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Une entreprise vendéenne crée une turbine hydraulique capable d’alimenter des maisons en électricité 

La turbine.
Thomsea a expérimenté le deuxième prototype de sa turbine dans le marais de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. ©Pierre BARBOTEAU

Depuis sa création, Thomsea, basée à Saint-Hilaire-de-Riez et dirigée par Thierry Thomazeau, n’a jamais cessé de faire preuve d’innovation dans toutes ses activités. L’entreprise vendéenne, spécialisée dans la collecte par chalutage de toutes pollutions flottantes (hydrocarbures et macro-déchets) et dans la récupération d’algues par pompage, s’est lancée dans un nouveau projet unique en France, il y a maintenant plusieurs années.

Une turbine hydraulique produisant de l’énergie

En effet, la société expérimente actuellement dans l’un des marais de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, une turbine hydraulique capable, ni plus ni moins, de générer de l’électricité renouvelable. Un équipement novateur sur lequel Thierry Thomazeau mise depuis 2015. « J’ai fait une demande de brevet européen concernant cette turbine, à cette date. Après de multiples échanges, ce brevet a été accepté dans son intégralité en 2019. Sa sortie nous a permis d’être repérés par un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le LEGI, le laboratoire des écoulements géophysiques et industriels, basé à Grenoble (Isère). Le laboratoire a trouvé le projet intéressant et, après plusieurs discussions, on a signé un accord de partenariat », explique le dirigeant.

Cet accord a permis à Thomsea d’embaucher un doctorant, Robin Gautier, qui travaille à Saint-Hilaire-de-Riez, depuis septembre 2019. Le titre de sa thèse ? « Optimisation du captage de la puissance de notre turbine. » Jeudi 16 septembre, l’équipe de Thomsea assistait aux essais du prototype numéro 2 de la turbine. Ceux-ci se sont avérés concluants, avec un rendement en énergie d’environ 80 %. « Le premier prototype avait été produit avec des choix empiriques de ma part. Ce prototype 2 est, quant à lui, réalisé avec des choix scientifiques, simulés avec les ordinateurs du CNRS. Cela nous a aidés. On est là pour le tester, nous sommes actuellement au milieu de la thèse », ajoute Thierry Thomazeau, présent aux côtés des deux encadrants du CNRS, venus exceptionnellement des Alpes pour suivre les tests aux côtés du jeune doctorant. « On regarde si toutes les simulations réalisées sont conformes à ce que l’on arrive physiquement à obtenir. Cette turbine tourne avec de l’eau de mer, pour l’instant. C’est gratuit et le marais nous appartient. On peut donc en prendre autant qu’on veut ».

En quoi cela consiste ? 

Cette étape du projet va déboucher dans six mois vers des précommandes de turbines destinées à équiper d’anciens moulins hydrauliques, qui autrefois, produisaient de la farine. « Au lieu de refaire une grosse roue, on propose aux propriétaires de moulins d’utiliser leur droit d’eau et leur situation géographique pour pouvoir installer une turbine comme celle-ci, d’environ 1200 Watts. C’est suffisant pour permettre d’alimenter en électricité une maison ou un moulin familial. »

Produire de l’énergie renouvelable avec de l’eau prend tout son sens pour Thierry Thomazeau. « Ce n’est pas comme un panneau solaire ou une éolienne. Le vent et le soleil alternent souvent, mais l’eau, elle, coule toujours. »

Où peut-elle être installée ?

