A la une

Saint-Méloir. « J’ai roulé sur quelque chose, mais je ne pensais pas que c’était un être humain »

Le tribunal jugeait ce jeudi 30 septembre 2021 un homme de 42 ans : en 2017, il avait roulé sur un corps à Saint-Méloir-des-Ondes et avait pris la fuite. 
Le tribunal jugeait ce jeudi 30 septembre 2021 un homme de 42 ans : en 2017, il avait roulé sur un corps à Saint-Méloir-des-Ondes et avait pris la fuite.  (©Illustration Pixnio)

Il est 4h du matin ce 3 septembre 2017 quand un médecin de garde appelle les gendarmes du bord de la route départementale 155 à Saint-Méloir-des-Ondes (Ille-et-Vilaine) : il a devant lui un homme sans vie, sur lequel une voiture vient de rouler. 

Pour comprendre ce qu’il se passe, il faut remonter quelques heures plus tôt.

Fête de départ en retraite

Vincent (prénom d’emprunt) assiste à la fête de départ en retraite de son père à Hirel, à quelques kilomètres de là. Il boit beaucoup, se dispute avec sa compagne, quitte la fête. Une voiture de gendarmes passe près de lui, et demande à un taxi de le ramener à la fête. Vincent parle au chauffeur, descend du taxi dans la cour du gîte où a lieu la fête, mais repart immédiatement.

C’est la dernière fois que l’on verra Vincent vivant. 

Étendu au milieu de la route

Quelques instants plus tard, le docteur B. passe par là, appelé sur une urgence. Il aperçoit une  » masse  » sur la ligne médiane entre les deux voies. Il se gare cent mètres plus loin, allume ses phares et ses warnings, et s’approche de cette masse tout en appelant les gendarmes.

Des signaux au conducteur

Il n’a que le temps de constater que cette masse est un homme, allongé sur le côté. Car en face, une voiture arrive. Le docteur active la lampe torche de son téléphone pour faire des signaux au conducteur qui ralentit dans un premier temps puis accélère… le médecin assiste à cette scène surréaliste de la voiture qui roule sur le corps et s’enfuit.

Très alcoolisé et sous cocaïne

Le conducteur, c’est Brice (prénom d’emprunt). Père de deux adolescents, employé dans une grande société depuis 20 ans ; lui rentrait d’un mariage à Hirel avec à son bord un ami. Très alcoolisé, il avait aussi consommé de la cocaïne. Après avoir écrasé Vincent, il a continué son chemin, a  » paniqué  » d’après lui, n’étant pas bien sûr de ce sur quoi il avait roulé.

« J’ai vu des signaux lumineux et quelque chose sur la route, je ne pensais pas que c’était un être humain. »

Puis avec son ami ils sont allés dans une boîte de nuit de Saint-Malo, pour boire un verre. C’est le lendemain, après avoir discuté avec sa femme et un avocat, qu’il s’est rendu à la gendarmerie.

Une pathologie cardiaque qui jette un doute sur la cause du décès

Quatre ans plus tard, le voici à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Malo, ce jeudi 30 septembre 2021. 

Âgé de 42 ans, il est poursuivi par le procureur de la République pour délit de fuite et stupéfiants. Mais pas pour homicide involontaire : le substitut du procureur l’explique par les différentes autopsies réalisées sur la victime, qui ont mis en évidence une pathologie cardiaque.

Impossible donc de savoir si Vincent est mort après un malaise cardiaque ou après avoir été écrasé par la voiture. 

Le docteur B. est cité comme témoin. Un débat sur la position que prend un corps après un malaise s’engage dans la salle d’audience, essayant de garder quelques pudeurs pour préserver la famille. Le médecin répond avec prudence et pour le parquet, il y a  » trop d’inconnues. « 

La mère du jeune homme en particulier s’exprime, lit une lettre, évoque son petit-fils de 11 ans qui a  » voulu sauter par-dessus la rambarde du balcon pour rejoindre son père « . 

12 mois de prison avec sursis demandés

« Le décès est intervenu soit très peu de temps avant, soit très peu de temps après  » indique le procureur de la République avant de requérir, pour délit de fuite et stupéfiants, 12 mois de prison avec sursis et un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

 » Le médecin a parfaitement été capable d’éviter le corps, pourquoi le prévenu n’a pas pu l’éviter, lui ?  » 

Son permis est également en question : le parquet demande son annulation et l’interdiction de le repasser avant six mois. 

Le tribunal rendra sa décision le 21 octobre. La condamnation ou la relaxe pour homicide involontaire est attendue. 

Sophie Le Noën

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Le Pays Malouin dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.





Source link

Quelle est votre réaction ?

Articles Similaires

1 of 11 072

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.