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En bref

Saint Seiya : retour sur les 35 ans d’une série animée toujours vénérée

Propulsée par le Club Dorothée en France, la série Saint Seiya, alias Les Chevaliers du Zodiaque, compte parmi les séries mythiques des années 1980. Ce 11 octobre, elle fêtera les 35 ans de sa diffusion au Japon. Rarement une œuvre a autant touché le coeur des fans.

«Par les météores de Pégase», «Que la colère du Dragon s’abatte sur toi», «Par l’illusion du Phoenix»… Quel enfant des eighties et des nineties ne s’est pas époumonné en lançant ces cris de guerre et en brassant l’air de ses petits poings avec ses camarades ? En France, il a fallu attendre le 6 avril 1988 pour découvrir les aventures de «Seiyar», Shun, Hyoga, Ikki et Shiryu autour du logo jaune et bleu des Chevaliers du Zodiaque, mais la série animée créée en 1986 était déjà doublée du succès retentissant du manga Saint Seiya au Japon.

Un manga né dans la douleur

Saga phare du Weekly Shonen Jump (magazine de prépublication des hits japonais), Saint Seiya est d’abord l’œuvre de Masami Kurumada. Un manga dont le succès n’était toutefois pas écrit d’avance car né dans la douleur, rappelle pour CNEWS Ludovic Gottigny, journaliste expert en culture japonaise et grand spécialiste de Saint Seiya, qui intervient dans le numéro spécial du magazine Otomo publié ce mois-ci pour les 35 ans.

«Durant les années qui ont précédé la naissance de Saint Seiya, Masami Kurumada était en plein doute. Une crise de confiance d’autant plus forte qu’il a été l’un des plus grands auteurs à succès à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans Shônen Jump, avec Ring ni Kakero, l’un de ses nombreux prototypes de Saint Seiya (avec Fûma no Kojirô, notamment) mais situé dans l’univers de la boxe. Toute une génération de lecteurs et d’artistes (Akira Toriyama, Hisashi Eguchi ou encore Takehiko Inoue sont des fans avoués) a été profondément marquée par cette œuvre à travers laquelle le mangaka a fixé le cadre de son style caractéristique. Ring ni Kakero était l’une des locomotives du Jump, et quand ce manga s’est arrêté (à la demande de Kurumada), on pouvait s’attendre à ce que les lecteurs lui déroulent le tapis rouge pour son œuvre suivante. Mais il n’en fut rien.»

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S’en suivirent alors les titres Fûma no Kojirô (annulé au bout de 10 volumes), Raimei no Zaji (publié de manière erratique). «Mais c’est l’arrêt de Otoko-zaka après seulement trois volumes qui a eu l’impact le plus lourd sur lui, souligne Ludovic Gottigny. Échec d’autant plus violent que ce manga est un authentique rêve de gosse. Il a voulu faire son Otoko ippiki gaki daishô à lui. Ce manga de Hiroshi Motomiya, l’idole de Kurumada, sur un jeune bansho (chef de bande) et tête brûlée charismatique était l’un des plus populaires des premières années de Shônen Jump, et fut l’œuvre qui déclencha sa vocation d’artiste. Par ailleurs, Kurumada fut lui-même un petit chef de bande dans sa jeunesse, et Otoko-zaka fut de fait une œuvre très personnelle à bien des égards. Quand ce manga est rejeté par le public, il y a forcément une crise de confiance personnelle qui survient mais aussi une crise professionnelle profonde, car avec cet échec Kurumada se retrouve dans la même position qu’à ses débuts. Il doit faire ses preuves».

