En bref

un débat resté dans les annales

Le 8 décembre 1989, Bernard Tapie a dominé Jean-Marie Le Pen, réputé redoutable débatteur, dans un face-à-face télévisé sur l’immigration resté dans les mémoires pour sa virulence.

TF1 avait installé les deux hommes sur des tabourets de bar autour de Patrick Poivre d’Arvor. Et le duel a vite viré au pugilat.

– «Vous êtes un matamore, un tartarin, un bluffeur et nous attendons de voir, à part quelques onomatopées que vous lancez sur les écrans, ce que vous êtes capable de faire dans la politique», a asséné le patron du Front national.

– «C’est pas parce que vous êtes une grande gueule et que vous criez fort que ce que vous dites est vrai», avait alors rétorqué le député non-inscrit de Marseille et tête de liste du mouvement des radicaux de gauche.

Autre échange musclé qui avait néanmoins fait sourire des invités :

– «Ne me menacez pas, Monsieur Tapie, il vous en cuirait !»

– «Parce que vous avez vos gardes du corps ?»

– «Non! Moi, moi !»

– «Ah ah ah, le rigolo ! Enfin, regardez-vous !» (Bernard Tapie, geste des mains à l’appui, se moquait des kilos en trop de son interlocuteur qui accuse 15 années de plus que lui).

PPDA avait du mal à se faire entendre : «il a eu le courage de venir», avait-il glissé en prenant la défense de Bernard Tapie qui venait de subir une nouvelle salve d’attaques.

Gants de boxe

De fait, tous les hommes politiques de gauche (PS, PCF) comme de droite (RPR, PR) avaient refusé de participer à ce débat pour ne pas faire de la publicité au FN. Alors que TF1 a présenté Bernard Tapie comme un «représentant de la majorité présidentielle» (derrière François Mitterrand), le PS avait fait savoir qu’il s’exprimerait «en son nom personnel».

– «(…) 85% des gens vous détestent», avait lancé le président du Front national qui s’est moqué de celui qui «rachète des entreprises 1 franc».

Ce à quoi son opposant du soir Tapie avait répondu : «C’est mieux que d’hériter».

Après l’émission, dans sa loge, Jean-Marie Le Pen avait dit: «vous croyez qu’il m’aurait cassé la gueule ? Il a du culot quand même !»

Le lendemain, la presse avait généralement donné Bernard Tapie vainqueur. Ce fut un record d’audience. En 2015, le journaliste Bruno Roger-Petit, devenu en 2017 porte-parole de l’Élysée, écrivait que, si Tapie l’avait emporté, les Français avaient surtout assisté à un «duel de vanités vulgaires».

Les deux hommes ont à nouveau débattu le 1er juin 1994, cette fois sur France 2, dans le cadre de la campagne des élections européennes.

Ils sont restés courtois bien que s’interrompant constamment, le premier défendant l’utilité de l’Europe et le second s’employant à démontrer ses dangers.

Ce dernier débat est resté célèbre car Paul Amar, alors présentateur du JT de 20 heures d’Antenne 2, a ouvert l’émission en sortant d’un sac plastique des gants de boxe et des casques et en les offrant aux débatteurs.

Bernard Tapie n’avait pas apprécié la démarche : «la politique, c’est sérieux», avait-il dit sèchement.

Cette initiative a choqué l’ensemble du monde politique et audiovisuel, y compris le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Elle avait coûté sa place au journaliste.



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