un remaniement sans tambour ni trompette

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Deux semaines après les élections législatives, l’exécutif a procédé lundi à son premier remaniement ministériel, nommant un gouvernement « Borne 2 » chargé de mener les réformes voulues par Emmanuel Macron. Mais sur fond d’Assemblée fragmentée, l’élargissement un temps avancé par le chef de l’État, en intégrant des représentants d’autres partis, n’a finalement pas eu lieu.

Point de prise de guerre tonitruante, ni de trahison fracassante au sein de l’opposition. Le nouveau gouvernement d’Élisabeth Borne, s’il est pour partie renouvelé, offre peu de surprises. « Le nouveau gouvernement reste centré autour des figures de la Macronie, estime Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et enseignant au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Autant on avait vu arriver au sein du gouvernement de 2017 des figures emblématiques du centre-droit, autant aujourd’hui, les personnalités qui font leur entrée ne sont connues que des gens qui suivent de près l’actualité politique. »


Autrement dit, « la tentative d’élargir la composition du gouvernement en intégrant des représentants d’autres partis n’a pas fonctionné », assène de son côté Emmanuel Rivière, professeur à Sciences Po. Est-ce que la majorité présidentielle n’a pas su donner les gages nécessaires à l’opposition ? Toujours est-il que la nouvelle composition du gouvernement traduit plutôt un renforcement des liens avec les alliés Horizons et MoDem. »

>> À voir, notre trombinoscope de la nouvelle équipe gouvernementale

Une attention particulière pour les territoires

Seule nouveauté à souligner : « L’attention portée aux territoires à travers la nomination de certains maires de grandes villes, comme Christophe Béchu à Angers ou Caroline Cayeux à Beauvais », poursuit le politologue.


Plus surprenant sur la forme, en revanche, il n’y a pas eu d’annonce sur le perron de l’Élysée. « On n’a effectivement pas assisté à la lecture classique de la liste de noms égrenés par le secrétaire général de l’Élysée, souligne Bruno Cautrès. Cela donne le sentiment que l’exécutif a cherché à minimiser, à dégonfler l’enjeu pour le présenter comme un simple ajustement technique sans en donner un sens politique. »

Parité respectée mais peu de femmes ministres

Quant à la parité de ce nouveau gouvernement, qui compte 21 hommes et 21 femmes (en comptant la cheffe du gouvernement), elle est globalement respectée. Petit bémol tout de même, les femmes sont davantage représentées aux postes de secrétaires d’État. Le gouvernement, s’il est tenu par une femme, compte en effet onze hommes et cinq femmes ministres de plein exercice. Outre Catherine Colonna, on compte Sylvie Retailleau (Enseignement supérieur et Recherche), Agnès Pannier-Runacher (Transition énergétique), Rima Abdul-Malak (Culture) et Amélie Oudéa-Castéra (Sports et Jeux olympiques et paralympiques). Il y a par ailleurs neuf hommes et six femmes parmi les ministres délégués, et un seul homme contre neuf femmes au rang des secrétaires d’État.

Les ministères régaliens sont par ailleurs essentiellement aux mains d’hommes : Bruno Le Maire à l’Économie, Gérald Darmanin à l’Intérieur, Éric Dupond-Moretti à la Justice et Sébastien Lecornu aux Armées. Seule Catherine Colonna, quatrième dans l’ordre protocolaire et ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a un portefeuille régalien.

Nouveaux entrants

Parmi les entrées notables, on compte celle de Christophe Béchu, jusqu’ici ministre délégué aux Collectivités territoriales, qui hérite du ministère de la Transition écologique, portefeuille brièvement occupé par Amélie de Montchalin, battue aux législatives. Ce proche d’Édouard Philippe incarne l’aile droite Macron-compatible du gouvernement. Resté jusque-là discret sur les questions environnementales, sa nomination à la Transition écologique lui a d’ores et déjà valu des critiques de l’opposition. « Jamais croisé Christophe Béchu sur la moindre lutte écologiste », a taclé sur Twitter l’écologiste Sandrine Rousseau à l’évocation de son patronyme. « Il est sensible aux thèmes de l’écologie, de la biodiversité, du logement et des transports, et il mesure tout le retard pris », a assuré pour sa part auprès de l’AFP Matthieu Orphelin, ex-tête de liste du bloc de gauche aux régionales dans les Pays de la Loire. Maintenant, il va devoir aller gagner les arbitrages. »


La nouvelle équipe gouvernementale est en outre composée de membres de la société civile comme Jean-Christophe Combe, patron de la Croix-Rouge, qui remplace Damien Abad, évincé du gouvernement en raison d’accusations d’agressions sexuelles et de viol. Le médecin François Braun entre, lui, au ministère de la Santé, à la place de Brigitte Bourguignon, battue aux législatives. Jugeant lundi le « système de santé […] à bout de souffle » et les urgences « malades », l’ex-chef des urgences de Metz a la délicate mission de sortir l’hôpital public de la crise qu’il traverse depuis plusieurs années.


« Galère de recrutement »

On compte également, parmi les entrants, la cheffe économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) Laurence Boone, qui devient secrétaire d’État chargée de l’Europe en remplacement de Clément Beaune, qui part aux Transports, et le maire divers gauche de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) Olivier Klein, nommé ministre délégué à la Ville et au Logement. L’ancien préfet Jean-François Carenco est nommé ministre délégué des Outre-mer auprès de Gérald Darmanin (Intérieur), en remplacement de Yaël Braun-Pivet, élue présidente de l’Assemblée nationale fin juin. C’est aussi le retour d’ex-ministres comme Marlène Schiappa, nommée secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire et à la Vie associative, ou Franck Riester, chargé des Relations avec le Parlement.

Sans surprise non plus, l’opposition a tiré à boulets rouges sur la nouvelle équipe gouvernementale. Au Rassemblement national, la députée et ex-candidate à la présidentielle Marine Le Pen a déploré sur Twitter que « ceux qui ont échoué soient tous reconduits ». La présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale Mathilde Panot y a vu la « galère de recrutement » de la macronie tandis que le porte-parole du Parti communiste, Ian Brossat, critiquait un « nouveau jeu de chaises musicales ». Resté plus discret, le parti Les Républicains, par la voix du député Pierre-Henri Dumont, a simplement jugé qu’il s’agissait-là d’un « gouvernement qui ressemble plus à une fin de règne qu’à un début de quinquennat ».






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