C’est le marche ou crève qui conditionne le fonctionnement du Weekly Shônen Jump.Ludovic Gottigny

Et Ludovic Gottigny de poursuivre : «C’est le marche ou crève qui conditionne le fonctionnement de Jump. Mais à toute chose malheur est bon, et Kurumada a beaucoup appris. Il a énormément observé, emmagasiné des données et il arrive à la conclusion qu’il existe réellement une recette pour le succès, et que celle-ci implique certains prérequis. Dès lors, Kurumada va absolument tout faire pour les mettre en œuvre et faire de son prochain manga un succès. Saint Seiya naît de cette volonté farouche d’échapper à la spirale de la défaite».

Saint Seiya jouit en effet très rapidement d’une grande popularité, avec un mixe intéressant où se croise le courant nekketsu (récit initiatique) mais aussi un mélange de samouraïs et de chevalerie médiévale occidentale, ou encore de sentaï (série de super-héros). Surtout, Kurumada fait ici preuve d’originalité en abordant la mythologie grecque.

«C’était un thème un peu « exotique » qui avait tout pour plaire aux jeunes japonais, surtout traité à la manière de Kurumada, c’est à dire une approche ultra-documentée incorporée au cœur d’un univers très personnel, avec ses gimmicks reconnaissables. Il avait déjà touché au sujet dans Ring ni Kakero et senti qu’il y avait matière à faire plus. Ce n’était pas une nouveauté en soi, si on se réfère par exemple à Arion de Yoshikazu Yasuhiko, qui avait une approche certes moins baroque, ou encore la coproduction animée franco-japonaise Ulysse 31, qui transposait les concepts de la mythologie dans l’espace du XXXIe siècle», analyse Ludovic Gottigny, pour qui «Kurumada doit ce succès à ses convictions : le Mediamix (ou la transposition d’une licence sur différents supports de nature différente). A savoir que le succès de l’anime, produit très rapidement après le début du manga, a créé un cercle vertueux de retombées positives pour les deux médiums, et a sans doute permis à son manga de perdurer davantage».

Tout était rassemblé pour en faire un hit. Mais le producteur craignait que la série ne dépasse pas une petite saison.Ludovic Gottigny

Arrive alors le 11 octobre 1986 au Japon, la série TV qui allait porter haut les armures des chevaliers. Mais celle-ci n’était pas vraiment attendue par le public. Normal, «la production a débuté alors que le premier volume du manga n’était pas encore en vente dans les librairies japonaises ! Le manga était encore très récent et il construisait encore sa fan base. En revanche, c’était une adaptation attendue par Kurumada, qui se désespérait de voir un jour une de ses oeuvres adaptées en animation. Une question d’ego et de satisfaction personnelle, mais aussi, on le disait plus tôt, la réalisation de son projet : faire de Saint Seiya une franchise inscrite dans le Mediamix, un succès transmédias», souligne Ludovic Gottigny.

La réunion de talents hallucinants

Dès le générique «Pegasus Fantasy», les accords plaqués sur une guitare électrique du groupe Make-Up déchaînent les auditeurs, surtout la direction artistique et l’animation emballent les mirettes. Les chevaliers de bronze crèvent l’écran ! «L’ambition du staff technique et les talents hallucinants qui ont été rassemblés ont fait de cette adaptation animée un succès qui a dépassé toutes les espérances de Kurumada», ajoute-t-il. On admire alors les décors signés Mukuo Studio ou les sublimes musiques symphoniques de Seiji Yokoyama. «Mais ce fut un succès qui va venir progressivement, car en réalité les débuts sont plutôt compliqués et le producteur Yoshifumi Hatano craignait même que la série ne dépasse pas une petite saison de diffusion», rappelle Ludovic Gottigny.

