti LIBRE (gauche), épouse de l’ex-président Manuel Zelaya renversé par un coup d’Etat en 2009, et Nasry Asfura, dauphin du président sortant Juan Orlando Fernandez pour le Parti national (droite), avaient tous deux voté à midi.

Les 5.755 bureaux de vote resteront ouverts jusqu’à 17H00 (23H00 GMT) pour les 5,2 millions d’électeurs appelés aux urnes. Les résultats devraient commencer à être connus environ trois heures plus tard. Le scrutin s’annonce serré, avec un lendemain de vote sous tension.

Le président du Conseil national électoral (CNE) Kelvin Aguirre a appelé à un « scrutin dans la paix, la tranquillité, sans crainte et sans violences ».

Les autorités ont mobilisé 42.000 militaires et policiers pour sécuriser le matériel électoral et éviter toute « confrontation ».

Outre leur président, les électeurs doivent choisir 128 députés et 596 maires et maires adjoints, ainsi que des conseillers municipaux et une vingtaine de députés au Parlement régional centro-américain.

Depuis le coup d’Etat de 2009 qui a renversé Manuel Zelaya, le Honduras a été dirigé par le Parti national sous la férule de Juan Orlando Hernandez, souçonné par les Etats-Unis d’être impliqué dans le trafic de drogue.

« Nous avons besoin d’un changement, même si c’est douloureux. Il y a tellement de pauvres, de souffrance », a dit avant la grand-messe du dimanche Hermer Sorto Paz, curé du village touristique de Santa Lucia, à une dizaine de kilomètres de Tegucigalpa. « Ne votons pas pour ceux qui pendant toutes ces années n’ont fait qu’amasser de l’argent pour eux-mêmes, et ne vendons pas notre vote ».

Sentant le vent tourner, le PN a durci le ton de sa campagne, traitant la leader de LIBRE de « communiste » et vilipendant ses propositions de légalisation de l’avortement et du mariage homosexuel.

Le parti de droite est en outre réputé ne pas reculer devant la fraude pour gagner des élections.

A Santa Lucia, une électrice, qui a requis l’anonymat, s’est indignée auprès d’un journaliste de l’AFP de voir les électeurs entrer dans les bureaux de vote avec leurs téléphones portables, malgré l’interdiction officielle.

« Ceux qui achètent les votes demandent une preuve : une photo du bulletin de vote », explique-t-elle. « La fraude, ça peut se faire dans le calme. C’est même une spécialité ici ».

– Douteuse réélection –

En 2013, M. Hernandez avait battu d’une courte tête Xiomara Castro, et était ensuite passé outre la Constitution pour se présenter pour un second mandat en 2017. Sa douteuse réélection sur le fil face à la star de la télévision Salvador Nasralla avait déchaîné de violentes manifestations.

De nouvelles émeutes ne feraient pas l’affaire de Washington, qui « veut éviter une répétition de (l’élection) de 2017 et une augmentation de la pression migratoire », estime Michael Shifter, président du think-tank Dialogue Interaméricain.

Des dizaines de milliers de Honduriens tentent de rejoindre chaque année le million de leurs compatriotes ayant fui la violence et la misère, dans leur écrasante majorité aux Etats-Unis.

Plus de la moitié des 10 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté, que la pandémie de coronavirus n’a fait qu’accentuer.

Le chômage a presque doublé en un an, passant de 5,7% en 2019 à 10,9% en 2020.

Avec un taux d’homicides de 37,6 pour 100.000 habitants en 2020, le Honduras est en outre un des pays les plus dangereux au monde (hors zones de conflit).

« Que (les politiques) respectent leurs promesses », tel est le premier souhait d’Abril Moncada, étudiante en tourisme de 30 ans qui vote dans le quartier de classe moyenne du 21 de Octubre, à Tegucigalpa.

Dans le quartier de La Sosa, réputé être un fief à Tegucigalpa des « maras », les bandes criminelles qui terrorisent la population, Lester Ribera, maçon de 30, assure que « si l’on ne cherche pas d’histoire, ils ne nous font rien ».

« La corruption…il y en aura quel que soit celui qui sera élu », se résigne José Zelaya, 45 ans, du même quartier.

Au cours des deux dernières années, le Parlement a dissous une commission anti-corruption soutenue par l’Organisation des Etats américains (OEA) et adopté un nouveau code pénal prévoyant de plus faibles peines pour corruption ou trafic de drogue.

Beaucoup de parlementaires étaient visés par les enquêtes de cette commission.

Des trafiquants de drogue détenus aux Etats-Unis ont mis en cause le président Hernandez, tandis que Tony Hernandez, son frère, a été condamné par un tribunal fédéral américain à la prison à vie pour son implication dans le trafic de 185 tonnes de cocaïne.



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