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Rugby. Franck Deléger quitte l’Evreux AC le cœur lourd

Franck Deléger a quitté Évreux en mai dernier sur un beau 32e de finale de championnat de France. Il rebondira cependnt en Fédérale 3 à la rentrée.
Franck Deléger a quitté Évreux en mai dernier sur un beau 1/32 e de finale de championnat de France, perdu devant Oursbelille. Il va toutefois rebondir en Fédérale 3 à la rentrée prochaine. ©T. E./Eure Infos La Dépêche

Il ne se dit ni aigri ni blessé. Pourtant, on sent encore que, près de trois mois après une élimination en 32e de finale du Championnat de France de Fédérale 3, une petite plaie n’est pas encore totalement cicatrisée.

Franck Deléger (47 ans) a cependant terminé sa carrière à l’Evreux AC sur un temps fort, avec une double confrontation face à un beau club du sud-ouest.

« Finir dans le stade accueillant d’Oursbelille-Bordères, dans les Hautes-Pyrénées, le 8 mai dernier, et devant un public de vrais connaisseurs, c’était vraiment beau. Ça puait le rugby que j’aime. »

En désaccord avec les orientations du club

Le rugby, il l’aime toujours. C’est davantage l’évolution de son club et ses difficultés avec les choix opérés par les nouveaux dirigeants qui l’ont incité à prendre du recul, et à quitter Évreux après 23 saisons d’une fidélité sans faille.

Arrivé de Dreux en 1999 avec Frédéric Dessus, par le biais de leur ami Grégory Broutin, alias le Pénible, Franck Deléger a d’abord connu la joie d’être entraîné par Pascal Deleplanque, son prochain successeur. Et de vivre une première saison parfaite, avec une montée en Fédérale 2 à la clé.

« On y a passé deux saisons superbes. Pascal est un excellent entraîneur. Je suis content qu’il me succède à la tête des seniors à la rentrée, même si j’aurais bien vu David Lemi devenir le manager du club. Car il a une classe folle, en plus d’être humble et d’une discipline admirable. Mais les dirigeants actuels en ont décidé autrement. »

Ode aux années Lambert-Nogarède

En ce début des années 2000, le rugby ébroïcien était piloté par le regretté Jean-François Lambert, un président charismatique qui avait su s’entourer de spécialistes de rugby qui ne pensaient pas forcément comme lui. Mais qui faisaient équipe. Des personnalités fortes comme Éric Canton et l’inénarrable Alain Nogarède.

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« Alain, c’était le gars qui faisait tout pour qu’on soit bien. Qui s’occupait de nous trouver du boulot aux alentours pour qu’on puisse jouer à l’EAC. C’est lui qui m’a trouvé un poste d’enseignant de sport à Anet, dans un lycée horticole. Là où j’ai rencontré Myriam, ma femme, la maman de mes jumeaux. »

Sous ses airs bourrus, le Deléger est un cœur tendre, à la fibre familiale exacerbée.

« Pourtant, quand Mimi (Myriam) est venue me voir jouer la première fois à Évreux, elle ne m’a pas reconnu. Et quand je dis « pas reconnu’, c’est qu’elle a demandé aux spectateurs où j’étais sur le terrain ! Je n’avais pas la même tête qu’au quotidien. Et j’étais un peu plus agité, on dira… ‘

« On ferraillait, on s’emmanchait. On était là pour s’envoyer »

Car être sur un terrain de rugby, en 2000, n’avait rien à voir avec le jeu d’aujourd’hui.

« J’ai fait ma petite carrière comme 3e ligne, mais j’avoue que j’ai du mal à me souvenir de mes matches de l’époque. C’est flou. Même notre match nul (12-12) à Meaux qui nous a fait accéder à la Fédérale 2, j’en ai très peu de souvenirs. Ça me semble hyper loin. Quand on jouait devant, à l’époque, on ne calculait pas. On ferraillait, on s’emmanchait (sic). On ne savait d’ailleurs même pas le score durant le match, le plus souvent. On était là pour s’envoyer (re-sic) et pour gagner, avant tout, le respect de nos adversaires. »

Franck Deléger a bien conscience que le rugby d’aujourd’hui demande d’autres qualités.

