Faits divers

Son voilier est entré en collision avec le Charles-de-Gaulle: « la plus grande aventure de ma vie de plaisancier »

Philip the Great. En dépit d’un nom qui en impose, ce voilier d’une petite dizaine de mètres n’a pas pesé bien lourd face au porte-avions Charles-de-Gaulle et ses 40.000 tonnes d’acier. Amarré au port d’Hyères depuis vendredi soir, le bateau porte encore les stigmates de sa rencontre musclée avec le navire amiral français: chandeliers tordus, hublots du carré éclatés et mât – du moins ce qu’il en reste – couché sur le pont!

À l’image du pavillon polonais, frappé de l’aigle blanc, qui flotte fièrement à la poupe du voilier, son propriétaire Tomasz Bugajski (1) ne semble pas plus affecté que ça par sa récente fortune de mer. Au contraire, il en sourit volontiers. « C’est la plus grande aventure qui me soit arrivée depuis que je navigue. Je n’ai pas été blessé. Les dégâts ne sont que matériels. Ils peuvent être réparés », confie-t-il quatre jours après sa collision avec le navire militaire.

« Presque excitant »

A-t-il eu peur? « Pas le moins du monde. J’ai trouvé ce moment intéressant. Presque excitant », répond-il aussitôt. Le regard un rien espiègle. Pourtant le récit de l’abordage à quelque 40 milles nautiques (environ 70km) dans le sud-est des îles d’Hyères effrayerait plus d’un marin confirmé. « À 73 ans, je suis prudent. Le bateau naviguait au moteur et sous grand-voile réduite. La météo n’était pas mauvaise. Un coup d’œil au radar, réglé pour m’avertir des bateaux devant moi, pas derrière, n’avait rien révélé. J’étais tranquillement assis dans le carré quand j’ai entendu un grand bang! C’est alors que j’ai vu une muraille glisser le long du voilier. C’était comme si je regardais la télé! », raconte Tomasz, encore incrédule.

Sur 150 mètres, le bruit continu de la friction entre les deux coques résonne dans le carré. Au bout d’une vingtaine de secondes, le mât finit par se briser en deux. « Heureusement, il est tombé vers l’avant. Dans le sens du mouvement des deux bateaux », commente sobrement le plaisancier polonais. Puis, sous une pression qu’il ne s’explique pas vraiment, une partie des hublots du carré a explosé. « Ça a été de loin le moment le plus spectaculaire. Mais les débris de verre ont été projetés vers l’extérieur ».

Et voilà, comment en moins d’une demi-minute, un voyage commencé en juin dernier et qui a mené le voilier Philip the Great de Port-Saint-Louis-du-Rhône à Ajaccio, en passant par Nice, Rome et les îles Éoliennes, s’est terminé prématurément. « J’étais à une vingtaine d’heures à peine de la fin de ce périple au cours duquel j’ai navigué d’île en île pour y photographier les chats. Une passion », précise Tomasz.

Des marins aux petits soins

Après s’être assuré que la coque de son bateau ne prenait pas l’eau, le skipper polonais aurait bien voulu regagner le port le plus proche par ses propres moyens. « Un mât qui tombe, ce n’est pas la fin du monde. Ce sont des choses qui arrivent. J’aurais pu rejoindre la terre au moteur sans problème ». Les marins du Charles-de-Gaulle ne lui ont pas laissé le choix.

S’il a fallu quelques centaines de mètres au porte-avions pour ralentir et revenir sur ses pas, si les premières tentatives pour entrer en contact par radio ont été laborieuses – « Je ne parle pas français », précise Tomasz -, une première embarcation s’est rapidement portée à hauteur du voilier endommagé. Puis une seconde. « Les marins ont vraiment été charmants avec moi. Ils sont montés à bord, ont sécurisé ce qui restait du mât sur l’avant du bateau, puis, une fois le VN Rebel arrivé sur zone, se sont occupés de passer la remorque ».

Transféré à bord du supply-boat affrété par la Marine nationale, Tomasz Bugajski est finalement arrivé au port d’Hyères le vendredi 12 novembre vers 18h30, soit onze heures après la collision avec le porte-avions. Il a alors été entendu par les gendarmes maritimes en charge de l’enquête, qui l’ont ensuite hébergé pour la nuit. « Très gentils eux aussi », commente le plaisancier polonais qui attend désormais la bonne fenêtre météo pour rallier enfin Port-Saint-Louis-du-Rhône.



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