Cette turbine hydraulique a besoin de préalables. Elle doit être installée à un endroit où il y a une différence de niveau d’environ cinq mètres, entre son emplacement et celui d’un réservoir d’eau. Il peut s’agir d’une rivière ou encore d’un torrent, mais pas d’un lac. « On a besoin d’environ 50 litres par seconde de droit d’eau. On prend l’eau, on produit l’énergie et on rend l’eau au cours d’eau. On l’emprunte pour lui soutirer son altitude », détaille le président de Thomsea. L’énergie créée à partir de cette turbine peut alimenter une maison ou encore une voiture électrique. Est-il possible d’installer ce genre d’équipement dès maintenant en Vendée ? « Sur le littoral vendéen comme à Saint-Gilles, on est plutôt sur un territoire de plaine. Pour trouver 5 m d’altitude, c’est très difficile. Les endroits où l’on trouve ces conditions favorables sont plutôt dans le sud-Vendée. La turbine peut être installée dans un endroit ou il y a pas mal d’eau, avec des dénivelés de 3, 4 à 5 m que l’on trouve assez aisément », note Thierry Thomazeau. Plusieurs propriétaires de moulins du sud-Vendée se sont d’ailleurs rendus au marais Thomsea vendredi 17 septembre, afin de rencontrer les représentants de la société. Pour l’instant, l’entreprise de Saint-Hilaire-de-Riez se limite à la Vendée pour déployer ses turbines, « mais on peut imaginer le faire sur la côte bretonne jusqu’aux côtes anglaises. » 

Des turbines dans les marais ? 

À terme, l’objectif de Thomsea est également d’incorporer des turbines dans les marais, par exemple à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. « L’étape finale, c’est de réaliser une turbine qui pourra exploiter tous les marais. Ce ne sont plus des marais salants, on peut dire qu’aujourd’hui, ils sont en jachère. On espère que la première turbine sera installée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Grâce à cela, on exploitera les différences de niveau créées par les marées hautes et les marées basses. Quand la marée est au coefficient 100, on peut avoir jusqu’à 5,70 m de différence de niveau entre la basse mer et la pleine mer. On pourra, dans ce cadre, produire de l’énergie.  À la fin, on n’appellera plus cela une turbine, mais une marailienne. » 

Pas encore de prix annoncé 

Pour le moment, Thomsea n’a pas encore décidé du prix de vente. Concernant le coût de l’équipement, « l’idée à mettre en avant, c’est celle de faire de la micro-hydraulique à des prix abordables », souligne Stéphane Barre, chercheur au CNRS et au LEGI. « Ce qui est innovant, ce n’est pas le principe même de l’équipement puisque ce sont des principes qui ont 100 ans. Ce qui est nouveau, c’est d’arriver à faire des machines qui coûtent le moins cher possible afin de produire de l’énergie à pas cher. En général, la matière première, l’eau, ne coute rien. Ce qui est cher, c’est la machine. Si vous arrivez à baisser le prix de la machine, vous baissez le coût de l’énergie. Ces technologies sont simples et cela peut revenir au goût du jour. » Le laboratoire alpin entend collaborer de nouveau avec l’entreprise vendéenne pour développer son projet de marailienne.  

Thierry Thomazeau, directeur de l'entreprise Thomsea.
Thierry Thomazeau, directeur de l’entreprise Thomsea. ©Pierre BARBOTEAU

Si tous les tests sont satisfaisants, Thomsea prendra les premières commandes à la fin du premier trimestre 2022. « C’est notre troisième activité. On veut se déployer dans les moulins ou dans les cours d’eau, et enfin l’étape finale, sera de produire de l’énergie sur les côtes des Pays de la Loire et de Bretagne. De nombreux marais y sont présents et ne sont pas utilisés. On veut rendre aux marais un rôle économique raisonné. On souhaite qu’ils retrouvent un rôle et génèrent de l’argent pour les propriétaires. Ces derniers pourront toujours avoir leur marais en produisant l’énergie. Le fil rouge de tous les projets de Thomsea, c’est l’hydrodynamisme. Je suis un gars du marais. La puissance de l’eau, des vagues, cela m’a toujours passionné. Je passe des heures à réfléchir à ça. J’adore ça. Je garde ce fil rouge, je serai incapable de faire quelque chose d’autre dans un autre domaine. » 

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