« Tout est différent dans l’attitude. Les joueurs sont plus tactiques, plus stratégiques. On leur demande plus aujourd’hui. »

L’éducateur a vite compris cela. En se confrontant tout d’abord aux entraînements de minots, puis en devenant une première fois coach des équipes seniors aux côtés de Charles Varnier, après avoir fait ses preuves avec les minimes puis les juniors d’une Ovalie Porte de l’Eure (OPE) qui évoluaient alors au niveau national.

Un sacre pour débuter, deux phases finales pour terminer

« Mes plus belles émotions d’entraîneur furent peut-être d’ailleurs avec les minimes, quand on a été sacré champion de France des clubs amateurs. Mais les deux qualifications en phases finales qu’on a su décrocher avec Toto (Thomas Lasseur) et tous les seniors lors des quatre dernières années, entrecoupées par deux saisons covidées, ce n’est pas rien non plus ! »

Une belle façon de boucler la boucle, pourrait-on dire, entre l’accession du printemps 2000 et ce final en Occitanie en mai dernier.

Mais cela ne s’est pas traduit par cette belle fête qu’aurait méritée le duo Deléger-Lasseur.

Dernière photo d'équipe, le 1er mai dernier dans un stade Rochard hélas bien terne.
Dernière photo d’équipe, le 1er mai dernier, dans un stade Rochard hélas bien terne. ©T. E./Eure Infos La Dépêche

Un départ dans l’indifférence

La petite haie d’honneur proposée par les joueurs devant des tribunes presque vides, le 1er mai dernier, donne un aspect désuet à ce final qui aurait dû ne pas en être un, d’ailleurs.

« Ce match aurait dû être une fête, mais pas forcément le dernier de la saison. Mais on n’a pas senti qu’on poussait derrière nous pour aller plus loin dans la bataille. »

C’est donc dans un triste anonymat que la page Deléger s’est tournée, en mai dernier. Curieux sentiment dans un sport qui vante ses qualités humaines et qui trouve toujours une bonne raison de festoyer, même après un camouflet.

« Je me rappelle justement ces années du duo Lambert-Nogarède, où les plus endurants finissaient place Clemenceau pour un repas bien arrosé. J’ai bien aimé aussi le passage de Cyriaque Crevel à la présidence, et bien sûr la présence de Didier Aubert depuis tant d’années, autour du terrain, avant, pendant et après les matches. Mais pour moi, il manque aujourd’hui une initiation au club-house. Là où se créent les amitiés et cette cohésion de groupe qui apportent de la solidarité sur le terrain. »

Absence de confiance 

Au-delà de cela, il a surtout manqué à Franck Deléger cette notion de confiance dont les humains que nous sommes ont toujours besoin pour s’épanouir. Une confiance qui lui a fait défaut, entre mesquineries et petites trahisons, le poussant à négocier une rupture conventionnelle dès septembre dernier.

« Mais j’ai voulu terminer la saison avec ce groupe, aux côtés de David Lemi et de garçons qui ont beaucoup donné. Ce fut une belle aventure pour conclure plus de 20 saisons à l’EAC. »

Une aventure menée avec quelques indissociables comme Patrick Adam – lui aussi parti l’an dernier sans être publiquement remercié – comme Mathieu Queval ou comme le regretté Benoît Cadiou. Et comme Thomas Lasseur, bien sûr.

Retrouvailles en octobre à Évreux

Avec ce dernier, l’aventure n’est d’ailleurs pas finie.

Franck Deléger et lui viennent d’accepter de prendre les rênes du rapprochement entre les deux clubs de Petit-Couronne et d’Elbeuf. Ils seront donc aux manettes de cette entente du 76 cette saison, en Fédérale 3 également. Dans la même poule qu’Évreux.

« On se jouera au stade Rochard lors de la 3e journée (NDLR : le dimanche 9 octobre). Ça va nous faire drôle de nous asseoir sur le banc visiteur, c’est sûr. »

Surtout quand, sur ce banc, un certain Pascal Deleplanque aura repris sa place, comme en 1999. Même au rugby, la vie est souvent un éternel recommencement.

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