Surtout, le tandem Shingo Araki et Michi Himeno va œuvrer de main de maître sur le chara design. «C’était une idée des producteurs et du réalisateur Kôzô Morishita, ce dernier ayant déjà travaillé avec lui (notamment sur UFO Robo Grendizer / Goldorak). Shingo Araki a été choisi assez rapidement, car il y a eu manifestement une évidence en voyant les dessins de Kurumada et ils ont tout de suite pu imaginer ce que pouvait apporter Araki dans leur adaptation pour l’animation. Un style à la fois beau, élégant et terriblement dynamique, idéal pour insuffler la sensation de vitesse et d’impact. Par ailleurs, Araki était surtout connu à l’époque pour avoir travaillé sur des œuvres animées fondatrices du genre nekketsu, Kyojin no Hoshi et Ashita no Joe, sources d’inspiration avouée de Kurumada. La touche Michi Himeno n’est pas non plus à négliger dans le haut degré d’accomplissement graphique de la série, et sur l’attrait exercé par celle-ci sur le public féminin notamment», se remémore le spécialiste.

La réalisation menée par Kôzô Morishita sur les 73 premiers épisodes et le premier film Eris : La Légende de la Pomme d’Or (1987) fut également magistrale, en dépit d’épisodes complètement râtés. «Ce staff était habité par le projet et a sublimé l’âme du manga de Kurumada et Kôzô Morishita fut essentiel à ce niveau là. Il revenait d’une expérience fondatrice aux Etats-Unis et il avait l’envie de transposer au Japon certains procédés visuels et de mise en scène qu’il avait pu observer, quitte à risquer les dépassements de budget. C’est d’ailleurs ce qui a conduit in fine à sa reconversion en tant que producteur (sur Dragon Ball Z notamment). Faut-il y voir une forme de punition de la part de Tôei Animation ? Probablement. Morishita le pense en tous cas, même s’il en parle avec philosophie et humour. Quoiqu’il en soit, il a donné le la, il a montré la voie au reste du staff. Une équipe méticuleusement choisie qu’il aura contribué à assembler, à former (on pense à l’un de ses poulains, le réalisateur Shigeyasu Yamauchi, que les fans de la licence ou de Dragon Ball Z connaissent bien). C’est peut-être là son plus grand accomplissement», explique Ludovic Gottigny qui confie avoir été profondément marqué par la Bataille du Sanctuaire face aux Chevaliers d’or, «c’est avec ce chapitre que j’ai découvert la série dans le Club Dorothée sur TF1».

Un succès colossal en France

Car si Saint Seiya est rapidement un carton au Pays du Soleil-Levant, c’est bien un tsunami qui va également toucher les jeunes téléspectateurs du Club Do dès avril 1988. Les 114 épisodes des arcs du Sanctuaire, d’Asgard et de Poséidon seront diffusés jusqu’au milieu des années 1990. Un succès quasi immédiat en France, qui se traduira par une avalanche de produits dérivés et des figurines vendues même en grande surface par Bandai. Mais dès lors, comment analyser ce phénomène côté français ?

«Ce sont les mêmes mécanismes à l’œuvre auprès du public japonais, à mon sens. Un récit d’une grande authenticité dans son traitement des sentiments et sincère dans ses valeurs et enjeux, sublimé par le dynamisme irrésistible de son animation et par l’ambiance unique qui se dégage du design et des musiques. Et, évidemment, des personnages attachants, charismatiques, élégants ou admirables, qui émergent d’une toile de fond d’ampleur mythologique. Bien entendu, toute la sphère marketing (on pense évidemment aux célèbres armures de la collection Saint Cloth Series vendues par le fabricant de jouets Bandai) a eu un impact considérable dans l’amplification du phénomène. En France, nous avons droit aussi à une version française qui, bien que problématique en termes d’adaptation et de traitement global (hérité du fonctionnement de doublage d’anime à la chaîne à l’époque), est marqué par l’interprétation de comédiens de grand talent qui ont rendu tous ces personnages plus vivants et inoubliables que jamais. Eric Legrand, pour ne citer que lui, restera à jamais pour moi la voix de Seiya dans mon imaginaire. La voix du héros de mon enfance», conclut Ludovic Gottigny.

L’intégrale de Saint Seiya est disponible en DVD et en Blu-ray chez AB Productions, un coffret réunissant les 5 films en Blu-ray vient également d’être édité.





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