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Saint-Étienne. Après 10 ans de diète, le CHU va investir « tous azimuts » et promet du concret

Olivier Bossard directeur de l'hôpital du Mans explique le dispositif mis en place pour augmenter les capacités d'accueil des patients Covid-19.
Après 10 ans de contraintes financières, le CHU de Saint-Étienne (Loire) renoue avec l’investissement pour mieux se développer sous la houlette d’Olivier Bossard, son nouveau directeur. (©Les Nouvelles de Sablé)

Enfin un peu de lumière au bout d’un long tunnel de contraintes budgétaires dans lequel le CHU de Saint-Étienne (Loire) était engagé depuis près de dix ans. Des dettes « toxiques » contractées par l’hôpital empoisonnaient les capacités d’investissement de l’hôpital stéphanois.

Cette époque est révolue, et Olivier Bossard, le directeur général de l’établissement, s’en réjouit. Les 600 millions d’euros de budget annuel du CHU de Saint-Étienne subissent de moins en moins le poids de cette dette.

Grâce aux efforts des personnels et à diverses aides de l’État, le CHU va changer de visage et remettre son matériel à niveau. « Des investissements tous azimuts » sont prévus, assure l’homme aux commandes de l’établissement depuis le 1er mars 2021.

Qui est Olivier Bossard ?

Olivier Bossard dirige le CHU de Saint-Étienne depuis le 1er mars 2021, après avoir été à la tête du centre hospitalier du Mans (Sarthe) pendant six ans.

Diplômé de l’École des hautes Études en Santé Publique à Rennes (Ile-et-Villaine), il a commencé sa carrière en 1992 au poste de directeur adjoint en charge des finances et des investissements au CHU de Poitiers avant d’occuper divers postes à responsabilités au sein des hôpitaux de Tours et du Mans puis de Saint-Étienne.

Au cours de sa carrière, Olivier Bossard a également exercé dans le privé, toujours dans le domaine de la santé et à des postes de direction, au sein de cliniques nantaises puis à la tête du groupe SHAM, spécialisé dans la gestion des risques et l’accompagnement des acteurs de la santé et du médico-social.

Actu : Vous êtes directeur du CHU de Saint-Étienne depuis le 1er mars 2021. Quelle était la situation financière de l’hôpital à votre arrivée ?

Olivier Bossard : Depuis 10 ans, bien avant mon arrivée, la communauté qui veille sur les finances du CHU a veillé à limiter les effets des dettes toxiques. À l’époque, l’essentiel des prêts étaient des prêts structurés. Ils impliquent des frais très élevés. En 2010, la dette de l’hôpital a atteint un pic de 300 millions d’euros, soit la moitié du budget de l’établissement. Et parallèlement, cette dette entraînait d’autres coûts financiers très importants. Mais l’effort de tous a permis l’augmentation de l’activité avec des ressources stables. Pour employer un gros mot, on pourrait parler d’une hausse de la productivité.

C’est quoi un emprunt toxique ?

Il s’agit d’emprunts qui prennent la forme d’un « produit structuré », c’est-à-dire un mélange de plusieurs élèments dont la valeur repose sur des marchés financiers instables.

Les évolutions des marchés en question peuvent faire varier le taux de remboursement du crédit.

Ils se caractérisent par une première période de taux très attractifs pour le souscripteur, suivie d’une seconde phase plus coûteuse. L’emprunt initialement intéressant se révèle alors « toxique ».

Quelles ont été les conséquences des ces dix années de frein à l’investissement pour l’hôpital ?

O.B. : La commission responsable des équipements médicaux a géré les priorités annuellement pour se maintenir aux normes, après analyse précise des besoins en matériel. L’intelligence avec laquelle cela a été géré a permis de limiter la casse. Je le dis avec d’autant plus de liberté que je n’étais pas encore là. On a simplement un retard à rattraper lié au retard technologique, il nous faut investir dans les techniques les plus récentes.

Dans un courrier adressé à Gaël Perdriau cet été, le Premier ministre Jean Castex a annoncé que l’État allait reprendre une partie de la dette de l’hôpital, à hauteur de 38,4 millions d’euros. Qu’est-ce que cela va changer pour l’hôpital de Saint-Étienne ?

O.B. : Avant cette annonce, l’établissement avait déjà commencé à réduire sa dette qui a baissé de 120 millions d’euros sur la période passée. Mais cette reprise de dette va nous aider pour certains aménagements, elle correspond à ce que nous espérions.

