Une radio d’une victime du Bataclan à Paris divulguée : le chirurgien s’explique devant les juges

Un chirurgien est jugé ce mercredi 21 septembre 2022 pour avoir mis en vente en ligne la radio d'une rescapée des attentats du 13 novembre à Paris.
Un chirurgien est jugé ce mercredi 21 septembre 2022 pour avoir mis en vente en ligne la radio d’une rescapée des attentats du 13 novembre à Paris. (©Bataclan)

Serment d’Hippocrate, kalachnikov, blockchain et une bonne dose d’indécence. C’est ce drôle de mélange qui a été servi à la 31ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris ce mercredi 21 septembre 2022.

La cour jugeait Emmanuel Masmejean, chirurgien orthopédiste réputé. Son tort ? Avoir mis en vente sur une plateforme de NFT la radio de Céline*, une rescapée du Bataclan touchée par une balle à l’avant-bras lors des attentats. 

« J’ai fait une connerie » 

Dès le début des débats, le prévenu, droit et d’une voix ferme, s’est exprimé sur les faits, expliquant « avoir fait une connerie et commis une maladresse ». Toutefois, si le praticien évoque une faute morale, il estime n’avoir rien à se reprocher sur le plan professionnel.

Cette droiture va pourtant peu à peu s’étioler sous le flot de questions du tribunal. Lorsqu’on demande au professeur les raisons de cette publication, il explique avoir agi avec son fils, fondateur du site internet où a été mise en ligne la radio et d’avoir voulu expérimenter un concept de NFT médicale à but pédagogique.

La radio a donc été publiée avec pour légende, des informations sur la patiente, un prix de vente à plus de 2 000 dollars et un bouton « achetez maintenant ». 

Un but historique ? 

De plus en plus hésitant, le praticien s’est défendu d’un but mercantile, expliquant que c’est son fils qui avait pris la main sur la photo et qu’il ne savait pas qu’elle allait être mise en vente. « Mais pourquoi cette radio, et pourquoi la partager en plein procès du 13 novembre ? » lui lance le tribunal.  « Pour moi, cette photo avait une dimension historique. Une balle de kalachnikov ça parle. Pour le moment de publication, je n’ai pas fait le rapprochement »

« Mais si c’est une vocation historique et médicale, pourquoi préciser que la victime a perdu un proche dans la légende de la photo ? »

Vidéos : en ce moment sur Actu

« C’était une maladresse » répond le prévenu après un temps de silence pesant. « Je voulais partager une expérience forte de ma carrière ». « Ce n’est pas votre expérience mais celle de votre patiente » lui rétorque sèchement l’avocate de la victime. 

Un choc pour la victime 

« Cette radio, c’est un moment où j’ai terriblement souffert, tant physiquement que psychologiquement » a déclaré Céline dans son témoignage. Face à la cour, la victime a raconté sa difficile reconstruction, et le choc de la découverte de cette radio en ligne : « J’avais témoigné au procès des attentats, j’allais mieux et là j’apprends pour la photo. Ça a été une double charge. J’ai du reprendre une psychothérapie ». 

À la barre, Céline a balayé les arguments du praticien : « Il parle de pédagogie, mais en tant qu’enseignante, je ne peux pas entendre ça. Monsieur Masmejean m’a appelé peu après la publication de l’article de Médiapart, plus pour m’expliquer ce qu’étaient les NFT pour se décharger de sa culpabilité. J’ai un doctorat en informatique, je sais ce que sont les NFT. Monsieur Masmejean n’est pas un ado qui a découvert ce concept dans sa chambre, il savait ce qu’il faisait ». 

L’audience ayant été mise en continuation, les plaidoiries se tiendront la semaine prochaine.

*Le prénom a été modifié pour protéger la victime.

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Actu Paris dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.





Source link

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.