Nous allons augmenter de 5 millions d’euros les investissement annuels liés à l’acquisition de matériel médical, hôtelier et informatique. Ils vont passer de 10 à 15 millions d’euros par an. Ces 5 millions en plus auront une utilité directe. Ils seront investis au pied du patient, c’est à dire qu’ils seront très visibles.

Nous allons verdir notre parc automobile avec des véhicules légers électriques et d’autres à essence mais plus modernes. C’est facile à faire, on s’y attaque en premier.

Nous allons aussi beaucoup investir dans des lits électriques pour améliorer les conditions de travail des soignants. Nous allons aussi renouveler notre parc de respirateurs, investir dans des accélérateurs de particules pour traiter les cancers, changer notre IRM…

Moins visible mais indispensable, nous allons changer notre système informatique pour un meilleur suivi et une meilleure prise en charge de nos patients. C’est un investissement tous azimuts. Notre CHU se situera désormais parmi les établissements français qui investissent le plus.

Quels sont vos projets phares pour l’hôpital ?

O.B. : Aujourd’hui, nous avons trois grands projets. Le premier consiste en la construction d’un bâtiment dédié à la gynécologie, l’obstétrique et la pédiatrie. L’hôpital prévoit d’investir 75 à 85 millions d’euros sur ce projet. Les discussions avec l’Agence régionale de santé sont en cours.
Notre deuxième projet implique aussi la construction d’un nouveau bâtiment pour accompagner le projet de fusion entre l’hôpital et l’Institut de Cancérologie Lucien-Neuwirth (ICLN). Notre budget serait de l’ordre de 40 millions d’euros.

Ces deux premiers projets permettront d’en lancer un troisième : réaménager le bâtiment C, historique de l’hôpital nord, qui date de 1983. Pour le moderniser, il faudra le vider d’une partie de ses activités. Il accueille aujourd’hui les services de chirurgie pédiatrique et de cancérologie, qui seront déplacés dans les deux autres bâtiments construits au préalable.

Ce sont des opérations à tiroir : on vide, puis on aménage. Il y en a pour une dizaine d’années, et nous espérons avoir un objectif précis en mars 2023.

L’avenir de vos finances est en partie suspendu à la décision de la cour d’appel de Versailles dans l’affaire qui vous oppose à Dexia, la banque auprès de laquelle le CHU a contracté les emprunts toxiques que nous évoquions. Qu’attendez-vous de la justice ?

O.B. : Le CHU considère que la banque qui lui a fourni ces prêts structurés n’a pas été au bout de ses obligations de conseil. La démarche de l’hôpital vise à obtenir la révision des prêts en question. Financièrement, ces prêts nous ont déjà coûté 70 millions d’euros de frais, et à l’avenir, ils pourraient encore nous coûter 60 millions. Si la Cour de Versailles nous donne raison sur le fond, elle jugera si oui ou non des remboursements sont envisageables, et à quelle hauteur. La Cour devrait rendre sa décision d’ici la fin de l’année 2021.

Les projets d’investissement du CHU sont-ils donc soumis à cette décision de justice ?

O.B. : Non. Nos plans d’investissements ont été calibrés sans prendre en compte d’éventuels remboursements, à ce stade. Mais en cas d’avis favorable, nous pourrions aller plus loin. Nous pourrions faire des choses pour les urgences, le bloc ambulatoire, le hall d’accueil des patients… je ne manquerais pas d’idées si d’aventure nous avions plus d’argent à dépenser pour moderniser encore cet hôpital !

Une dernière ombre au tableau plane sur votre service d’oncologie. Sur les 14 soignants de cette branche, six vont démissionner à partir du 1er janvier 2022, date à laquelle l’Institut de Cancérologie Lucien Neuwirth fusionnera avec le CHU. Comment comptez-vous faire face à ces départs ?

O.B. : Le centre national de gestion a reçu six courriers de démission en août dernier signé par six de nos soignants du service d’oncologie. Je leur avais proposé de travailler sur le projet de cancérologie ICLN – CHU, je leur avais laissé la bride pour monter ce projet, ils n’en n’ont pas voulu.

Nous allons nous organiser pour qu’une offre de cancérologie persiste au CHU. Elle existe déjà pour la pneumologie, la dermatologie, mais nous allons devoir faire face à des manques en sénologie et urologie. Nous cherchons à recruter trois praticiens spécialisés en oncologie dans ces disciplines.

Si nous ne les trouvons pas d’ici janvier prochain, les services extérieurs qui entourent le CHU pourraient prêter main forte. Il serait choquant que les Stéphanois subissent la décision de six médecins. On fait tout pour que les patients ne soient pas otages de cette décision. Nous cherchons à maintenir une offre satisfaisante aux besoins de santé des Ligériens.

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